Nous fûmes accueillis à notre retour à l'auberge par des chevaliers sacrés à l'air terriblement pressé. Au milieu d'eux se tenait un magicien et un évaluateur, tous deux arborant un sourire malsain.
« Oh ! Vous voilà de retour ! »
« Nous vous attendions ! »
Vainement, j'espérais qu'ils ne s'adressent pas à Fran. Mais elle était sur ses gardes. Après tout, aucun des deux n'avait les yeux qui riaient.
D'ailleurs, je n'ai jamais eu que de la méfiance envers le Saint Royaume de Shirado.
« …… Quoi ? »
« Il a été décidé que notre pays vous accueillerait en tant que chevalier d'honneur ! »
« En tant que chevalier d'honneur, vous aurez récompenses et honneurs à votre guise ! Félicitations ! »
Fran inclina la tête. Elle ne comprenait probablement pas le sens de leurs paroles.
« Allez, prenez ce catalogue ! »
« Et veuillez accepter cette lettre du roi lui-même ! »
Le magicien et l'évaluateur tendirent chacun un parchemin roulé. Les deux émettaient une faible magie.
Probablement qu'au seul fait que Fran reçoive le parchemin, ils considéreraient qu'un contrat est conclu. Même procédé qu'à la guilde des magiciens d'Eiwas que nous avions croisée auparavant.
Dans ce monde, c'est sans doute la combine standard pour berner les enfants.
« Fran. Ne le prends pas. »
(Je sais. Ils trament quelque chose.)
Même Fran a percé leur complot, c'est dire à quel point c'est maladroit.
« Pas besoin. »
« Hein ! M-mais c'est un chevalier d'honneur ? Un chevalier du plus haut rang, au même niveau que les chevaliers sacrés ! »
« C'est un honneur suprême qu'on n'accorde habituellement pas aux hommes-bêtes ! Allez, acceptez-le ! »
« Pas besoin. Au revoir. »
Alors qu'elle essayait de passer à côté, les chevaliers sacrés lui barrèrent la route. Ils avaient l'intention de la forcer à devenir ce chevalier d'honneur, coûte que coûte.
D'ailleurs, ces types étaient sur le champ de bataille contre l'antimage géant, non ? Ils ne connaissent pas la force de Fran ?
Non, la moitié d'entre eux ont visiblement les jambes qui tremblent. Et dans l'interstice de leurs heaumes, on voit la peur dans leurs yeux.
Ils ne peuvent pas désobéir aux ordres, voilà tout. Rien qu'à voir ça, on n'a pas envie de devenir chevalier d'honneur. Puisque c'est un honneur égal aux chevaliers sacrés, ça veut dire qu'ils sont au-dessus de ces ordures qui nous tendent des parchemins. Titre ronflant ou pas, ils ne sont en réalité que des chiens tenus en laisse par Shirado.
Fran libéra légèrement sa pression et les fixa. Ce fut suffisant pour ouvrir un passage, et elle put passer sans encombre.
Après la bataille acharnée et sa croissance supplémentaire, des adversaires de ce calibre ne font pas le poids pour Fran. Ce ne sont que des sous-fifres parmi les chevaliers sacrés.
Malgré tout, le magicien s'accrochait et essayait de la rattraper, mais une nouvelle silhouette lui barra le chemin.
« Attendez ! Ceci... »
« Quel est ce vacarme ? »
« V-Vous... »
« Sophie ! »
La fillette qui avait mangé sans payer, Sophie — non, la sainte Sophieiria. Elle nous a sauvés à maintes reprises, je vais arrêter de l'appeler "la fillette qui a essayé de manger sans payer".
