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Records of the Human Emperor

Chapitre 102 : L'amour du pays !

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Chapitre 102

Chapitre 102 : L'amour du pays !

Chapitre 102/10894%~13 min de lecture2 526 mots

À vrai dire, Wang Chong avait remarqué Zhao Jingdian dès son entrée dans la salle du conseil. Mais devant tous ces aînés, il ne pouvait décemment pas se précipiter pour lui tomber dans les bras.

Plus important encore : lui se souvenait de Zhao Jingdian, mais l'inverse n'était pas vrai.

Dans sa vie antérieure, il n'avait pas eu l'occasion d'entrer dans cette salle pour l'y rencontrer. Ils s'étaient croisés bien des années plus tard, dans la détresse, et en échangeant leurs noms ils avaient découvert que leurs grands-pères avaient été maître et subordonné. Zhao Jingdian était ensuite devenu son frère le plus proche et l'avait suivi à travers toutes les épreuves, jusqu'à… la dernière bataille !

C'était l'un des regrets de Wang Chong, et dans cette vie il trouvait enfin l'occasion de le réparer.

'Mon frère !'

Zhao Jingdian eut beau être surpris de son geste, cela n'entama en rien l'allégresse de Wang Chong. C'était sans doute le plus beau moment de sa journée.

« Hmph ! Je ne veux pas ! Je refuse de le reconnaître pour jeune maître ! »

Alors que Wang Chong retrouvait Zhao Jingdian, la voix perçante d'une jeune fille retentit. En un instant, la salle entière se tut. Tous les regards se portèrent vers elle.

Non loin de là, une demoiselle de seize ou dix-sept ans se débattait pour échapper à la poigne de son grand-père. Elle avait un visage fin et beau, mais son expression trahissait la morgue et l'entêtement.

« Ping-er, sois sage, ne fais pas de scandale ici ! »

Sous les regards de toute la salle, ses vieux compagnons compris, le duc de Ye rougit de gêne.

« J'ai dit que je ne voulais pas ! Regardez-le ! »

La demoiselle nommée Ping-er pointa soudain un doigt fin vers Wang Chong, et tous les yeux passèrent d'elle à lui.

« Regardez sa cultivation : il n'est qu'au palier 5 ou 6 d'énergie originelle ! C'est bien plus faible que moi ! Comment voulez-vous que moi, Ye Yinping, je reconnaisse un faible pour jeune maître ? »

En le désignant du doigt, une pointe de dédain passa sur son visage orgueilleux.

'Voilà qui est fâcheux !'

Un instant, Wang Chong resta sans voix. Discerner son palier d'un seul regard : cette demoiselle avait décidément l'œil. Le fait même qu'il vînt tout juste d'atteindre le palier 6 ne lui avait pas échappé.

Rabaissé en public, Wang Chong ne trouvait pourtant rien à répliquer. Car il savait qu'elle était une figure vers laquelle il ne pouvait que lever les yeux.

Elle avait toute qualité pour parler ainsi !

Dans sa vie antérieure, il n'y avait que quelques jeunes femmes de talent dans l'armée, et Ye Yinping en était. De tous les anciens subordonnés de grand-père comme du clan Wang, on comptait sur les doigts d'une main ceux dont les dons dépassaient ceux de cette orgueilleuse demoiselle.

La petite sœur Wang Xiao Yao aurait peut-être pu la surpasser, mais elle se laissait aller. Faute de volonté, il était probable qu'elle ne la rattraperait jamais.

Quant à la cousine Wang Zhu Yan, sa cultivation dépassait bien celle de Ye Yinping, mais surtout parce qu'elle était plus âgée.

Cette petite-fille du duc de Ye méritait pleinement le mot de génie. Non seulement elle était douée, mais elle s'entraînait avec un acharnement qui confinait au sacrifice. Wei Hao était assidu, mais il n'arrivait pas à la cheville de Ye Yinping.

Elle ne se reposait que quatre heures par jour et s'entraînait jusque dans la nuit. Aussi, à seize ou dix-sept ans, avait-elle déjà atteint le palier de Vrai Combattant. Yao Feng lui-même ne faisait pas le poids.

