« Pour l'instant, allons voir le roi Rosaith. Je veux vérifier si les réfugiés essayaient vraiment de fuir vers le pays du roi Rosaith. » (Almis)
« Oui… » (Tetra)
Tetra répondit d'une petite voix.
Elle semble inquiète de quelque chose.
« Alors j'irai avec le cheval. » (Almis)
J'attelle la selle et les étriers au cheval.
D'ailleurs, je les ai fabriqués moi-même par essais et erreurs.
J'ai été assez surpris d'apprendre que Lia n'en avait jamais entendu parler.
Comme ce genre d'outils est plutôt pratique, j'ai décidé de cacher leur existence. Après tout, ce ne serait pas drôle si nos ennemis se mettaient à les utiliser et devenaient plus forts.
« Tiens. » (Almis)
« D'accord. » (Tetra)
Je tends la main et hisse Tetra sur le cheval.
Nous allons monter ensemble.
On ne pourrait pas dire qu'il est grand, mais il est assez costaud pour porter deux personnes.
« Hé, Almis. » (Tetra)
Après avoir parcouru une certaine distance, Tetra, qui était silencieuse jusqu'ici, m'appela.
« Qu'est-ce qu'il y a ? » (Almis)
« Tu serais surpris si je te disais que je connaissais le roi Faludam ? » (Tetra)
« Un peu. » (Almis)
Tetra enroule ses bras autour de ma taille et se presse contre moi comme pour m'étreindre.
Je sens sa tension dans ses bras.
« C'est quelqu'un de terrifiant. Aussi avide. Et en plus, il est prêt à tout pour atteindre son but. Mais comme il a assez de pouvoir pour laisser les gens dans la peur, ces gens finissent naturellement par lui obéir. » (Tetra)
« Je vois. En d'autres termes, tu dis que s'il apprend notre existence, il est possible qu'il essaie de prendre ce que nous recevons de nos récoltes. » (Almis)
Honnêtement, il y a une chance que les réfugiés qui viennent à notre village agissent en réalité comme l'avant-garde de ses plans. Bon, je vais au pays du roi Rosaith justement pour confirmer cette théorie.
« Quelle force nationale a le pays du roi Faludam ? » (Almis)
« La population est d'environ trente mille. Donc leur force militaire est normalement de cinq cents hommes. En temps de guerre, mille. En situation d'urgence, je pense qu'ils peuvent mobiliser environ deux mille. » (Tetra)
« Donc ils peuvent normalement mobiliser cinq cents ? » (Almis)
« Il a tué… est devenu roi récemment en tuant les clans appartenant au pays du roi Rosaith, Radou Ars. C'est pour ça que sa position est instable. » (Tetra)
« Pour maintenir cette position instable, il devrait constamment soutenir les soldats en comptant sur une fiscalité lourde, menant à une instabilité encore plus grande. » (Almis)
« C'est exact. » (Tetra)
Mais quand même, cinq cents, hein…
Pour notre population, on compte cent personnes. Parmi elles, seulement soixante-deux sont des hommes.
Et parmi ces soixante-deux, on devrait avoir environ quarante personnes qui pourraient se battre.
Une différence de douze fois.
Non, ce serait vingt-cinq fois puisqu'ils sont mille en temps de guerre.
Dans les deux cas, on n'aurait aucune chance si on les combattait.
Le nombre, c'est tout dans la guerre.
« On peut gagner ? » (Tetra)
« Si on continue comme ça, ce sera impossible. » (Almis)
« Et si on se prépare ? » (Tetra)
« Cinquante-cinquante. » (Almis)
Il faut que je stocke des armes convenables et, tout en développant nos capacités de guérilla, construise une alliance avec… ou plutôt utilise le titre d'« allié » pour dépendre du roi Rosaith, afin de pouvoir demander des renforts.
Ce pourrait aussi être une bonne idée d'acheter quelques esclaves orientés combat chez un des marchands karishans.
Après ça, il suffit de diviser les forces adverses en coopérant avec ceux qui s'opposent au règne du roi Faludam… et puis ça ne devrait pas être impossible de gagner.
« Je vois… » (Tetra)
Perdue dans ses pensées, Tetra baisse les yeux vers le sol.