« Vous avez échoué avec moi et Mea, alors maintenant c'est au tour de Fran ? »
« …… Cela ne te concerne pas. »
« Ah ah. Vous m'avez portée aux nues en tant que sainte, et dès que je refuse votre recrutement, vous m'apostrophez par "vous" ? On voit le niveau de votre pays. »
« Ne te moque pas de notre pays ! »
« Je ne me moque pas de Shirado. Je me moque de *vous*. Mais si un pays utilise des imbéciles pareils, Shirado ne vaut pas grand-chose non plus, hein ? »
« Vou... ! »
« C'est tout ce que vous savez dire ? »
Quelle attitude belliqueuse ! Apparemment, le Saint Royaume a mis Sophie en colère et les négociations ont échoué. Les gens de Shirado montrent leur colère, mais face à la fureur que dégage Sophie, ça a l'impuissance des aboiements d'un chiot.
Qu'ont-ils bien pu faire pour mettre Sophie dans un tel état ?
Que faire ? Je pensais qu'on avait un allié fiable, mais à ce rythme, ça va tourner au massacre. La situation deviendra incontrôlable.
Mais à ce moment-là, un tiers intervint.
« Quelle est cette agitation ? Vous dérangez les clients de l'auberge. »
« Vous... »
« S'adresser à un chevalier d'un autre pays par "vous" ? Même pour un grand pays, c'est un peu irrespectueux, non ? »
« Cet emblème ! Le royaume chevaleresque de Segiluser ! »
« Je m'appelle Yagil, commandant de la troisième ordre de chevaliers. Enchanté. »
« Gr... »
C'était Yagil. Eux aussi sont rentrés sains et saufs à Nocta, apparemment.
« Ça fait longtemps — enfin, pas tant que ça. On a l'impression de ne pas s'être vus depuis des jours. »
« Hmm. »
Face au visage bienveillant de Yagil, les gens de Shirado se turent, intimidés. Il a dit "royaume chevaleresque", mais c'est peut-être un pays assez important ?
« Ce parchemin. Ce n'est pas quelque chose de bien, hein ? Dans mon pays, c'est interdit, c'est de la magie interdite. Le Saint Royaume utilise encore ce genre de chose ? »
Sous les piques de Yagil, les gens de Shirado montrèrent clairement qu'ils voulaient fuir. Ou plutôt, ils s'enfuirent.
« N-Nous ne comprenons pas ce que vous dites. Enfin, comme il y a du grabuge, nous prendrons congé pour aujourd'hui. »
« O-Oui, quand les choses se calmeront, nous reviendrons vous en parler. Gardez du temps pour nous. »
« Nous espèrerons que vous ne partiez pas et que vous nous attendiez. »
Mais qui croient-ils être ? Ça a l'air d'une demande, mais c'est un ordre déguisé. Fran en a probablement marre aussi.
« Non. Je n'ai plus rien à dire à des gens comme vous. »
« Ku... »
Habitués à ce qu'on ne refuse pas leurs "demandes", les magiciens s'apprêtèrent à hurler à nouveau. Mais ils durent remarquer l'apparition de Mea et des autres, derrière Sophie et Yagil.
Ils s'enfuirent en catimini.
« Merci. Vous m'avez sauvée. »
« De rien, vous n'auriez eu aucun problème toute seule. Je me suis permis d'intervenir. »
« C'était un désastre. De mon côté, ils étaient insistants aussi. Comme condition de recrutement, ils ont dit qu'ils accepteraient de "recevoir les gens de Nocta comme esclaves" ! Qui croient-ils être ! »
« Fuhahaha ! Eux aussi ! Nous avons eu droit à la même proposition ! "Nous daignerons accueillir vos hommes-bêtes comme esclaves du Saint Royaume", qu'ils disaient ! »
Ils ne connaissent toujours pas la vraie nature de Mea. Avec ça, le Saint Royaume s'est mis le pays des hommes-bêtes à dos.
« Mais c'est inévitable. Ils paniquent parce qu'ils ont perdu le chevalier de l'épée divine. »
« ! »
Mea-san ! Lâcher une bombe comme ça, tranquillement...