Une fois partis, les nouvelles se répandirent à toute vitesse. En moins d’une heure, pratiquement tout le monde sur la base militaire était au courant.
Yu Lanfeng avait spécialement donné l’ordre à Yuan Qiyang de classer les informations concernant Nan Yu au plus secret. Rien ne devait fuir, aucune discussion futile n’était autorisée. Ce n’est qu’à cette condition que la situation se calma un peu.
Beaucoup n’avaient jamais croisé Nan Yu et ne savaient même pas à quoi il ressemblait, mais ils avaient déjà entendu parler de lui.
Bien que l’affaire se soit cantonnée à un cercle restreint au sein de l’armée et ait été rapidement étouffée, tous ceux qui auraient dû le savoir en prirent connaissance.
Yu Lanfeng fixa la personne affichée sur l’écran de communication et poussa un long soupir. Son ton regorgeait d’impatience.
« Quoi encore ? »
À cette impatience se mêlait une bonne dose de mépris.
« Petit Feng, tu pourrais arrêter de faire cette tête chaque fois que tu me vois ? Je ne suis pas là pour te perdre en temps ce coup-ci. J’ai des affaires sérieuses à régler. »
Donc elle savait que toutes leurs conversations précédentes n’avaient servi à rien ?
Yu Lanfeng n’avait même plus l’énergie de contredire. Il resta simplement assis dans son fauteuil, à la regarder en silence.
La personne à l’autre bout du fil était sa grande sœur, l’Impératrice de l’Empire.
Devant autrui, elle incarnait parfaitement la majesté de l’Impératrice.
Mais en privé…
« Oh là là, j’ai vu ! Un des dossiers confidentiels de votre côté a été reclassé au secret absolu. Hé hé, ce serait donc toi qui— »
Yu Lanfeng fronça les sourcils.
« En ta qualité d’Impératrice, abstiens-toi de dire des bêtises sans preuve. Puisque tu as consulté ce dossier, tu sais donc aussi qu’il est déjà fiancé ! »
« Tu es l’Impératrice. Si de telles paroles venaient à filtrer, as-tu seulement envisagé le dommage que cela lui causerait ? Que va-t-on dire ? Que je l’ai enlevé de force ou qu’il vénère l’argent et le rang ? »
L’Impératrice prit soudain conscience de la gravité de la situation.
Heureusement, après avoir consulté le dossier et compris son origine, elle n’avait rien annoncé à son entourage. Sinon…
Mais cet enfant avait vraiment un fiancé ?
Elle s’était simplement trop emballée. En voyant que le dossier avait été classé secret absolu, elle avait supposé que Yu Lanfeng en avait donné l’ordre personnellement, et en avait déduit qu’un mystère y était caché.
Et puis…
Elle n’avait pas creusé davantage.
Qui aurait cru que la réalité serait ainsi ?
« Quel regret. Il n’a que quinze ans et il est déjà fiancé. Avec un tel talent et de telles capacités, il te correspondrait parfaitement. N’as-tu pas toujours eu du mal à trouver quelqu’un qui te convienne ? »
L’Impératrice se mit alors à pousser avec enthousiasme des idées catastrophiques.
« Hé, petit Feng, à ton avis, comment sont leurs relations ? Pourquoi tu ne l’attires pas tout simplement ? Ils ne sont pas mariés, après tout. S’être fiancé à un âge aussi tendre ne vient certainement pas de leur propre chef, c’est forcément une arrangée par les aînés. Si tu arrives à le séduire, ta grande sœur s’occupera personnellement de tout. Je te garantis que ce sera parfait. Qu’en dis-tu ? »
Yu Lanfeng prit une profonde inspiration.
« Grande sœur, son fiancé appartient à la famille Bai. »
L’Impératrice figea.
Cela faisait longtemps qu’on ne lui parlait plus d’une telle ou telle famille devant elle. Face à la Famille Impériale, aucune lignée n’avait vraiment d’importance.
Pourtant, après ces mots, elle s’arrêta net, songeuse, avant de comprendre soudain.
« Tu veux dire la famille Bai qui a autrefois sauvé Sa Majesté ? »
Yu Lanfeng acquiesça.
« Exactement. Alors, qu’en penses-tu ? »
L’Impératrice fronça légèrement les sourcils.
« Ça complique effectivement les choses. D’accord, je vais enquêter d’abord. Si le fils des Bai est convenable, je n’interviendrai pas. Mais sinon, je me battrai pour toi. Quelqu’un d’aussi exceptionnel – beau, fort, doté d’un potentiel immense – si tu le laisses échapper, tu n’en retrouveras jamais un second comme lui. »
Yu Lanfeng n’avait strictement aucune intention de chercher un partenaire.
Mais l’Impératrice à l’autre bout était déjà entièrement plongée dans ses propres rêveries et ne remarqua même pas son refus.
Avant qu’il ait eu le temps de refuser, elle coupa la communication.
Yu Lanfeng se massait le front, la tête lui faisant mal.
Laisse tomber.
Au pire, elle se contenterait d’enquêter. Pour le bien de son futur beau-frère, elle n’agirait certainement pas dans son dos.
Pour l’instant, ses pensées devaient rester concentrées ici.
« Des nouvelles de cette Bête Capacitaire ? »
« Maréchal, nous avons mis la main sur quelques indices. Il semble incapable de supporter une lumière intense. Dès que le soleil tape directement ou que nous activons nos projecteurs de forte puissance, il évite systématiquement la zone. »
Yu Lanfeng hocha la tête.