« On ne le fait qu'en dernier recours. » (Almis)
Tetra me murmure d'une petite voix.
« Et si la fille de Radou Ars — l'ancien clan, avait survécu ? Nos chances de gagner augmenteraient ? » (Tetra)
« Je pense. Si elle révélait son statut, ce serait parfait. Du point de vue du roi Rosaith, apporter son soutien est la démarche évidente puisqu'elle est la fille d'un vassal, et aussi parce qu'il y aurait des gens dans le pays du roi Faludam qui gardent un bon souvenir du règne de son clan. » (Almis)
« C'est ça. » (Tetra)
Tetra retombe dans le silence.
Après qu'un certain temps eut passé et que le pays du roi Rosaith fut en vue, Tetra me demanda quelque chose.
« Tu me protégeras ? » (Tetra)
« Bien sûr. Après tout, tu es ma famille. » (Almis)
« ……Alors je coopérerai. » (Tetra)
Tetra dit ça et m'étreignit fortement.
« Je vois. Donc c'est vrai que tu as refusé, hein ? » (Almis)
« Oui. C'est exact. On a eu une pénurie de nourriture récemment, et du coup on n'avait pas de marge pour les nourrir. Si on approuvait trente personnes, on se retrouverait avec encore plus de monde qui afflue. Et ce serait un problème s'il y avait un espion mélangé dans ce groupe. » (Rosaith)
Bizarre. J'ai cru entendre que la population du pays du roi Rosaith était d'environ cent soixante-dix mille, si je me souviens bien.
Je suis quasi sûr que quelques centaines de personnes ne seraient rien pour eux, mais…
D'abord, notre village avait une abondance de cultures. Ce qui voudrait dire…
« Tu trames quelque chose, non ? » (Almis)
« Nous n'avons aucune idée de ce dont vous parlez. » (Rosaith)
Quel culot, ce mensonge éhonté.
« La raison pour laquelle les villages du royaume du roi Faludam connaissent de mauvaises récoltes, c'est à cause d'une malédiction lancée par un autre pays. Après tout, il est vrai que mon village n'a pas connu de mauvaises récoltes. C'est parce qu'ils n'y ont pas jeté de malédictions par peur du Griffon. Y compris Julia, le pays du roi Rosaith a beaucoup d'excellents sorciers. Ils n'auront pas de mauvaises récoltes à cause de malédictions. D'ailleurs, aucun des villages qu'on a croisés sur notre route n'était en manque de nourriture. J'ai aussi entendu de Julia, qui m'a dit que le pays connaissait une bonne récolte. En d'autres termes, il y a largement de la place pour que le pays du roi Rosaith accepte. Vous devriez pouvoir prendre trois cents personnes sans problème, sans parler de trente, non ? » (Almis)
« Cela peut être vrai, mais ça ne change pas le fait que c'est une dette pourrie. C'est du bon sens de jeter les bons à rien– » (Rosaith)
« C'est assez étrange. » (Almis)
J'ai coupé la parole au roi Rosaith.
« Si la population augmente, c'est bénéfique pour vous. Et ces réfugiés sont des citoyens de votre pays ennemi, le royaume du roi Faludam. Vous ne devriez pas les chasser, mais les appeler. En faisant ça, les citoyens du royaume du roi Faludam afflueraient vers votre pays. Bon, oui, vos réserves de nourriture baisseraient, mais sur le long terme vous pourriez récupérer ce que vous avez perdu via les impôts. Et vous devriez sauter sur toute occasion qui affaiblirait la force nationale du royaume du roi Faludam. » (Almis)
Si le pays du roi Rosaith connaissait actuellement une famine, ce serait une autre histoire, mais son pays a de la nourriture en abondance. Donc il ne devrait pas y avoir de problème du tout.
Il y a une barrière de langue et de culture. Si c'était sa raison, je pourrais un peu l'accepter, mais en plus d'être un compatriote adernien, ils ont aussi vécu dans le même pays ensemble jusqu'il y a quelques décennies. Même s'il les invitait, il n'y aurait aucun problème. Ou plutôt, précisément parce qu'ils sont ses compatriotes, ce devrait être une raison suffisante pour prendre l'initiative et les accueillir.
