Fran raconte comment les goules du génocide sont devenues ses subordonnées, tout en expliquant qu'elle ne peut pas les emmener avec elle.
Jean a, lui aussi, saisi immédiatement les tenants et aboutissants de la situation.
« En effet ! Même pour toi, Fran, il serait difficile de se promener avec des morts-vivants de ce niveau comme serviteurs. Rien que le fait qu'ils soient des morts-vivants suffit à les faire éviter, et en plus ces gaillards portent un poison violent ! »
« Hmm. »
Une arme chimique ambulante, on se la refuserait à l'entrée d'une ville.
« Et faire un contrat pour les renvoyer est, là encore, impossible ! »
Il a tout de suite compris le problème de capacité.
« Fuhahaha ! J'ai compris l'histoire ! En ma qualité d'explorateur de la mort, je vais prendre ces gaillards sous mon aile ! »
« S'il te plaît. »
« Oui ! Confié ! »
C'est bon, les goules du génocide pourront aussi montrer leur valeur sous les ordres de Jean. Il peut imposer l'impossible aux morts-vivants, mais jamais rien qu'ils détestent.
« Alors, scellons le contrat ! »
« « « Compris » » » »
Jean entame une longue incantation et fait apparaître un immense cercle magique. Même pour un nécromancien du niveau de Jean, un contrat ne doit pas être simple à conclure.
Toutefois, comme les goules du génocide ont donné leur accord, une fois la magie déclenchée, le contrat a été immédiat.
Le corps entier des goules a brillé de mille feux, et j'ai senti leur puissance magique se relier à Jean.
« Alors, je les renvoie pour l'instant ? Qu'ils soient utiles lors de la bataille à venir contre Raids ! »
« Oui, compris. »
« Prêtresse ! Merci beaucoup ! »
« On se reverra ! »
« Prêtrêêêesse ! »
Les goules ont disparu une à une dans le cercle magique dessiné par Jean, en adressant leurs remerciements. J'ai l'impression, vaguement, d'avoir posé un fardeau.
Fran a l'air de ressentir la même chose, elle hoche la tête avec satisfaction. Elle doit être soulagée. C'est au moment où elle souffle que Fran demande à Jean ce qui la tracassait.
« Jean. Ça allait ? »
« Hein ? »
« Hein ? Quoi donc ? »
« Y a quelqu'un qui t'en veut ! »
« Ah, tu parles du mort-vivant appelé "Sans-Nom". Hum, je ne l'ai pas vu. »
Apparemment, il n'a pas encore affronté Sans-Nom. Le premier siège de la Légion des Ossements Noirs, le tueur de mages, Sans-Nom. Il a été créé dans le but de vaincre Jean.
Je pensais qu'il avait déjà commencé à bouger depuis longtemps...
« Autour de moi, il n'y a pas que des morts-vivants fiables, il y a aussi des aventuriers en guise de gardes du corps. C'est peut-être grâce à eux. »
« Je vois. »
« Je vais te les présenter, à toi aussi, Fran ! Les anciens aventuriers de rang A qui me servent de gardes du corps ! Messire Saïsans et Dame Doré ! »
Bon, nous non plus, on se posait la question depuis tout à l'heure. Parce que quoi qu'on en dise, ils ont l'air costauds.
« Nous aussi, on a entendu les rumeurs sur la princesse du tonnerre noir ? Ravis de faire votre connaissance ! »
« Ara ara, quel enfant mignon. »
Ce que Jean nous a présentés, ce sont deux personnes âgées.
Saïsans a le dos voûté, du coup il doit être plus petit que Fran. Il s'appuie sur une lance presque deux fois sa taille comme sur une canne, et lève légèrement l'autre main pour saluer.
C'est apparemment un homme-bête de type civette, mais contrairement à Fran, son visage est entièrement animal. Le fait qu'il soit tout blanc, c'est parce que ses poils ont blanchi avec la vieillesse ? Sa voix donne l'impression d'un vieux un peu voyou.
Doré, elle, est le contraire de Saïsans : grande, le dos bien droit. Ses cheveux attachés sur l'arrière de la tête sont blancs, mais d'une brillance et d'une jeunesse remarquables.
En plus, elle porte de grosses boucles d'oreilles et n'a pas oublié son maquillage. Une "belle sorcière", ou plutôt une grand-mère élégante.
Tous les deux, rien qu'à leur maintien, on sent les maîtres. Saïsans est sans conteste un lanceur. Doré n'a pas d'arme apparente, mais je ne la crois pas magicienne. Plutôt combattante à mains nues ?
Bref, tous deux semblent avoir la force qui va avec leur ancien rang A.
« Messire Saïsans porte le surnom de "Lance de la Tempête". C'est un lanceur dont les coups pleuvent comme une tempête, d'où ce nom. »
« Hohoho. Ce surnom, c'était autrefois. Maintenant, je ne suis plus qu'un pauvre, pauvre vieillard. »
Saïsans prononce une réplique qui ressemble à de l'autodérision, mais c'est manifestement un gros mensonge.
Certes, son dos est courbé, ses capacités physiques ont dû décliner. Sa posture présente même de légères ouvertures.
Mais ces ouvertures sont clairement des appâts. Un leurre pour mettre l'adversaire en confiance. Si on le prend à la légère, même nous on risque d'en baver. Il intègre sa propre vieillesse dans sa tactique.
C'est pour ça qu'on ne peut pas baisser la garde face aux vétérans.
« On fait un combat d'entraînement ? »
« Ho ? »
« Combat d'entraînement. »
« Hohoho ! Pas question ! Ça fatigue ! »
« Mmm. »
« Drôle de gamine ! Mais dis-moi, comment fait-on pour avoir un œil aussi affûté à ton âge ? »
Fran avait visiblement très envie de faire un combat d'entraînement, mais elle s'est fait refuser. Pas question qu'un combat d'entraînement le fatigue, il doit juste vouloir garder ses cartes cachées. C'est sûr, il est encore en activité.
« Dame Doré porte le surnom de "Danseuse de la Mort". C'est une combattante spécialisée dans les coups de pied, mais son style de combat ressemble à une danse, d'où ce surnom. »
« Ravie de faire ta connaissance. »
« Hmm. »
« Vraiment mignonne, celle-là. J'aurais aimé avoir une petite-fille comme toi. »
Doré parle lentement, avec l'élégance d'une grande dame, mais sa force se comprend encore mieux que celle de Saïsans. Aucune ouverture dans son maintien.
Si Saïsans est du genre à créer des ouvertures exprès pour attirer l'ennemi, elle, c'est le type qui impose sa force pour dissuader toute attaque.
« On fait un combat d'entraînement ? »
Fran repose la question ! Nan mais, on est sur un champ de bataille, là !