Si le classement des jeunes prodiges de la capitale n'avait pas porté surtout sur les garçons, Ye Yinping se serait déjà fait un nom.

« Ping-er, comment peux-tu parler ainsi ! Le Jeune Maître Chong est le petit-fils du Duc Jiu, dépêche-toi de t'excuser ! »

Le duc de Ye céda à la panique. Le visage de pierre, il tança sa petite-fille.

Il l'avait amenée à cette réunion avec le Duc Jiu pour prolonger d'une génération l'amitié des Ye et des Wang. Et Wang Chong n'était vraiment pas mal : de tous les descendants du Duc Jiu, il était le seul dont ses vieux compagnons et lui fussent satisfaits.

Il réfléchissait déjà à la manière de le prendre sous son aile, et voilà que sa petite-fille lui faisait perdre la face avant même qu'il eût rien entrepris. Comment le former en personne, désormais ?

Être humilié devant tant de vieux compagnons : comment les regarder en face à l'avenir !

« Hmph, je ne sais pas ce que ce gamin a bien pu raconter pour tous vous ensorceler, mais moi, je n'y ai pas compris un traître mot. Si vous voulez que je le reconnaisse pour jeune maître, je peux vous le dire tout de suite : n'y comptez pas ! »

La fière demoiselle renifla avec obstination, tourna les talons sans se soucier de son grand-père, et sortit seule de la pièce, le menton levé.

Resté planté là, le duc de Ye était mortifié. Il rougit si violemment que son visage en devint violet ! Il leva la main à plusieurs reprises, pour la rabaisser chaque fois. Il n'avait pas le cœur de la frapper !

Sans nul doute, cette enfant était orgueilleuse, rebelle, et faisait fi de ses paroles. Mais son talent était vraiment hors du commun. Fille ou non, elle travaillait ses arts martiaux avec acharnement. Sans que personne eût à la pousser, elle prenait sur ses repas et sur son sommeil pour s'entraîner. Même en grand-père, il n'y trouvait pas le moindre défaut.

Parfois, à voir combien elle peinait et les ampoules qu'elle avait aux mains, il en avait le cœur serré.

'Je n'y peux vraiment rien !'

Le duc de Ye était en colère, et en même temps le cœur lui faisait mal. Il se tourna vers ses vieux compagnons sans pouvoir dire un mot. La salle du conseil resta un instant silencieuse, puis éclata de rire.

« Hahaha, vieux Ye, dire que tu aurais connu pareil jour ! Tu t'es battu vaillamment contre des millions de soldats, et tu ne viens pas à bout d'une petite-fille de seize ans ! »

« Un dragon engendre un dragon, un phénix engendre un phénix. Avec le caractère de ce vieux bougre, quoi d'étonnant à ce que sa petite-fille ait le même ! Hahaha ! »

« Hahaha, je te connais depuis si longtemps et c'est la première fois que je te vois si penaud ! »

« Le vieux lui-même n'ose pas la frapper. Je me demande qui saura mater cette demoiselle du clan Ye. »

« Cette petite a un sacré caractère. Je me demande si notre Jeune Maître Chong est de taille. »

On riait d'abord de Ye Dong, et en un clin d'œil le sujet revint à Wang Chong.

Gêné, Wang Chong devint écarlate !

« Jeune Maître Chong, je suis vraiment désolé. J'ai gâté Ping-er depuis l'enfance, et elle devient vraiment insupportable. Je lui donnerai une leçon en rentrant ! »

Après avoir vu l'orgueil de Wang Chong malmené, le duc de Ye s'excusa en hâte.

« Ce n'est rien, duc de Ye, ne vous en souciez pas. »

Wang Chong écarta la chose d'un geste et sourit avec calme, montrant qu'il ne le prenait pas à cœur. Il avait connu Ye Yinping dans sa vie antérieure et savait quelle femme elle était.

