Dix minutes après avoir quitté la boutique du vieux Garus.
« C'est ici. »
« Il y a plein de volants. »
La vitrine exposait, comme le disait Fran, quantité de vêtements féminins ornés de volants.
« C'est une boutique spécialisée dans les vêtements pour femmes, après tout. »
« Qu'est-ce qu'on achète ? »
« Qu'est-ce qu'on achète ? Ben, n'importe quoi. »
« ? »
« Bon, peu importe. En tout cas, on entre. »
Mon cœur bat la chamade, et pas qu'un peu. Bon, je n'ai pas de cœur, mais c'est l'idée. N'importe quel homme réagirait pareil. D'ailleurs, c'est la première fois de ma vie — vie antérieure comprise — que je mets les pieds dans ce genre de magasin.
« Bienvenue. »
« Hm. »
« Hé ? Vous êtes aventurière ? »
C'est une grande sœur au look de Yankee, avec un air effronté, qui sort du fond de la boutique. Un carré bleu électrique, une allure qui dépasse le fantasy pour frôler le cyberpunk.
« Alors ? Vous cherchez quoi ? Dessous, sous-vêtements, tenues de ville, tenues de combat : y a tout. »
(Qu'est-ce qu'on achète ?)
« Dis exactement ce que je te dis. »
(Compris.)
Autant lui donner les grandes lignes et lui laisser carte blanche.
« Cinq jours de sous-vêtements. Des trucs faciles à laver. »
« Hm hm. »
« Et puis, des vêtements et des sous-vêtements qu'on peut porter sous l'armure. »
« Cinq jours aussi, ça va ? »
« Hm. »
« Les dessous, les plus petites tailles sont là-bas. Tu préfères quoi ? »
« N'importe quoi va. »
« Une fille mignonne comme toi, ça ne va pas du tout ! »
Apparemment, cette grande sœur est une ancienne aventurière. Insatisfaite du peu de sous-vêtements mignons et solides qu'on peut porter en exploration, elle a décidé de les faire elle-même. Aujourd'hui, elle s'est associée à la patronne pour vendre tout un tas d'articles pour aventurières.
« Pour une beauté à la peau pâle, cheveux noirs, yeux noirs, oreilles noires comme toi, ça pourrait le faire »
Quoi ? Un string noir ? En plus, avec un trou pour la queue, version séduction ? C'est indécent. Vraiment indécent !
« Cette série a bien un trou prévu pour les bestiaux, tu vois ? Ça te tente ? »
Hmm. Mais pour Fran, c'est pas un peu trop adulte ? Les phéromones et tout, c'est encore trop tôt. Je voudrais un truc plus mignon. Mes pensées ont dû lui parvenir, parce qu'elle me montre d'autres articles.
« Y a aussi des trucs comme ça. »
C'était, sans aucun doute possible, une culotte rayée. En plus, rayures blanc et bleu clair !
« Et y a aussi ça. »
Mince ! Elle est forte ! À première vue, une culotte crème toute simple, mais avec de mini volants et un petit nœud !
Elle enchaîne les dessous séduisants. Et en plus, élastiques, solides et anti-transpiration.
« On peut aussi faire le trou pour la queue sur celui-ci, service compris. »
« Alors, celui-là et celui-là. »
« Yosh ! Et pour le reste ? »
Il me faut autre chose ? Des trucs de fille… nettoyant visage ? Ah non, c'est les affaires de toilette.
« Des trucs pour le visage ? Si y en a. »
« Y en a. On gère tout ça nickel. »
« Alors, ça aussi. »
« Yosh ! »
Visiblement, y a pas de soutiens-gorge. Soit c'est la campagne, soit ce monde n'en a tout simplement pas au niveau civilisation.
Fran est menue, enfin, plate comme une planche, donc elle n'en aura pas besoin de sitôt.
« Bon, cinq jours de sous-vêtements et de sous-vêtements. Ensuite, chemises et shorts en tissu respirant. Il faut des trucs à jambes longues ? »
« Il en faut. Deux. »
« Compris. Reste le savon pour le visage et les serviettes. »
Il y a du savon ? C'est le même que sur Terre ?
« Celui-là, c'est un savon spécial visage fait par alchimie. Réputé pour laisser la peau lisse. Sans odeur, les aventurières en raffolent. »
Hein ? C'est bon ça. Si elle dégage un parfum floral sur le terrain de chasse, les bêtes magiques la repéreront direct. Sans odeur, c'est une aide précieuse.
