Une nuit s'était écoulée depuis la rencontre impromptue avec les Rois-Bêtes.
Fran, qui avait perdu tous ses moyens, semblait s'être remise après une nuit. Elle avait encore l'air un peu fragile, mais l'expression anxieuse d'hier avait complètement disparu.
J'annonçai le programme du jour à Fran et aux autres pendant qu'ils mangeaient.
« Aujourd'hui, on explore le donjon de l'est. Et on monte de rang le plus vite possible. »
« Mmh. D'accord. »
« On. »
Tous deux avaient vu de leurs yeux la menace des Rois-Bêtes. Ils embarquèrent sans discuter.
Contre les gardes seuls, on aurait pu s'en sortir. En utilisant toutes mes compétences et en jouant à fond, j'avais confiance pour tenir la dragée haute. Mais seulement s'ils étaient un par un.
Mais contre un Roi-Bête, je ne voyais absolument aucune chance de gagner. Des stats écrasantes, plein de compétences inconnues, et l'aura d'un être supérieur. Sans savoir quand il deviendrait un ennemi. Franchement, j'aimerais qu'on m'épargne ça.
« Entraînement et pratique, on met ça de côté pour aujourd'hui. On boucle la demande d'une traite. »
« Mmh. »
L'objectif : finir la demande aujourd'hui. Et si c'était impossible, on monterait de rang demain.
Je connaissais déjà par cœur les pièges et les bêtes magiques du donjon. En fonçant à fond, on atteindrait les étages inférieurs en un rien de temps.
Une heure plus tard.
Nous étions arrivés à l'entrée du donjon.
« Yo, la p'tite. Tu retournes dans le donjon ? »
« Mmh. »
« Enfin, avec ton niveau, y a pas de souci, mais le donjon a l'air un peu bizarre. Fais gaffe. »
« Bizarre ? Y a eu un truc ? »
« Apparemment, des espèces de bêtes magiques qu'on n'avait jamais vues jusqu'ici ont commencé à apparaître. »
D'après le soldat à l'accueil, ce matin, on a confirmé l'apparition de gobelins, d'orques et autres, ce qu'on appelle des « gens du mal ».
« Pour l'instant, la structure et les pièges n'ont pas l'air d'avoir changé, mais on ne sait jamais. Prudence. »
« Compris. »
C'est comme ça qu'on s'est engouffrés dans le donjon, mais……
Comme l'avaient dit les soldats, on est tombés sur des gobelins dès l'entrée. Ceci dit, comparés aux bêtes magiques qui hantaient ce donjon jusqu'ici, les gobelins sont de loin inférieurs.
Au contraire, la difficulté n'a-t-elle pas baissé ? La structure et l'agencement du donjon n'avaient pas changé d'un iota, et les pièges étaient aux mêmes endroits.
En chevauchant Urushi, on a traversé tout ça en un clin d'œil. Il a fallu environ trois heures pour atteindre le 15e étage.
Jusqu'au 15e étage, on a croisé des gobelins, des orques, des kobolds et autres gens du mal. Mais comme prévu, ces bêtes ne collent pas à ce donjon.
Pas de discrétion, pas d'utilisation maligne des pièges. Au contraire, beaucoup se font piéger tout seuls et s'autodétruisent.
Qu'est-ce qui leur prend ? C'est sûr que Lumina trame quelque chose, mais je ne pige pas le sens de tout ça.
« Gens du mal, faibles. »
« Du coup, la conquête est plus facile, ceci dit. »
En plus, on a pu choper pas mal de pierres magiques de bêtes ayant des compétences de production, qu'on ne trouvait pas dans ce donjon avant.
Surtout les haut-orques qui apparaissent à partir du 12e étage, ils sont pleins de ressources : certains avaient Forge et Cuir au Nv 4 ou 5. Leurs compétences martiales étaient pas mal non plus, et mes compétences ont pas mal monté.
Surtout Forge et Cuir, qui sont montés tous les deux au Nv 3. Sans compter une bonne vingtaine d'autres compétences qui ont level up.
Mais y a un hic. D'après ce qu'on a vu, le nombre de bêtes magiques qui apparaissaient avant a diminué, et les gens du mal combleraient le vide. En clair, le taux d'apparition des bêtes qu'on doit chasser pour la demande a peut-être baissé, les rendant plus difficiles à trouver.
« Bon, on y va. À partir d'ici, faut aussi faire gaffe aux pièges. »
« Mmh. »
« Urushi, compte sur toi pour la détection. »
« On. »
Les demandes restantes ne concernent que des matériaux rares de bêtes déjà difficiles à trouver. Ça va être coton pour les réunir.