Malgré ses dons remarquables pour les arts martiaux, elle ne s'intéressait pas plus à la politique que la plupart des femmes. Qu'il s'agît des Khaganats turcs de l'Est et de l'Ouest ou des droits de douane, elle n'avait sans doute pas compris grand-chose. À vrai dire, si on lui avait demandé si le califat abbasside et Charax Spasinou se trouvaient à l'est ou à l'ouest, elle aurait sans doute pris un air perplexe.

Il eût été bien étonnant que la prestation de Wang Chong lui inspirât du respect.

Une fille aussi entêtée que Ye Yinping ne se soumettrait qu'à plus fort qu'elle. Comme elle venait de le dire : Wang Chong n'étant qu'un faible du palier 6 d'énergie originelle, de quel droit exigerait-il qu'elle l'appelât jeune maître ?

'Puisque tu ne veux pas te soumettre, je t'y contraindrai. Un jour, tu m'appelleras jeune maître de ton plein gré.'

sourit Wang Chong en lui-même.

Il avait beaucoup souffert de Ye Yinping dans sa vie antérieure. Ce génie du clan Ye semblait supporter mal que le rang de son propre grand-père fût inférieur à celui du sien, et rechignait à courber la tête devant un Wang.

Dans sa vie d'avant, elle s'était donné toutes les peines du monde pour lui compliquer l'existence.

Mais si Ye Yinping comptait chercher sur lui la valeur de son existence comme elle l'avait fait alors, elle allait au-devant de bien des tourments.

Sur cette pensée, Wang Chong se retourna et sortit.

Retrouver son frère Zhao Jingdian était un gain inespéré. Mais Wang Chong n'y avait pas mis trop de chaleur ni d'effusion. Après tout, le Zhao Jingdian d'aujourd'hui n'aurait pas compris cette soudaine familiarité.

« Un instant ! »

Dehors, devant le Pavillon de l'Érudition, alors qu'il longeait une rocaille et traversait la bambouseraie, une voix s'éleva soudain.

À ce son, Wang Chong s'arrêta.

« Pourquoi m'as-tu aidé ? »

La voix venait de derrière lui.

« Comment ? »

Wang Chong se retourna et découvrit, à sa surprise, le cousin Wang Li qui le fixait d'un regard indéchiffrable.

« Hmph, tu ne me crois tout de même pas assez sot pour ne pas me rappeler ce que j'ai dit ? Et puis, jamais je ne me reposerais sur une rocaille. Tu peux tromper les autres, tu ne me tromperas pas. »

dit le cousin Wang Li.

Une chute du haut d'une rocaille, dans son enfance, lui avait laissé un traumatisme. Il ne la craignait plus en grandissant, mais cette expérience lui faisait éviter d'instinct d'y grimper.

Wang Li n'en avait jamais parlé à personne.

Quand Wang Chong avait évoqué l'affaire, il avait failli le croire. Mais dès qu'il eut prétendu l'avoir entendu tandis qu'il se reposait sur une rocaille, il avait su qu'il inventait.

« Héhé, vraiment ? Je me suis peut-être trompé. Je l'ai sans doute entendu ailleurs. »

Souriant, Wang Chong s'en tint à sa version.

Un instant, la bambouseraie se fit silencieuse.

Wang Li le scrutait longuement, l'œil vacillant d'incertitude, comme s'il réévaluait ce cousin. Puis son regard se refroidit peu à peu et reprit son air habituel.

« Hmph, ne va pas croire que je vais te remercier de m'avoir aidé. Tu perds ta peine ! »

Il avait beau lâcher ces mots glacés, son expression s'était beaucoup adoucie. Il ne semblait plus aussi distant qu'auparavant.

Là-dessus, il fit demi-tour et disparut à l'autre bout de la bambouseraie.

'Il n'a pas changé ! …'

Wang Chong eut un petit rire en regardant s'éloigner le dos de son cousin, et une bouffée de chaleur lui vint au cœur. Son cousin était exactement tel qu'il l'avait connu. L'idée qu'il se faisait de lui avait beau avoir changé, il ne l'avouerait jamais tout haut.

Sur cette pensée, Wang Chong se retourna et se dirigea vers sa mère.