Il n'a pas manque de terres non développées.
Aussi, ils m'ont dit qu'ils n'avaient rien contre le fait de devenir esclaves. Bien sûr, ils ont dû dire la même chose au roi Rosaith. On peut avoir des esclaves gratis, vous savez ? Il n'y a pas de coalition des droits de l'homme embêtante dans ce monde. Vous pourriez les maltraiter et les revendre comme bon vous semble.
S'il l'acceptait, il pourrait inventer un conte populaire du genre « La Bienveillance du Sage Roi Rosaith » ou quelque chose comme ça.
Les chasser serait une idée terrible.
Il y a aussi une autre chose qui m'a paru louche.
« Ça n'a pas de sens non plus qu'ils soient venus à mon village. Ce n'est pas comme si vous et le roi Faludam, les pays que vous dirigez, étiez les seuls pays de la péninsule d'Adernia. Si vous étiez absolument contre les prendre, vous auriez pu juste les envoyer dans un autre pays. En échange de les faire escorter par quelques soldats, vous auriez pu leur donner la permission de transiter vers un autre pays. » (Almis)
Le pays du roi Rosaith connaissait une bonne récolte.
Ce qui voudrait dire que les pays voisins devraient aussi connaître de bonnes récoltes. Ce serait impossible que le climat de cette zone spécifique soit différent.
Les pays voisins ont largement de la place pour accepter les réfugiés.
Pourtant, ils sont arrivés à la forêt. Et dans cette vaste forêt, ils ont réussi à trouver notre village.
Ce n'est pas une mince affaire. Difficile d'imaginer qu'ils soient tombés dessus par hasard.
« Je parie que vous avez juste dit un truc du genre "J'ai entendu dire que cet endroit, c'est le paradis~", non ? » (Almis)
« Fumu… comme on s'y attend de vous. Vous avez raison à quatre-vingt-dix pour cent. Mais il vous manque encore quelque chose. » (Rosaith)
« Vous parlez de la raison pour laquelle vous avez envoyé les réfugiés à mon village ? Si c'est le cas, la réponse est simple. » (Almis)
Je fixe le roi Rosaith, qui ricane.
« Vous avez conclu que j'aurais de fortes chances d'accepter les réfugiés. Après tout, je suis une si bonne personne, si je puis dire. Mais on ne calme pas la faim avec la gentillesse. Du coup, il me faudrait me procurer du blé quelque part. Or, l'endroit où je devais me procurer le blé est… » (Almis)
« Ce serait dans Notre pays. » (Rosaith)
Bien qu'on aurait pu aussi les acheter aux Karishans, ils habitent plutôt loin. S'approvisionner à un endroit proche est une approche bien plus pragmatique.
« Vous comptiez me prêter du blé ? Après tout, vous auriez plus de chances de vous faire rembourser si vous me prêtiez le blé au lieu de le prêter directement aux réfugiés. » (Almis)
« Oui. C'est exactement ça, et vous avez raison à quatre-vingt-quinze pour cent. » (Rosaith)
*ricane*
Une tête qui m'énerve au plus haut point.
« Et enfin pour les conditions du prêt, vous comptiez obtenir notre poterie, notre miel et notre méthode de fabrication du papier, n'est-ce pas ? » (Almis)
Le roi Rosaith les veut probablement comme les morts veulent sortir de l'enfer.
Mais il ne peut pas me soutirer l'information en abusant de sa puissance militaire.
Il y avait la possibilité que je fuie vers le roi Domorgal, après tout. Et le roi Rosaith ne peut pas partir à cause de sa maladie. Aussi, s'il mobilisait imprudemment son armée, il pourrait être attaqué par derrière par des clans qui visent le trône.
Et par-dessus tout, s'il faisait ça, il se ferait haïr par Julia, qui est proche de moi.
Ce serait dur, de vivre en étant haï par sa seule fille.
Du coup, il a décidé d'utiliser les réfugiés pour me soutirer l'information.
C'est probablement quelque chose comme ça.
Quand j'ai tout expliqué, le roi Rosaith a applaudi.
Des applaudissements… ça veut dire que j'ai répondu correctement ? Ça ne me fait pas plaisir.
