« Iones-sama ! »
« Vous, salauds ! »
Face à nous qui avions abattu Iones, vice-commandant de l'ordre des Chevaliers Cramoisis, les chevaliers rouges alentour nous lançaient leur soif de sang.
Cependant, privés de leur commandant, la coordination des chevaliers rouges était manifestement en déroute. Fran et les autres ne laisseraient pas passer une telle ouverture.
Libéré de l'affrontement contre le vice-commandant Iones, Forland, ainsi que Fran et Urushi encore hésitants. Et ma magie, lancée en secret, décimait les chevaliers rouges les uns après les autres.
À mesure que la pression des chevaliers rouges faiblissait, les répercussions positives se propageaient sur les autres fronts.
Les aventuriers qui attaquaient les morts-vivants gagnèrent en liberté d'action, et l'attention des morts-vivants se trouvant dispersée, les troupes nobles purent se réorganiser. La situation basculait nettement en faveur du royaume de Kranzel.
Mais le royaume de Leidos ne restait pas non plus les bras croisés.
Une fois une trentaine de chevaliers rouges abattus, ils durent juger la réorganisation impossible. Du fort retentit le son du cor.
Ce signal de retraite fit former les rangs aux chevaliers rouges qui commencèrent à battre en retraite vers le fort. Normalement, c'eût été l'occasion d'une poursuite, mais des sorts de feu furent lancés depuis le fort et les chevaliers eux-mêmes.
Bloqués par ce barrage, les aventuriers ne purent les suivre.
Pourtant, la fin de la mêlée rendait aussi le combat plus facile pour nous. Plus besoin de se soucier de toucher nos alliés, nous pouvions déverser notre magie sans retenue.
« Fran ! Urushi ! On y va ! »
« Ouais ! »
« Ekató Keraunos ! »
« Éclair ! »
« Awooooo ! »
Ma magie de foudre, celle de Fran et la magie des ténèbres d'Urushi s'abattirent sur les chevaliers rouges en retraite. Mais ces attaques ne parvinrent pas à abattre les soldats. Une sorte de barrière s'était déployée autour de l'unité, repoussant la magie.
Pourtant, c'était dans nos prévisions.
Dans ce monde où existent des individus puissants, une grande unité n'est pas nécessairement un atout. La simple présence d'un mage aux capacités inattendues peut infliger des dégâts catastrophiques.
C'est pourquoi, pour s'en prémunir, chaque nation développe des dispositifs et des sorts. En mer aussi, on nous a déjà bloqué de la même façon.
Le royaume de Kranzel possède des dispositifs similaires, et il va de soi que du côté de Leidos, en territoire ennemi, existent des outils magiques et des cercles magiques plus puissants encore.
D'ailleurs, j'ai eu ces informations d'Avenger. Comme il s'agit d'un fort défendant une base stratégique, il serait équipé à la fois d'une barrière physique et d'une barrière anti-magie.
Mais les utiliser simultanément demande une énorme quantité de puissance magique, et le déploiement conjoint serait limité à une trentaine de minutes. Au vu de la durée du combat, il ne leur reste probablement plus assez de mana pour n'activer que la barrière anti-magie pendant de courts instants.
Nous continuâmes à lancer des sorts sans relâche, les forçant à maintenir la barrière anti-magie. Entre-temps, Forland acheva ses préparatifs.
« C'est bon ? »
« (Ouais. Je m'en charge !) »
Forland acquiesça avec force.
« Fran ! Urushi ! Pour la fin, on fait les choses en grand ! »
« Ouais ! »
« Woooo ! »
Pour les obliger à maintenir la barrière anti-magie, nous déversâmes une énième salve de sorts. Comme prévu, ils furent stoppés par la barrière.
Pendant ce temps, Forland s'avança, levant sa main droite vers le ciel.
À son geste, les épées magiques de Forland que tenaient les aventuriers alentour se dissipèrent dans le vide comme si elles fondaient.
Nous perdions le renforcement des épées magiques, mais pour l'instant, la puissance magique blanche que Donadorondo utilise semblait nous protéger. Même sans les lames de Forland, nous ne risquions pas de basculer dans l'infériorité immédiate.
On percevait clairement l'immense puissance magique revenir vers Forland. Apparemment, la matérialisation et le maintien consomment du mana, et en les annulant, il peut récupérer la puissance magique qui compose les épées.
« Épées devenues ma chair et mon sang, tranchez. Myriade de lames. »
Toujours d'une voix basse, Forland prononça ces mots qui portèrent distinctement. La force qu'il y insufflait leur conférait une présence tangible.
L'instant d'après, d'innombrables épées jaillirent du vide et, comme maniées par des bras invisibles, s'abattirent vers le sol.
Et ce n'était pas une attaque au hasard. Chacune des centaines de tranchants visait avec une précision chirurgicale.
La plupart de ces coups, tels des lames de guillotine, tranchèrent la nuque des chevaliers rouges. Les attaques esquivées infligèrent nonetheless de graves blessures à la plupart.
De plus, chacune était une épée magique dotée d'un pouvoir particulier. Elles cautérisaient les plaies, infligeaient du poison, paralysaient par la foudre, avec des effets additionnels.
Une attaque terrifiante. Redoutable autant contre une grande armée que dans un duel.
« Bien ! Grâce à ça, on peut s'occuper des morts-vivants sans se soucier de nos arrières ! »
« Ouais ! »
« D'accord. »
Il reste probablement des effectifs dans le fort, mais avec l'anéantissement des chevaliers rouges, leur troupe d'élite, une sortie immédiate est impossible.
« Forland, tiens encore un peu. »
« (C'est bon.) »
En réalité, Forland avait déjà consommé la majeure partie de son mana. Une attaque d'une telle envergure entraîne forcément un contrecoup important.
Mais s'il s'effondrait sous les yeux du fort, l'ennemi comprendrait qu'il ne peut plus lancer une telle offensive. La dissuasion disparaîtrait.
C'est pourquoi on lui demanda de tenir encore un peu, le temps qu'Urushi l'emmène se mettre à l'abri hors du champ de bataille.
« (Je te laisse la suite.) »
« Ouais, c'est noté ! »