« Je suis navré ! »
Le vicomte Emart, qui avait insulté Fran avant de s'uriner dessus rien qu'à être menacé. Un homme qui semblait être son collègue noble frottait son front contre le sol en implorant son pardon.
« Je suis Lelian Chart. J'ai reçu le titre de comte au royaume de Shalrus ! »
« Ah, un noble, donc… Ceci dit, le royaume de Shalrus ? »
《 Petit État côtier situé au sud du royaume de Kranzel. Il produit plusieurs minerais, mais en exporte la quasi-totalité pour financer ses importations alimentaires. 》
Oh, Annonce-san ! Impressionnante, comme toujours !
« En clair, une puissance nationale faible, le faible typique ? »
《 Affirmatif. Du fait de la rareté des plaines et des dégâts du sel, son taux d'autosuffisance alimentaire est bas, et les importations de nourriture pèsent lourdement sur le budget national. 》
On ne mange pas du minerai, après tout. Ils doivent se faire pressurer par les pays exportateurs de denrées.
« Y a-t-il une possibilité qu'ils trament quelque chose dans l'ombre ? »
《 Informations insuffisantes. »
« C'est ce que je pensais… »
Pendant que j'échangeais des informations avec Annonce-san, les excuses — ou plutôt les justifications — du comte Chart continuaient.
« Cette fois-ci, c'est le crétin de notre pays qui a tenu une attitude irrespectueuse, et je m'en excuse profondément ! Nous ignorons ce qu'il a pu débiter, mais notre nation n'a rien à voir avec les paroles de cet homme ! Tout n'est que divagation de sa part ! Toute la responsabilité lui incombe ! »
« Wahou… Il lâche Emart avec une franchise rafraîchissante. »
« Ce type et son pays, c'est sans lien ? »
« À l'origine, un homme comme lui n'a pas l'autorisation de se rendre dans un lieu tel que celui-ci. Dans notre pays, on dirait qu'il a les diplômes pour être un bon à rien, ou plutôt une ordure… »
« Alors pourquoi un tel gars est-il devenu émissaire ? »
« C'est… comment dire… Une lubie passagère de Sa Majesté le nouveau roi, disons… Moi non plus, je ne veux pas d'un sous-officier pareil, mais… »
En résumé, d'habitude ce noble idiot n'a pas de poste important, mais pour une raison quelconque il s'est vu confier la mission d'émissaire auprès de Fran ? Le roi a-t-il reçu un pot-de-vin ?
Puisqu'il parle de « nouveau roi », la politique du pays a peut-être changé brutalement.
Le comte Chart devait connaître la bêtise d'Emart. C'est sûrement pour ça qu'il a décidé de lui faire porter tout le chapeau une fois à l'étranger.
En fait, un pourri comme Emart est maintenu en vie précisément pour servir de bouc émissaire quand quelque chose tourne mal.
Après tout, il est en état de « Désir hypertrophié ». On a probablement laissé cet état s'installer exprès pour pouvoir lui refiler les fautes plus facilement.
D'un certain point de vue, en faire le responsable ultime dans ce genre de situation est la bonne méthode. On ne peut pas effacer ce qui a été dit, mais en le mettant sur le dos d'Emart, on protège sa propre tête.
Simplement, ils n'avaient pas prévu qu'il parte aussi loin dans la démesure.
« Il m'a dit qu'il me ferait chevalier. Qu'il parlait au nom du roi. »
« Non ! Enfin… disons que les termes étaient un peu trop forts… »
« ? »
« Il est certain que notre roi s'est intéressé à vous, Fran-sama ! Il est certain aussi qu'il a songé à vous accueillir comme chevalier ! Mais il n'avait aucune intention de vous imposer de force ce titre ! S'il était refusé, il comptait abandonner ! »
Seule la dernière partie — « j'abandonnerais si on refuse » — était un mensonge. En revanche, il est vrai qu'il n'avait pas l'intention de forcer le titre de chevalier.
À la base, il comptait probablement multiplier les contacts et poursuivre la négociation.
C'est Emart, encore prostré, qui a anticipé les choses et tout gâché.
Bref, pas de complot caché, apparemment. Enfin, je pense. Juste un recrutement forcé… Non ?
Dans ce genre de situation, il y a un truc à faire.
« Fran, montre-leur « ça ». »
(« Ça » ?)
« La médaille qu'on a reçue au pays des hommes-bêtes. »
(Ah, je vois.)
On nous a dit qu'on pouvait l'utiliser justement dans ce genre de cas. Profitons-en !
Fran sortit de son inventaire dimensionnel une médaille dorée scintillante et la brandit bien haut, comme le sceau de Mito Kōmon.
Je lui souffle sa réplique.
« Cette médaille ne vous dit rien ? »
« C-c'est… »
Bien, satisfait.
D'ailleurs, le comte Chart semblait connaître la Médaille de la Crocs d'Or bestiale. À la vue de l'objet, son visage pâlit encore plus qu'avant.
« Vous savez ce que c'est ? »
« H-haaaa ! »
Déjà en dogeza, il ne pouvait plus baisser la tête, mais il la frottait désespérément contre le sol.
N'en fait-il pas un peu trop ? Ce n'est pas comme si c'était un grand ponte du pays des hommes-bêtes, et pourtant il en fait des tonnes…
Non, pour un petit pays faible, une grande puissance comme le pays des hommes-bêtes est un ennemi qu'on ne peut pas se permettre. Et en plus, ils viennent de commettre une grosse bévue. Quoi qu'on dise, ils sont prêts à faire dogeza.
De quoi les intimider amplement.
« Bon, on y va. »
« Ha ! Vraiment, excusez-nous ! »
Le comte Chart nous fit ses adieux en restant en dogeza. La barrière de silence autour du vicomte Emart fut levée, laissant entendre ses cris pathétiques, mais le comte Chart s'en occupera. Enfin, il *doit* s'en occuper !
« Bah, avec ça, ils ne reviendront plus. »
« Mmh. »
« Ceci dit, on fera un rapport à la guilde des aventuriers, au cas où. Ils prendront sûrement quelque mesure. »
Une fois qu'on devient connu, est-ce que ce genre de types va pulluler à l'infini… ?
Malgré le petit bordel, on a réussi à regagner nos places avant le match qu'on voulait voir.
« Prochain combat : Bisco contre le disciple de Demetris. Et y a aussi le match de Sibyl aujourd'hui. »
« Hâte. »