« …Je n'ai pas beaucoup grandi. » « Nicole est toute menue. » « Ne m'appelle pas menue ! »
En jetant un coup d'œil au dossier que tenait Letina, je constatai qu'elle me dépassait de dix centimètres. Elle est grande pour notre classe, aussi, quand on nous place côte à côte, elle paraît mûre, plus âgée que son âge en tout cas. À l'inverse, je ne dégage que l'impression d'être une poupée.
J'aurais tout de même été reconnaissante si l'examen approfondi révélait que ma maigre croissance jusqu'ici provenait d'un problème sous-jacent. Ce n'aurait pas été la faute de Maria, mais, naturellement, cela m'inquiétait pour l'avenir. Debout à côté de Letina, qui est grande pour notre âge, je dois tendre le cou vers le haut. Ce n'est rien... si, ça m'agace sérieusement.
Tout devrait être prêt pour le bilan complet après les cours aujourd'hui. On ne peut pas y faire grand-chose si je dois venir ici deux fois.
« J'espère pouvoir au moins atteindre la taille de Cortina, quant à arriver à celle de Maria, c'est probablement demander la lune. » « Je n'y crois pas... » « Qu'est-ce que tu as dit !? »
En tant que personne-chat, Cortina était légèrement plus petite que la moyenne. Maria avait une silhouette menue, mais sa taille était plutôt dans la norme. Elle s'est bien remplie tout en restant élancée de façon à attirer l'œil. Inutile de dire que la constitution de Lyell est bonne. Il est grand et musclé, sans pour autant avoir l'air sec. Malgré mon corps d'enfant, je devrai abaisser mes attentes quant à atteindre leur taille.
« Attends, Letina ! » « Pas question ! »
Je quittai la file pour courir après l'i̲m̲b̲é̲c̲i̲l̲e de Letina. Cependant, on m'arrêta en me soulevant par les aisselles. Inutile de préciser que c'était mon professeur principal, Cortina.
« Hé oh ! Rangez-vous correctement. » « Mais Letina... » « Pas d'excuse, file. »
Et avec ça, je fus déposée sur un pèse-personne comme une poupée. Comme prévu, les chiffres étaient en dessous de la moyenne pour un enfant de mon âge.
« Haaaa... » « C'est bizarre. Je te nourris pas mal à la maison, pourtant. » « Tu sers des grosses portions, mais mon appétit ne suit pas.
L'estomac de ce corps est minuscule. Une demi-tranche de pain me suffit à être rassasiée. C'est comme si je ne pouvais avaler que le strict minimum pour maintenir l'activité de base.
« Ouais, j'ai entendu dire que tu ne mangeais presque rien, mais on dirait quand même que tu as pris du poids. » « Ne m'appelle pas grosse ! »
Je lançais mon poing dans le ventre de Cortina, mais l'effet sembla aussi nul qu'une brise légère. J'avais eu l'impression d'un coup franc, mais ça ne fit qu'un *paf* ridicule.
Et donc, après les cours, je me rendis une nouvelle fois à l'infirmerie. En plus de moi, j'étais escortée par Cortina, Michelle, qui arrivait tout juste de l'école d'aventuriers d'à côté, et derrière elle, la passagère clandestine Letina.
En entrant, on voyait divers appareils de mesure éparpillés çà et là. Probablement tout avait été installé à la hâte après les mensurations de ce matin.
« Bienvenue. Et si on commençait tout de suite ? »
Dès qu'elle vit mon visage, la médecin saisit une seringue avec un sourire carnassier. On aurait dit qu'elle exhibait exprès une seringue démesurée, ce qui fit reculer Michelle d'un pas.
« C'est fait exprès ? » « Ouais. »
Je regardai la médecin qui affichait un sourire satisfait de voir la réaction de Michelle.
