Quelques minutes après s'être séparée de Sofiria.
Fran s'était écartée de l'avenue principale pour s'engager dans une ruelle.
Ce n'était pas pour prendre un raccourci. Au contraire, si on visait la guilde des aventuriers, c'était un détour.
Pourtant, s'être glissée dans cette ruelle avait pour but d'attirer les suiveurs. Dès la sortie du café en terrasse, elle avait repéré ceux qui la prenaient en filature.
Leur façon de masquer leur présence était assez habile, mais ils n'arrivaient pas à dissimuler leur hostilité à notre égard.
Pour Fran et moi, c'était comme s'ils nous signalaient eux-mêmes leur position.
On aurait pu les ignorer et filer à la guilde, mais l'adversaire était un peu spécial. Il fallait tenter d'en tirer quelques informations.
Dans une ruelle étroite et déserte, Fran s'arrêta. Les suiveurs apparurent alors, comme prévu.
« Ne bouge pas. »
« Pose les mains contre le mur, comme ça. »
Un derrière Fran. Un autre qui avait fait le tour pour bloquer la sortie. Des membres de la tribu aux chats bleus nous fixaient d'un regard aigu en s'approchant lentement.
« Les chats bleus, c'est toujours le même schéma, hein. »
Cela dit, on est sur le continent de Goldisia, et ça se voit.
Comparés aux chats bleus qu'on a taillés en pièces sur le continent de Jilbard, leur niveau est bien plus élevé. Rien à voir avec des voyous de bas étage.
En termes de rang d'aventurier, ils doivent être autour du C. À deux, ça représente une force considérable.
Pourtant, ils ne perçoivent pas la force actuelle de Fran. C'est moins parce que ces chats bleus sont faibles que parce que la capacité de Fran à cacher sa puissance a progressé.
Si on était tombés sur eux lors de l'embuscade à Alessa, ça aurait pu être dangereux.
« Vous voulez quelque chose ? »
« Vous êtes venus jusqu'en Goldisia. Vous n'êtes pas des débutants, non ? Vous comprenez, j'imagine ? »
« Hihi, c'est une chasse aux esclaves. »
« On ne peut pas laisser filer une tribu aux chats noirs. »
« C'est une proie de choix ! Pas un mouvement ! Vous voulez pas crever, hein ? »
Les chats bleus déversaient leur pression intimidante et renouvelaient leurs menaces. Ils craignaient sans doute d'abîmer la « marchandise » en cas de combat.
« Levez les deux mains en l'air. »
« Crois pas que vous pourrez vous enfuir. »
« Quels idiots. »
À ces mots, Fran esquissa un sourire. Aucune douceur là-dedans. Seule une férocité bestiale.
Une aura féroce, comme un tigre devant de la viande fraîche, émanait d'elle.
« Vous les chats bleus, vous êtes pareils partout. »
« … ! Fonce ! »
« Ouais ! »
Ce n'est que quand Fran a relâché ne serait-ce qu'une once de son aura qu'ils ont enfin saisi l'écart de puissance.
L'homme derrière elle fonça lame au vent au moment où celui devant lui balançait son couteau. Je leur reconnais d'avoir instantanément compris qu'ils ne pouvaient pas fuir et d'avoir attaqué quand même.
« Ceci dit, la bonne réponse aurait été de lâcher leurs armes sur-le-champ pour supplier qu'on leur laisse la vie. »
« Pointe Précise ! »
« Inutile. »
« Quoi ! »
Fran dévia le couteau d'un geste négligent de la main gauche, et sans même se retourner, me fit parer la technique d'épée qui venait de derrière.
C'était une grande technique de niveau 8 en art de l'épée. Contre un aventurier de rang B lambda, ça aurait pu au moins la ralentir… mais ils ont mal choisi leur cible.
Fran se retourna vers l'arrière et, d'un mouvement de retour, trancha les deux jambes de l'homme derrière elle.
« Gyaa ! »
« Chikushō ! »
Un second couteau fut lancé, mais Fran l'esquiva en effectuant un salto arrière vrillé.
Elle enfonça le Shintōken qu'elle venait d'apprendre dans le ventre de l'homme, stupéfait de la voir surgir devant lui.
« Quel genre de mouvement… goboh ! »
Le chat bleu s'effondra en vomissant le sang, pendant que l'autre, amputé des deux jambes, hurlait à tue-tête. Celui qui braillait était particulièrement insupportable.
« Gyaaaaa ! Ça fait mal ! On me tue ! Au secours ! »
Apparemment, il hurlait pour attirer les gardes.
« Il préfère se faire prendre plutôt que crever ? Il est sûr de pouvoir baratiner les gardes ? Ou alors les gardes sont de mèche ? »
« Inutile. J'ai mis une barrière de vent, ta voix ne sort pas. »
« Na… Depuis quand… »
« Quand on est entrés dans cette ruelle. Je me doutais que ça finirait comme ça. »
« … ! »
Dès l'instant où j'ai su que les suiveurs étaient des chats bleus, l'issue était scellée.
« Soin. »
« … ! »
D'abord, refermer la blessure aux jambes et arrêter le saignement. Mourir d'hémorragie, c'est trop bête. L'homme a dû comprendre que Fran ne l'avait pas fait par gentillesse.
De la peur se mêla au regard du chat bleu.
« Crois pas que tu pourras t'enfuir. »
« Kuh… »
« Bon, tu vas nous raconter plein de choses. Si tu veux pas parler, fais de ton mieux pour tenir le coup. »
« ! »
L'homme leva les yeux vers moi, que Fran brandissait, avec une expression désespérée. Il avait compris ce qui allait se passer.
Cinq minutes plus tard. Les chats bleus avaient tenu bon un moment, mais ils finirent par craquer et tout balancer.
« Vous êtes des marchands d'esclaves illégaux ? »
« Y-yes… »
Soumis à une torture sans fin via la magie de soin, et voyant leurs mensonges systématiquement démasqués par le principe de détection du mensonge, leur moral s'était totalement effondré.
C'étaient bien des membres d'une organisation souterraine trafiquant des esclaves illégaux. Centrés sur des marchands d'esclaves chats bleus, un nombre considérable d'individus opéraient dans l'ombre.
Le fait qu'il ait tenté d'appeler les gardes venait de ce que l'organisation avait infiltré leurs rangs. Même arrêtés par des gardes normaux, ils pouvaient s'évader grâce à la complicité de leurs camarades.
Les esclaves étaient envoyés vers diverses destinations, et le royaume de Raidos semblait en faire partie.
Marchands d'esclaves chats bleus et royaume de Raidos. Pour Fran, ça cochait les premières cases de sa liste de gens à tuer. Des ennemis parfaits.
« Vous avez un boss ? »
« Y-yes ! Y-yes, il y en a un ! »
« Où est-il ? »
« Se, Sendia… ! La ville illégale de Sendiaaaa ! »
« Sendia. »
« Encore un endroit où je devrai aller sur ce continent. Enfin, moi, je m'en fiche, mais… »
« Je sais. Je ne l'arrêterai pas. »
« Mm. »
« Ma Fran est motivée, après tout. »
« Après Castel, direction Sendia. »
« Encore du boulot en plus. »