Fran s'élança au milieu des tirs d'artillerie, résolue à anéantir la flotte de Raidos de Dars.
« Cette flotte n'a pas de petits navires pour servir de sacrifices. »
Elle ne se composait que de gros et de moyens bâtiments. Dans ce cas, le transfert de dégâts ne devrait pas se produire, non ? D'ailleurs, la dernière fois, ce n'était possible que grâce à la magie du dragon des eaux et à la capacité de Marle. Sans eux, cette flotte ordinaire ne devrait pas pouvoir le faire.
Nous en avons conclu qu'il valait mieux ouvrir les hostilités avec une attaque majeure contre le vaisseau amiral.
« Fran ! Le plus gros bateau là-bas ! On y va ! »
« Mmh ! »
La même superposition de Kannakamui que celle lancée contre la flotte du dragon des eaux à Barbola.
La foudre s'abattit du ciel sur le navire qui semblait être le vaisseau amiral.
Mais un mur transparent apparut soudain entre le Kannakamui et le navire. Il y avait bien une barrière.
Le mur transparent déployé réceptionna la foudre… non.
« Hein ? »
« Mmm ? »
Le Kannakamui perça la barrière comme si de rien n'était et frappa le navire de plein fouet. Une énorme explosion éclata, projetant des débris de coque dans toutes les directions.
Les trois mâts dont s'enorgueillissait le gros bâtiment furent pulvérisés par la foudre, et la coque se brisa en son centre. Les débris restants commencèrent lentement à couler.
Les marins survivants subirent aussi les effets de la foudre, leurs corps paralysés, incapables de nager correctement. On les voyait se débattre en coulant avec les décombres.
« Au fond, cette barrière puissante, c'était grâce au vaisseau du dragon des eaux. »
« Mmh. »
Même en installant un générateur de barrière sur un navire ordinaire, le manque de puissance magique doit empêcher d'obtenir un effet très fort.
« … Ça marche. »
« Ouais ! »
Dans ce court mot de Fran, il y avait une combativité à en rire. Sa colère contre le royaume de Raidos n'est visiblement pas près de s'éteindre.
« Haaaaa ! »
« C'est parti ! »
Fran, me portant sous ma forme géante, bondit sur le navire le plus proche. Elle me brandit au-dessus de sa tête en mode tranche-navire et m'abattit de toutes ses forces sur le bâtiment sous ses pieds.
Étonnamment, on n'entendit presque pas de bruit de fracassement. Juste un léger grincement de bois contre bois, et un large sillon se creusa dans la mer.
Pour l'équipage, la situation dû être incompréhensible : leur navire se retrouva coupé en deux, avant et arrière. Un temps plus tard, des flammes jaillirent de la section nette et la coque s'embrasa.
Outre le mode tranche-navire, elle utilisait aussi l'épée élémentaire de feu. Au milieu des cris des marins, le navire de guerre coula avec une facilité déconcertante.
Ce qui suivit fut purement et simplement du pilonnage.
Fran sillonnait les airs, coupant un à un les navires en deux. Certains furent fendus sur la longueur, d'autres transpercés de front et divisés en tribord et bâbord.
Enflammés, les bâtiments de la flotte de Raidos coulaient les uns après les autres.
Les navires de la marine de Raidos ne sont pas faibles, aux standards de ce monde. Ils ont l'apparence de voiliers en bois, mais des outils magiques renforcent leur solidité, leur vitesse, leur manœuvrabilité, tout.
Sans atteindre les cuirassés modernes, ils devaient avoir des performances comparables à celles de vieux croiseurs. De plus, ils embarquaient plusieurs canons magiques à la précision élevée. Trente unités formaient, hors vaisseaux du dragon des eaux, une flotte de classe supérieure.
Mais Fran est encore plus performante. Petite, rapide, avec une esquive exceptionnelle, elle porte pourtant une puissance offensive démesurée capable de mettre un navire hors de combat en un coup, et elle peut la répéter.
L'image qui me vient : affronter un mécha humanoïde de SF avec des navires actuels de performance moyenne. Forcément, on ne peut pas gagner.
Je me méfiais d'un atout anti-forts comme celui de Marle, mais il n'y eut aucun signe qu'il sorte.
Une dizaine de navires coulés, et ils durent comprendre qu'ils ne pouvaient rien contre Fran. Certains tentèrent de fuir. Peine perdue.
« Maître ! Celui-là, je te le laisse ! »
« Compris ! »
Fran les devança et s'en prit en priorité aux fuyards.
« Gyaaaa ! Il arrive ! »
« Noooon ! »
« Sale démon noir ! »
À chaque croisement, un navire était coupé en deux avec son mât, et les équipages hurlaient en tombant à la mer.
Sans accorder le moindre regard à ces hommes, Fran fonçait déjà sur le suivant. Là où elle passait, le navire était bissecté, la coque s'enflammait.
Pour l'ennemi, un cauchemar. Et l'intensité de sa détermination à ne laisser aucun échappé devait se sentir.
Une grêle de projectiles plus dense encore se concentra sur Fran. Mais ça n'avait aucune chance de l'atteindre, et en à peine dix minutes, dix navires de plus avaient été coulés.
Un rythme d'un navire par minute.
Simplement, l'excitation du sang étant retombée, elle sembla se détacher de l'idée de les trancher de sa main.
« Je vais les régler à la magie. Maître, celui-là. »
« Entendu. »
Nous lancâmes des sorts à la chaîne et achevâmes les navires restants d'un coup.
Environ vingt minutes après le début du combat.
Tous les navires ennemis étaient devenus de la vase au fond de la mer. Nous avions gagné, mais une question restait. Comme à Barbola, les navires de Raidos n'avaient pas hissé le drapeau blanc une seule fois.
Brunen de Berios m'avait dit que la coutume du drapeau blanc existait dans ce monde. C'est donc une question de fierté ou d'orgueil : ils refusent de se rendre quoi qu'il arrive ?
« Fuuuu. On a gagné. »
« Ouais. »
« Maintenant, on va sauver les gens capturés ! »
« Tout de suite ? Tu ferais mieux de te reposer, non ? »
Nous avions gagné sans une égratignure, mais la magie et l'endurance sont passablement entamées. Couler des navires si gros a nécessité des attaques sérieuses, et l'excitation a fait perdre le sens du rythme…
Elle était complètement emportée, à un rythme effréné.
Pourtant, Fran essuya la sueur de son front et porta son regard vers la ville de Dars.
« Il faut sauver Charlotte au plus vite. »
« Je m'en doutais. »