Quand je me réveillai, un plafond familier s'offrit à mon regard. J'en étais certain. C'était ma chambre dans le manoir de Lyell.
« Pourquoi suis-je ici… »
J'étais censé me trouver au six-centième étage de l'Arbre-Monde, à aider le Dieu de la Destruction. Le pouvoir contenu dans l'Arbre-Monde fut libéré à la fin et je m'évanouis, les yeux brûlés par l'éclat aveuglante.
Il faudrait environ un mois pour rejoindre le manoir de Lyell depuis cet endroit.
« Tu es réveillé ? »
J'entendis une voix fatiguée venir de mon côté. Je reconnus aussi cette voix. C'était celle de Maxwell.
« Oh, Maxwell. Bonjo… hein ? »
Quand je me tournai vers lui, je vis Maxwell aux joues gonflées.
« Qu'est-ce qui t'arrive au visage ? Tu t'es fait agresser ?! » « Par Maria… » « A… ah… depuis qu'elle a découvert, hein ? »
Maxwell complotait avec moi et trompait nos camarades depuis huit ans.
Il n'était pas difficile d'imaginer que, puisque je m'étais évanoui, c'est lui, mon complice de longue date, qui allait être interrogé.
« Malgré tout, tu as une sale tête. » « Eh bien, c'est normal. Si Letina n'avait pas pleuré pour l'arrêter, je serais mort maintenant. » « Letina est là aussi ? » « Je me suis téléporté à Berith pour la ramener. Mais alors, le Dieu de la Destruction est apparu devant moi. Elle vous a laissés tous les trois à ma charge et a disparu. » « Oh… On a l'air de t'avoir causé du tort. »
Après notre évanouissement, elle nous a refilés à Maxwell, c'est ça ? En tout cas, comme il est allé à Berith, il a dû voir la scène désastreuse qui s'y jouait.
« Alors, comment va Berith maintenant ? » « Quand j'y suis arrivé, la situation s'améliorait lentement. Dame Ashella a pris le commandement, le chaos a été réduit au minimum. » « Je vois, tant mieux. Et le Dieu de la Destruction et les autres ? Et l'Arbre-Monde ? » « Le Dieu de la Destruction Yuuri a disparu bien vite. Quant à l'Arbre-Monde, le Dragon Dieu Bahamut s'y est assimilé en s'enroulant autour, donc il le soutient. » « Hein, est-ce qu'il va bien ?! » « Selon Aste… d'après les explications ultérieures de Lord Hastur, une fois que l'Arbre-Monde deviendra autonome, il en sortira par ses propres forces. Il a garanti qu'il est tenace. » « Alors il ira bien… je suppose ? »
En tout cas, l'Arbre-Monde a l'air en sécurité. Nos efforts n'ont pas été vains.
« Et Cortina et Finia ? » « Elles se sont réveillées avant toi, et déjeunent maintenant dans la salle à manger. Toutes les deux vont bien. » « Ouf, merci le ciel. Je suis tellement soulagé. »
Si elles ont réussi à rester indemnes dans cette lumière, la barrière du Dieu de la Destruction a semble-t-il parfaitement rempli son rôle.
Je dois la remercier pour ça. Si elle n'avait pas été là à ce moment, Berith aurait été ruinée. Ou plutôt, ce monde entier aurait subi d'immenses dégâts. Elle a accompli tout ça tout en nous protégeant, donc son titre de dieu n'était pas pour du beurre, après tout.
Pendant que je pensais à ça, on frappa à la porte.
« Entrez. » « On dirait que tu es réveillé. »
Sur ces mots en guise de salutation, Maria entra.
D'ailleurs, pourquoi était-ce Maxwell et pas Maria dans ma chambre ? Était-ce parce qu'elle avait découvert ma véritable identité, après tout ? Si c'est le cas, vais-je devoir finir par décider de quitter ce manoir ?
« Ah, Maria était à court de puissance magique, alors moi qui arrivais à point nommé, j'ai pris le relais pour te soigner. »
Maxwell semblait avoir deviné ce que je pensais, et me chuchota à l'oreille comme pour médier entre nous.
Maintenant qu'il le disait, Maria était presque à sec de puissance magique quand nous sommes accourus vers ce village.
Bien qu'elle ait pris un peu de repos ensuite, Kufar attaqua juste après, puis elle téléporta Lyell jusqu'à nous, et porta aussi secours aux villageois, donc c'était normal qu'elle ne puisse pas s'occuper de moi.
« Euh, m… enfin, Maria ? » « Peu importe. Appelle-moi comme c'est le plus facile pour toi. » « Euh, désolé d'être resté silencieux. Je n'arrivais pas à le dire. » « Je comprends ça aussi. Je n'arrive pas à m'y faire, mais je comprends tes sentiments. »
Après avoir dit ça, elle me donna une petite tape sur la joue. Je sentis sa perplexité et sa douce attention dans ce geste.
« Voilà, c'est réglé. Tu es Reid mais en même temps ma fille Nicole. Je doute qu'on puisse s'y faire immédiatement, cela dit. » « Oui, je… je ne sais pas comment parler maintenant. »
J'utilisais toujours un langage féminin devant elle. Mais maintenant qu'elle savait que j'étais Reid, j'avais l'impression de devoir parler sur un ton masculin.
« Tu es une fille à présent, alors tu peux juste parler comme une fille, non ? Tu peux même parler plus mignonnement si tu veux. » « Heu, non, ça va. »
Maria parlait sur le ton de la plaisanterie, peut-être exprès. Je secouai la tête en la refusant, l'air embarrassé. Puis elle se retourna et désigna la porte.
Là, je vis Lyell qui s'agitait comme un animal en cage.
« Allez, entre déjà. » « Lyell. » « Euh, Reid… je veux dire, Nicole ? » « … restons sur Nicole. Je suis vraiment votre fille, après tout. » « C'est vrai ? Alors, Nicole. Heu, ton corps va bien ? » « Ouais, pas de problème. J'ai juste un peu forcé à Berith. » « C'est pas ce qu'on appelle aller bien, ça. »
Lyell me parlait maladroitement, pourtant il avait indéniablement l'air d'un père inquiet. Je ne sentais ni le rejet ni la retenue que je craignais autrefois.
« Lyell, tu acceptes que je sois ta fille ? » « Ouais, je l'accepte. Toi aussi, non, Maria ? » « Oui. » « Voilà, nous sommes tes parents, et c'est ta maison. Pas besoin de te mettre en réserve. » « Je… je vois… »
Je sentis des larmes se former au coin de mes yeux en entendant Lyell dire que c'était ma maison.
C'était la demeure d'une famille que je n'avais jamais eue dans ma vie précédente. Je réalisai que j'étais soulagé du fond du cœur de ne pas avoir à y renoncer.
Oui, j'étais sans aucun doute la fille de Lyell et de Maria. Pour la première fois, j'ai vraiment accepté ça maintenant.
« Allez. Tina et Finia t'attendent dans la salle à manger. » « Letina aussi. Et j'ai fait appeler Michelle et Cloud. » « Tu as oublié Gadius. »
Maxwell compléta leurs paroles.
C'est vrai, mes anciens et nouveaux camarades étaient là au complet maintenant. Je devais tout leur expliquer de ma propre bouche.