« D'habitude, les gamins ont un peu peur quand je leur montre ça... mais toi, ça te va ? » « J'ai l'habitude de la douleur. » « C'est impressionnant, mais c'est pas très bon signe, non ? » « Je sais. »
La douleur est un signal important qui alerte d'un danger mortel. S'habituer à ignorer la douleur, c'est devenir indifférent à la mort. Auparavant, je m'étais endurcie à la douleur. Le résultat fut cette décision téméraire... la décision d'affronter le Démon. Avec un soupir, la médecin attrapa mon bras, l'enduisit d'alcool et y enfonça la seringue. Elle profita d'un léger moment d'inattention pour prélever le sang d'une main experte.
« Aïe ! » « On dit que l'inattention est son pire ennemi. Reste tranquille un peu. »
À ce moment-là, je subis plusieurs examens. Une analyse de sang, un examen de puissance magique, et enfin un test de vue. À la fin, elle parut ruminer les résultats un instant.
« Alors, qu'est-ce que ça donne ? » « Ouais, je crois avoir à peu près cerné le truc. » « Alors ! C'est quoi ? » « Probablement une maladie d'accumulation magique. » « Maladie d'accumulation magique ? »
Apparemment, même Cortina, avec ses vastes connaissances, n'en avait jamais entendu parler. À en juger par le nom, la cause serait une accumulation excessive de puissance magique ?
« C'est la conséquence d'un stockage excessif de puissance magique dans le corps. En d'autres termes, tu accumules plus de puissance magique que tu n'en peux gérer. » « Alors, comment on soigne ça ? »
La pressai de continuer. Maintenant que je connaissais la cause de ma piètre santé, j'étais impatiente.
« Normalement, les gens ont un équilibre entre leur accumulation de puissance magique et leur taux de libération. Mais ce n'est pas ton cas. » « Uh-huh. »
« Ça arrive rarement chez les enfants, et normalement, en grandissant, leur capacité de libération augmente, donc les symptômes s'atténuent naturellement et finissent par disparaître à maturité. » « Mhm, mhm ! »
« Dans ton cas, l'écart est trop grand pour attendre l'âge adulte. Tu stockes tant que tu t'évanouis, puis tu rééquilibres en libérant lentement pendant tes syncopes. » « Hm, hmm ? »
« Cet enfant est trop mignon. Laissez-moi la garder un peu. » « Pas question. »
La médecin se tourna soudain vers moi pendant que je serrais le poing en l'écoutant. Tandis que j'étais totalement absorbée dans mes pensées, Cortina interposa vivement son corps.
« Quoi qu'il en soit, si ça continue, ce sera dangereux. » « Dangereux ? Elle n'a qu'à évacuer son mana en excès pendant son sommeil, non ? » « Il n'y a pas de menace immédiate pour sa vie. Le taux de libération est plus élevé pendant ses syncopes qu'en temps normal. » « Alors... » « Mais c'est là la limite. Elle a plus de chances d'augmenter son taux d'absorption que son taux de libération. Si ça persiste, elle risque de passer ses journées évanouie. » « C'est... »
Je suis encore jeune, donc c'est gérable pour l'instant. Mais si ça continue, ça ne fera qu'empirer avec le temps.
« Vous pouvez la soigner ? » « Y a rien qui ne se soigne pas. En résumé, tout ira bien si on arrive juste à augmenter son taux de libération d'un cran supérieur. » « Si on pouvait faire ça, on ne serait pas dans la merde », dit Cortina avec un air qui semblait hurler « Mais qu'est-ce que vous racontez là, bordel ? ». Elle aussi était frustrée par son propre taux de libération magique. On pourrait dire que son faible taux de libération était un problème majeur pour elle, donc elle connaissait parfaitement les difficultés impliquées.
« Normalement, on ne l'améliore qu'à force d'entraînement constant et de croissance naturelle. Cependant, il existe juste un médicament miracle pour ça. » « Quoi ? »
En disant ça, la médecin nous offrit un sourire miellé à faire peur.