Nous avons quitté la zone de collines en direction de l'est et avions le fort d'Elrent, notre objectif, en ligne de mire.
« On le voit. C'est ce fort-là. »
« Mmh ! »
« Fuhahaha ! Comme attendu d'Urushi ! Une vitesse de déplacement prodigieuse ! »
« C'est surprenant. »
« Vraiment, oui. »
Les anciens aventuriers de rang A sont eux aussi stupéfaits par la capacité de transport d'Urushi. Il a traversé d'une traite la zone montagneuse en portant sur son dos un grand nombre de personnes : Fran, Jean, Sainsans, Doré, Maléfisante, Persona, ainsi que plusieurs chevaliers et nobles.
Un familier ordinaire en aurait été bien incapable.
Apparemment, nous sommes en train de récupérer le fort d'Elrent qu'on a fait tomber, et de nous reposer tout en réparant les installations qu'on a nous-mêmes détruites.
De retour, Jean a aussitôt réuni les chefs de chaque faction pour entamer une réunion. Ce qui m'a surpris, c'est la présence d'une personne que je n'imaginais pas trouver là.
« Esmeralda ? »
« Hyahhyahhya. Ça fait un temps, la p'tite. »
« Pourquoi es-tu ici ? La capitale, ça va ? »
« Hmph. Mes subordonnés gèrent l'affaire là-bas. J'ai déjà à peu près éliminé les ordures, après tout. »
En peu de temps, elle a apparemment terminé la purge des nobles et des espions. On ressent une aura indéfinissable émanant de cette vieille qui ricanait. Vraiment impitoyable, cette vieille.
Le mystère des rats des sables est résolu. Quel que soit le talent d'Esmeralda, je me disais qu'il serait quand même difficile pour elle, depuis la capitale, de surveiller chaque unité à l'intérieur du royaume de Raidos.
Elle nous accompagnait secrètement. Le fait qu'elle ne le montre pas ouvertement, c'est probablement parce qu'elle s'occupe aussi de l'espionnage envers le royaume de Raidos.
Et comme elle a lâché ses rats sur une large zone, Esmeralda ne peut presque plus bouger. Elle peut se déplacer sur une chaise de sable, mais le combat lui est impossible.
La présence de ce qui ressemble à des gardes du corps derrière elle ne laisse planer aucun doute.
« Ah, ce sont à l'origine mes subordonnés. Ils ont juste une capacité de combat passable, alors je les ai emmenés. »
« …… »
« …… »
Tous deux parlent à peine. Cela dit, ce n'est pas qu'ils soient muets ; on dirait qu'ils se taisent juste parce qu'ils sont en mission. L'un d'eux a même failli saluer avant de se raviser et fermer la bouche en catastrophe.
Peut-être sont-ils encore en plein dressage, comme l'avait mentionné Esmeralda auparavant.
« Alors, concernant nos mouvements à venir... »
Le chef des troupes retranchées au fort d'Elrent n'était ni un noble ni un chevalier, mais Jean. Le fait que tous lui obéissent sans la moindre plainte prouve que sa compétence est bel et bien reconnue. Il y a bien des nobles hautains, mais aucun ne semble mécontent que Jean donne les ordres.
Jean transmet aux responsables les mouvements à venir qu'il a décidés.
« Donc, nos mouvements ne changent pas beaucoup, si ? »
« Hum. Certains de mes morts-vivants et soldats seront envoyés vers la zone de collines, mais Fran et les autres nous rejoignent. Au contraire, notre force augmente. »
« À la base, nous sommes une diversion. Nous devions attaquer le fort plus loin sans nous forcer... »
« Ça change. Il faut le prendre à coup sûr. »
Après une heure de réunion, tous les doutes furent levés, et l'on se mit en mouvement pour préparer le début de l'opération.
Notre rôle, à nous, c'est une patrouille qui double de confirmation du terrain environnant et de reconnaissance.
Nous sommes sortis du fort d'Elrent et observons d'en haut le petit fort qu'on doit prendre. C'est le fort de Mars, défendu par le royaume de Raidos.
« D'ici, le chemin se rétrécit d'un coup. »
« On peut pas attaquer à beaucoup. »
« Ouais. Ça risque d'être un sacrément rude combat. »
On comprend bien pourquoi le royaume de Cranzel a buté sur ce petit fort au point de le mettre en balance avec Largehill, une ville de taille respectable.
Normalement, ce fort devrait être bien plus facile à prendre, mais le terrain a gommé ses points faibles. Il a été construit pour barrer un chemin de montagne en forme de vallée, ce qui rend l'assaut très difficile pour une grande armée et empêche la force brute du nombre.
Même en essayant de passer par la montagne, on s'exposerait aux tirs du fort. Et comme c'est en plein milieu d'une pente raide, les attaques à distance depuis le fort ont un avantage écrasant. En plus, il y a bel et bien une présence de barrière ici. Même si on lance de la magie, ça n'aura guère d'effet.
Mieux vaudrait qu'un seul guerrier d'élite s'infiltre pour le contrôler ? Je l'ai pensé, mais si l'ennemi a un Roanes, c'est aussi dangereux. Après tout, le coup de grâce des chevaliers rouges a pu tuer des aventuriers de rang A.
Le lendemain matin.
Fran et Jean étaient sur le rempart du fort d'Elrent.
« Fran. Je te confie la seconde vague. »
« Mmh ! »
« L'avant-garde, ce sont les chevaliers, donc pas la peine de te presser. »
Même si Jean est reconnu à ce point, il semble qu'on ne veuille pas céder l'honneur de l'avant-garde aux aventuriers ni aux morts-vivants.
Si on ne regardait que l'efficacité, la force brute des morts-vivants serait optimale.
Mais la face des nobles et du pays ne peut être ignorée. Ou plutôt, le déclencheur de cette guerre, c'est exactement ça.
« Plus que ça, méfie-toi des attaques surprises depuis les falaises de gauche et de droite. C'est difficile pour des soldats ordinaires de les franchir, mais on est en territoire ennemi. On ne sait pas quelles routes secrètes existent. »
« Compris. »
On regarde partir les chevaliers tout en discutant, Jean et moi.
Le fort d'Elrent où nous sommes se trouve au pied de la montagne, et la cible est à mi-pente. Les chevaliers qui montent le sentier étroit en file indienne, combien survivront-ils ?
Il y a des mages de soin et des porte-boucliers, mais on ne sait pas jusqu'où les pertes seront contenues.
Au bout d'un moment, un messager arrive. L'arrière-garde de l'avant-garde a dû passer au point prévu. Enfin, c'est notre tour à nous, aventuriers, de sortir.
« Fran. Ne fonce pas toute seule. »
« Mmh ! »
« Urushi, bats-toi en restant petit pour pas devenir une cible. »
« Ouaf ! »
On ne sait pas s'il existe une « météo de guerre », mais un ciel couvert, ni chaud ni froid, s'étend.
Ces nuages gris qui laissent pressentir quelque chose de funeste, de quel côté penchent-ils le destin ? Celui de Cranzel ou celui de Raidos ?