C'est ce que je pensais, mais……
« Bien, ça fait une demande de réglée. »
Pas de gens du mal au-delà du 15e étage. Pour une raison inconnue, mais ça nous arrange. Je demanderai à Lumina pour ce genre de trucs aussi.
Ensuite, on a bouclé les demandes facilement. Effectivement, pas de gens du mal à partir du 15e étage. On dirait même que le taux d'apparition des bêtes rares a augmenté.
« Il est encore en fin d'après-midi, non… »
« On va voir Lumina. »
« Ouais. »
Je sais pas si le Maître du Donjon dort déjà, mais trop tard, ça ferait mauvais genre. À cette heure, ça devrait aller.
On a traversé la porte de la salle de boss où on s'est battus contre le Disaster Ballbug. Lumina avait dit qu'elle arrangerait les choses pour qu'on n'ait pas à affronter le boss, mais on est restés sur nos gardes. Y a comme un truc louche qui se passe.
Mais, nous ignorant superbement, un dispositif de transfert vers l'entrée du donjon est apparu au centre de la salle de boss, et en même temps, une entrée vers le repaire de Lumina s'est ouverte dans le mur.
Naturellement, c'est vers le repaire de Lumina qu'on s'est dirigés. En entrant dans la même pièce qu'avant, on a trouvé Lumina assise sur une chaise, à glander. Ce n'est que quand Fran lui a adressé la parole qu'elle a daigné tourner la tête vers nous.
« Bonjour. »
« Oh, Fran… »
Elle ne s'était pas rendu compte ? Son comportement est bizarre. Elle a pris un coup de soleil ? En voyant Fran, Lumina a esquissé un léger sourire. Mais son visage est redevenu sévère illico.
« Mmh. Je suis venue. »
« C'est ça. »
Elle est froide, là. Avant, elle accueillait franchement, mais aujourd'hui, elle n'a même pas proposé une chaise.
« Y a des gens du mal dans le donjon. »
« C'est ça. »
Même quand Fran lance un sujet, elle reste froide. On voit direct qu'elle ne l'accueille pas.
« Euh… »
« Fran. Rentre pour aujourd'hui. »
« Hein ? »
« Moi aussi, j'ai plein de trucs à faire. J'ai pas le temps de m'occuper de toi. »
C'était un refus net. Lumina a attrapé les épaules de Fran, qui restait plantée là, et l'a poussée vers la sortie. Qu'est-ce qui lui prend à Lumina ? Elle est complètement différente de l'autre jour.
Je me suis dit qu'il y avait peut-être une raison, mais ça ne passe pas.
« Dégage. Tu gènes… »
« … Celui… »
« Et ne remets plus jamais les pieds ici. »
Fran a écarquillé les yeux, abasourdie. Elle ne comprend visiblement pas pourquoi Lumina a changé du tout au tout.
J'ai utilisé sur le champ le Principe du Mensonge, mais les paroles de Lumina n'étaient pas mensongères.
Non, attends. Ce qu'elle dit sur le fait d'être occupée, de pas avoir le temps, c'est peut-être vrai. Mais est-ce que son attitude glaciale vient du cœur ? Le Principe du Mensonge ne détecte que la véracité des mots.
Là, il faut demander les raisons franchement. Pour Fran aussi. Si on se barre comme ça sur un ordre, la peur qu'elle nous déteste vraiment va s'installer, et ça deviendra dur de revenir voir Lumina. Au minimum, faut savoir si c'est sincère.
Mais Fran ne peut pas demander. En voyant son air abattu, j'ai senti qu'elle avait la frousse au fond d'elle. Pas la même que face à la force des Rois-Bêtes. La peur de se faire détester par quelqu'un qu'elle apprécie. Ou la peur d'être déjà détestée. Elle le montre pas en surface, mais dedans, c'est la tempête.
Fran, qui a perdu ses parents, a été réduite en esclave, a survécu seule, a enfin rencontré une de ses semblables. En plus, quelqu'un de bienveillant envers elle, qu'elle respecte. Se faire rejeter brutalement par une telle Lumina, imagine le choc. Fran ne peut pas demander à Lumina si elle la déteste vraiment.
Alors, c'est à moi de le demander. Ma vraie identité qui risque d'être dévoilée ? Passe après. Ce qui compte, c'est la relation entre Fran et Lumina. J'ai pris ma décision et j'ai interpellé Lumina.
« Dis, tu rejettes vraiment Fran ? »