« Il ne reste que quelques zones non éclairées. Envoyez des détecteurs et fouillez le secteur parcelle par parcelle. Capturez cette bête mutante vivante, si possible. »
« Mais si la prise vivante s’avère trop difficile, tuez-la et ramenez-la. Au minimum, je veux que le cadavre m’arrive intact pour analyse. »
Il s’agissait d’une espèce de Bête Capacitaire totalement inédite.
S’ils parvenaient à découvrir quelque chose grâce à la recherche, ce serait évidemment l’idéal.
« Oui, Maréchal ! »
Quand Nan Yu ouvrit lentement les yeux, il s’aperçut soudain que beaucoup de gens le regardaient.
Il repoussa la couverture, s’assit et s’étira paresseusement avant de se frotter les yeux et de les fixer.
Lui-même ignorait depuis combien de temps il dormait.
« Te voilà réveillé… »
« Combien de temps ai-je dormi ? »
Le chef d’équipe dont il occupait le lit était actuellement assis avec ses camarades sur un autre matelas.
« Ah, pas trop longtemps. Environ une demi-journée. On t’a déjà récupéré de quoi manger. Dépêche-toi de te nourrir, tu dois sûrement crever de faim. »
Nan Yu jeta un coup d’œil à l’heure affichée sur son ordinateur optique et marqua un arrêt.
Pas une demi-journée.
Plus d’une demi-journée.
Près de vingt heures.
Il semblait vraiment s’être épuisé auparavant.
« Très bien, merci. »
Les plats étaient encore chauds.
Nan Yu savait qu’ils étaient sans doute allés récupérer sa ration très récemment.
Il avait entendu dire que la cantine militaire avait des règles extrêmement strictes. Passé l’horaire des repas, plus rien n’était servi.
Comment avaient-ils fait pour s’en procurer ?
Comme s’il avait lu ses pensées, son interlocuteur s’expliqua :
« C’est l’ordre du Maréchal. Tu t’es épuisé avant. Si tu te réveillais fatigué et affamé sans rien manger ni boire, ne serait-ce pas trop piteux ? »
La bouche de Nan Yu tressaillit.
Trop piteux ?
Enfin…
S’il s’était réellement réveillé sans aucun moyen de se sustenter, ce serait effectivement été lamentable.
Parce qu’il avait faim.
Vraiment faim.
Une faim si violente que les sucs gastriques montaient, lui donnant une nausée insupportable.
Il posa la nourriture sur la table et s’assit en tailleur sur le lit, mangeant à petits coups.
Après quelques bouchées ayant apaisé les douleurs de son estomac, il finit par soupirer de soulagement.
Saisissant un bol de soupe posé à côté de lui, il en avala une gorgée.
Même si ce n’était pas aussi savoureux que les plats maison, c’était quand même très bon.
Et peut-être était-ce simplement une illusion d’optique, mais les plats semblaient posséder une saveur particulière.
Chaque technique de cuisson apportait sa note distinctive.
Dans tous les cas, Nan Yu prit un plaisir extrême à manger.
Ce qu’il ignorait, c’est que la raison pour laquelle cela avait si bon goût était simplement qu’il crevait la dalle.
La cuisine militaire servait des rations cuisinées en grandes quantités. La nourriture était en réalité plutôt banale.
Une fois son repas terminé, Nan Yu se tapota l’estomac.
« J’ai assez mangé. Merci à tous. »
« Y’a pas de quoi ! »
À cet instant précis, An Mi apparut dans l’encadrement de la porte.
« Nan Yu ? »
Nan Yu se tourna vers lui.
« Hm ? Capitaine An… avez-vous besoin de quelque chose ? »
An Mi sourit.
« Rien d’urgent. Je viens juste te conduire dans ta chambre. J’étais tellement pris avant que j’ai complètement oublié. Désolé pour ça… »
Nan Yu agita la main avec désinvolture.
« Ça va. Y aller maintenant revient au même. »
Il observa les contenants vides devant lui, et quelqu’un s’approcha aussitôt pour les emporter.
« On s’occupe de ça. Dépêche-toi d’y aller. Reviens simplement demain matin. »
Nan Yu hocha la tête.
« Très bien, je file. À demain. »
Nan Yu suivit An Mi en direction des quartiers de repos.
Comme An Mi marchait en tête, Nan Yu ne pouvait voir son visage.
Pour briser ce silence gênant, il improvisa une conversation légère.
« Capitaine An, la chambre est-elle loin d’ici ? »
An Mi répondit :
« Pas loin. Juste en face. Environ une minute à pied. C’est conçu pour qu’on puisse rejoindre la salle de soins au plus vite, donc ce n’est pas distant. »
Nan Yu comprit.
C’était effectivement pratique.
An Mi s’arrêta devant une porte.
« Nous y sommes. J’ai déjà enregistré tes données d’identification. Passe simplement ton ordinateur optique ici, et cette pièce t’appartiendra le temps de ton séjour au quartier général militaire. Il se fait tard, on se retrouve demain ? »
Nan Yu sourit et hocha la tête.
« Entendu. À demain. »
An Mi se retourna et partit.
Ce n’est qu’une fois celui-ci complètement hors de vue que Nan Yu suivit les instructions, faisant glisser son ordinateur optique sur le panneau.
La porta s’ouvrit.
Mais ce qui accueilla son regard ne fut pas la chambre de repos normale qu’il imaginait.
Au contraire…
C’était une pièce plutôt sale et en désordre.