Depuis combien de temps restais-je là, dans cet état ?
Je gémissais sous l'assaut d'une douleur atroce qui me traversait tout le corps, et je promenais un regard trouble autour de moi pour appeler au secours. Ah, ces larmes qui s'accumulent au coin de mes yeux ne font que me gêner…
Je distinguais, sur ma main tendue vers le ciel sans aucune raison, le sang vermeil qui avait coulé de moi et y restait collé.
« Guu… ua… aide… »
Pourquoi moi… ! Guu, mal, mal, mal, mal… ! Au point où j'en suis, que ce serait mieux si ça s'arrêtait…
« Ah… »
Hé ? La douleur semble s'atténuer un peu ? Cette souffrance qui me rongeait jusqu'à la moelle des os, cette chaleur brûlante, viennent de s'apaiser d'un coup. On dirait plutôt que j'ai froid…
J'ai déjà entendu dire que dans ce genre de situation, ne plus ressentir la douleur est le signe le plus inquiétant.
Ah, c'est peut-être bien la fin.
À cette pensée, je sentis brusquement mes forces me quitter.
La rancune contre la voiture qui m'a renversé, le sort de l'enfant que j'ai sauvé, ce qui adviendra de mon entreprise après ma disparition… toutes ces pensées parasites ont complètement disparu de mon esprit.
Il ne me reste plus qu'un sentiment de soulagement.
« …a… »
Ma bouche ne bouge plus. Mais si ça me permet de ne plus souffrir, tant mieux…
Ah, c'est peut-être vraiment la fin. Mon champ de vision se teinte d'un blanc pur, une sensation de libération, comme si je flottais en l'air, m'enveloppe. Plus aucune douleur. On dirait même que je pourrais me lever et marcher normalement.
« Je vais… mourir… »
« C'est exact. Si rien ne se produit, tu vas mourir. »
« …hein ? »
« Mais si je te disais qu'il existe une voie pour être sauvé, que ferais-tu ? »
Une hallucination auditive ? C'est la première fois, mais c'est d'une clarté surprenante. On dirait qu'une femme murmure à mon oreille.
En plus, quelle façon de parler archaïque.
« Je comprends ton état d'esprit, mais ce n'est pas une hallucination. Je suis venue te sauver. »
Une hallucination qui dit ne pas être une hallucination… Haha, je dois vraiment tenir à la vie, moi.
« C'est bien ce que je dis : ce n'est PAS une hallucination. Bon, tant pis. Et avec ça, qu'est-ce que ça donne ? »
*Pan.*
Un bruit de claquement de doigts résonna. Et ma vision changea à nouveau.
« Eh ? »
« Bienvenue en mon domaine. Je t'y accueille. »
Moi qui devais être étendu par terre, me voilà assis sur un sol, je ne sais comment. Je jette instinctivement un coup d'œil autour de moi.
L'espace blanc qui m'entoure n'a pas changé, mais dans cet endroit vaste, sans limites discernables, une petite étendue de terre est apparue on ne sait quand.
Une plaine grande comme une cour d'école. En son centre se dresse un bâtiment solennel en pierre. Comment dire… Un temple ? Oui, c'est exactement un temple. Je n'en ai jamais vu de vrai, mais ça doit ressembler au Parthénon de Grèce ou quelque chose comme ça.
J'étais assis juste devant ce temple.
Et ce n'est pas seulement le sol et le temple qui sont apparus soudainement.
« Alors ? Tu maintiens encore que c'est une hallucination visuelle et auditive ? »
Une femme se tient devant l'entrée du temple.
Sa tenue étrange, sa coiffure… mille détails attirent l'œil. Mais la première chose que j'ai ressentie, c'est l'émerveillement face à sa « beauté ».
Ses traits sont d'une pure facture japonaise, mais d'une harmonie stupéfiante. Et ce n'est pas tout : elle dégage une majesté quasi sacrée, intouchable.
Ce n'est pas la beauté biologique, vibrante de vie, d'un être vivant. C'est une beauté qui ne semble pas humaine, comme si une statue de déesse s'était mise en mouvement, habitée par un ange.
Je restai un instant sans souffle, rivé à son visage, avant de trouver enfin la marge pour examiner le reste.
Comme son visage, sa silhouette est d'inspiration japonaise. Mais pas vraiment archaïque. Son kimono n'est pas de ces longs *jūnihitoe* à ourlet traînant, mais du genre que portent les *kunoichi* dans les mangas. Pour faire court, ça a un côté cosplay.
Tissu fin, moulant, avec de longues fentes. De prime abord, on pourrait trouver le design cheap, mais sur elle, il devient mystérieux, allez comprendre.
Le même noir d'encre que ses longs cheveux et ses yeux, mais les liserés et l'obi sont d'un vermillon uniforme.
« Tiens. »
« Hein ? »
La femme me prend la main et me tire debout. La douceur et la chaleur de sa paume ne peuvent pas être une illusion.
« Pas… une illusion ? »
« Oui. Tu as enfin compris. Ceci dit, cette apparence n'est pas ma véritable forme. C'est un mélange de ma divinité et de l'image que tu te fais de moi. »
« C'est-à-dire ? »
« C'est une forme provisoire, calquée sur le dieu que tu imagines. C'est plus commode pour discuter. »
En d'autres termes, l'image que je me fais d'un dieu ? Une belle fille en tenue légère. Hum, j'aimerais pouvoir me plaindre de ma propre trivialité.
« Au fait, un dieu ? »
« Je suis l'existence qui préside aux enfers et à la réincarnation. Pour parler à ta portée, disons… un dieu des enfers. »
« Un, un dieu des enfers… ? H-Hadès ? Non, on est au Japon, alors Enma-sama ? Ou bien Izanami-no-mikoto ? »
« Toutes ces réponses sont justes, et fausses à la fois. Laisse tomber ma divinité. Ce qui importe, c'est ta situation. »
Ah, tiens, moi, je suis devenu comment ? Non, vu qu'un dieu des enfers est devant moi, je suis mort, c'est ça ? Mais il a parlé d'une voie de salut…
« C'est ça. Enfin, que tu considères ça comme un salut dépend de toi. J'ai une faveur à te demander. »
« Une faveur… ? Un dieu, à moi ? »
« Oui. Veux-tu simplement m'écouter ? »
« Y-yes. »
« Bien, bien. Alors, viens par ici. »
« Ah, attendez un peu… »
Le dieu des enfers se retourne et entre dans le temple. H-hein ? J'ai le droit d'entrer, moi ? C'est pas un lieu sacré, genre domaine divin… ?
« Allons, qu'est-ce que tu fais ? Dépêche-toi. »
« Y-yes ! »
Apparemment, je peux. Je me précipite sur ses pas. Et j'allais recevoir un nouveau choc.
« Bienvenue. Je suis la déesse de la Lune d'Argent. »
« Fufu, je suis la déesse du Chaos. »
Deux femmes d'une beauté à rivaliser avec le dieu des enfers m'attendaient là.