Au même moment, une fois les descendants et Wang Chong partis, quelques subordonnés du vieux maître se réunirent dans une autre pièce du Pavillon de l'Érudition.

« Que pensez-vous du petit-fils du Duc Jiu ? »

Le duc de Ye parla le premier.

Après plusieurs décennies de fraternité, ils devinaient d'un regard ce que pensaient les autres. Sans nul doute, chacun souhaitait qu'on se réunît pour en débattre.

« Fin, avisé, expérimenté et courageux ! Et surtout, il a un cœur qui bat pour le pays ! »

dit l'ancien Ma.

Il se rappelait la passion avec laquelle Wang Chong avait parlé. À ses yeux, le contenu de ses propos n'était pas le plus important. Le plus important, c'était l'amour du pays qu'il y avait senti.

Quand Wang Chong avait parlé des commandants régionaux et de l'emploi des talents hu, il n'avait peut-être pas remarqué lui-même la sincérité de ses paroles, sa compassion pour le peuple et son inquiétude pour l'empire.

En ce bref moment passé dans la salle du conseil, le petit-fils du Duc Jiu avait montré de l'intelligence, de la finesse, du courage, de la décision, de la sagesse et de l'autorité.

Mais ces dons sont une lame à double tranchant. Ils peuvent abattre ses ennemis comme se retourner contre soi.

Plus que tous ses autres talents, ce que l'assemblée prisait le plus, c'était l'amour sincère de Wang Chong pour son pays.

Wang Chong n'aurait pu imaginer que s'ils l'avaient soudain reconnu, ce n'était pas pour ses vues sur les commandants régionaux et les talents hu, mais pour cet amour sincère du pays.

Pour ces vieillards qui avaient traversé d'innombrables épreuves, rien n'était plus précieux.

« À la fin des Han de l'Est, le physiognomoniste Xu Shao rencontra Cao Cao et dit de lui qu'il serait un ministre capable en temps de paix, et un héros sans scrupules en temps de chaos. À tout le moins, nous n'avons pas à craindre que les talents du Jeune Maître Chong servent la tyrannie. »

dit l'ancien Sun. De tous ceux qui étaient là, il avait été le dernier à donner son approbation.

Les aînés hochèrent aussitôt la tête.

Fin, avisé, courageux, résolu, sage, capable de rassembler, et le cœur battant pour son pays. À tout le moins, il n'attirerait pas le malheur sur l'empire.

Aux yeux des aînés, voilà un homme capable d'unir l'âme de l'influence du clan Wang et d'emporter l'adhésion de tous. Après plusieurs décennies de déceptions, ils trouvaient enfin quelqu'un qu'il valait la peine de servir !

« Le Duc Jiu a un successeur ! »

« Il a passé notre épreuve, mais la véritable épreuve ne fait que commencer. Qu'il gagne ou non la reconnaissance des anciennes relations et des élèves du Duc Jiu dépendra de sa conduite à partir de maintenant. Voilà la vraie épreuve, et aucun de nous ne pourra l'y aider ! »

« Ce sont les actes qui parlent, non les paroles ! Ceux qui le jugeront cette fois seront les meilleurs esprits du monde. Le Duc Jiu est déjà vieux, et je souhaite vraiment que cet enfant sache gagner leur estime. Nous aurions ainsi une nouvelle figure capable de stabiliser les Plaines Centrales, et l'empire du Grand Tang pourrait tenir un siècle de plus ! »

Un long soupir, et la pièce entière retomba dans un long silence !

(NdT : Cao Cao fut l'un des seigneurs de la guerre de la fin des Han de l'Est, entre 206 et 220, et le dernier chancelier de la dynastie. Figure centrale des Trois Royaumes, il est le héros ou le traître d'innombrables œuvres. Le « héros sans scrupules » dont parle Xu Shao désigne celui qui accomplit de grandes choses sans regarder aux moyens, par opposition au héros au sens ordinaire. Un physiognomoniste est un homme réputé lire le destin sur les visages.)

Traduit par Wuxia France — soutenez leur travail en les suivant.

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