« Merci à chaque fois ! »
Ensuite, faut que j'apprenne à Fran à faire la lessive. Sinon, elle risque de porter les mêmes fringues indéfiniment. Moi le faire ? Nan nan, trop dangereux de plein de façons. Qu'elle le fasse elle-même. Si le regard de Fran, devenue grande, se pose sur mes sales affaires avec dégoût, j'aurais envie de mourir.
Trente minutes plus tard.
Nous nous tenions devant une auberge. La vendeuse nous l'avait recommandée quand on lui a demandé un bon coin. Apparemment, beaucoup d'aventurières y logent.
L'extérieur est propre, plutôt pas mal.
On entre. L'intérieur est nickel, des pots de fleurs par-ci par-là. Je frotte un coin de la pièce par télékinésie : pas de poussière. Ouais, bonne auberge.
« Maître, vieille chipie. »
« Na ! »
C'est atroce, c'est pour ton bien ! Fran-chan !
« Bienvenue. »
Au comptoir, une jeune femme. Vingt ans passés, disons.
« Y a une chambre ? »
« Pour une personne ? »
« Hm, une. »
« Pas de tuteur ou de responsable ? »
Comme prévu, une gamine seule, ça passe pas.
« Fran, sors ta carte de guilde. »
« Hm. La voilà. »
« Hein ? C'est un vrai ? »
« Hm. »
La femme examine la carte un moment, puis comprend que c'est authentique.
« Bah, si l'identité est claire, c'est bon. Nuit seule : 300 golds. Demi-pension : 400 golds. Par contre, on n'a que des chambres individuelles. Vous prenez quoi ? »
« Aujourd'hui, on prend avec les repas. »
« Demi-pension, une nuit. »
« Compris. Voici la clé. Faites attention à vos objets de valeur. »
« Hm. »
Ensuite, elle m'a expliqué les prix des petits trucs du quotidien, mais j'ai zappé. Lanterne, eau chaude, la magie ou les outils réglent ça. J'ai été surpris qu'il y ait des brosses à dents, mais la purification magique s'en charge aussi.
« Pour les repas, donnez ces bons au réfectoire. Comme on tient aussi le réfectoire, vous pouvez manger à n'importe quelle heure. »
On me tend deux bons. Pouvoir manger quand le réfectoire est ouvert, c'est un bon système.
Mais j'ai encore une montagne de viande de bêtes magiques, et la manger ferait économiser les frais de bouffe. À l'avenir, mieux vaudra prendre la nuit seule et que je prépare les repas. Si je cuisine en masse et que je stocke dans l'entreposage dimensionnel, je pourrai lui servir des plats chauds à tout moment.
Le problème, c'est où cuisiner. De la simple viande grillée ou de la soupe, ça lasse vite. Pour varier les plats, il faut du vrai matériel de cuisine.
« C'est ici ? »
« Oh, pas mal la chambre. »
Effectivement, pièce bien entretenue, lit, bureau complet, table de chevet. Une armoire intégrée. De quoi vivre confortable. En plus, un porte-armures au mur. Cette auberge, on ne peut pas la sous-estimer.
« Maître, c'est bien ici ? »
« ? »
« Une chambre aussi incroyable ? »
Ah, c'est ça. Pour Fran, qui a vécu plus de quatre ans comme esclave, une chambre de ce standing doit paraître incroyablement luxueuse.
Pauvre gosse ! Je te rendrai heureuse, c'est juré ! D'abord, te rassurer.
« C'est bien cette chambre. »
« Super luxe. »
« Non non, c'est pas si fou. Normal. »
« Vraiment ? »
« Vrai de vrai. À l'avenir, tu pourras loger dans des chambres comme celle-ci autant que tu veux. »
« Waouh ! »
Fran lève les deux poings vers le ciel et pousse un cri de victoire.
« Content de t'avoir suivi, Maître. »
« Ou ouais. »
« Désormais, je fais partie des gagnants. »
« Là, c'est trop ! »
« Mon ère commence. »
Ouais, elle est aux anges, c'est clair. Son expression ne change pas beaucoup, mais on sent bien qu'elle est hyper contente.
Si elle aime, tant mieux.