« Vous avez raison à quatre-vingt-dix-neuf pour cent !! Magnifique. Si vous étiez Notre fils, Je vous ferais Notre successeur sans hésiter. Mais il vous manque encore le dernier pour cent. Savez-vous ce que c'est ? » (Rosaith)
……
Je ne sais pas.
Le roi Rosaith affiche un sourire mauvais en regardant mon visage.
« Celui qui a maudit le pays du roi Faludam, c'était Moi. Comment ça ? Wahahaha-*tousse* *tousse* *tousse* » (Rosaith)
Ne t'emballe pas. Tu es malade.
Alors que je regarde le roi Rosaith d'un air froid, il se renverse avec arrogance, un air décontracté autour de lui.
« Bon, alors, combien tu en veux ? » (Rosaith)
« Non, on n'en a pas besoin, on en a assez. » (Almis)
Quand je réponds ça, le visage du roi Rosaith se raidit.
La forme d'agriculture la plus courante dans la péninsule d'Adernia, c'est la culture bisannuelle.
Et dans mon village, on utilise le système de rotation quadriennale de Norfolk. Nos niveaux de productivité sont fondamentalement différents !
Et on utilise même des vaches et des chevaux pour labourer plus profond dans le sol.
Bien que le roi Rosaith semble s'attendre à ce qu'on finisse par manquer de nourriture… ce ne serait le cas que si on appliquait aussi la culture bisannuelle.
Tant pis ! Vous aviez basé tout votre plan sur ce qui était en fait votre erreur de calcul !! I-D-I-O-T !!
« C'est seulement pour l'instant, non ? Vous en manquerez en un rien de temps. » (Rosaith)
Le roi Rosaith dit ça, avec un air décontracté comme si ce qu'il disait ne le concernait pas.
Qu'est-ce qu'il raconte ?
Je viens de dire qu'on se porte bien, non ?
Me voyant avec un air ahuri, le roi Rosaith dit :
« Vous avez négligé quelque chose d'important, n'est-ce pas ? Bon, peu importe. Après tout, dans trois jours vous viendrez pleurer vers Nous pour qu'on vous aide, en suppliant "s'il vous plaît, prêtez-moi du blé". » (Rosaith)
Ce type, avec son air de m'avoir déjà battu.
Il n'y a aucune chance que je vienne pleurer vers toi.
Bon, peu importe.
« Au fait, je peux vous demander quelque chose ? Que feriez-vous si l'enfant du dirigeant d'avant Faludam — Rago-san, c'était ça — avait survécu ? » (Almis)
« Nous… lui offririons la protection. Rago-dono était un ami juré de Nous. Nous pourrions dire s'ils sont vraiment son enfant ou non par le caractère sacré et l'emblème sur leur dos. » (Rosaith)
« Et que feriez-vous si cet enfant demandait des forces pour reconquérir ses terres ? » (Almis)
« Cela dépendrait de la situation, mais… Nous pourrions prêter les forces s'il y avait une chance de victoire… pourrait-ce être, vous êtes l'enfant de Rago ? » (Rosaith)
« Ce n'est absolument pas le cas. Ce n'est pas moi. » (Almis)
Bien que si c'était vrai, tout serait si facile.
« …Puis-Je aussi demander quelque chose ? » (Rosaith)
« Quoi ? » (Almis)
« Qui est cette fille ? » (Rosaith)
Avant que je réponde, Tetra s'accroche à moi et déclare,
« Je suis la femme d'Almis. » (Tetra)
Je ne me souviens pas m'être marié, ceci dit…
Bon, c'est comme ça.
Faire comme ça est plus commode.
« Un truc dans le genre. » (Almis)
« C'est ainsi… » (Rosaith)
Le roi Rosaith fixe le visage de Tetra.
Je regarde le visage de Tetra.
Tetra fait un grand hochement de tête.
« C'est la fille de Rago Ars, Tetra Ars. » (Almis)
« Nous voyons. Nous avions l'impression d'avoir déjà vu son visage. Elle lui ressemble trait pour trait. » (Rosaith)
« Vous avez besoin de confirmer ? » (Tetra)
Le roi Rosaith secoue la tête d'un grand mouvement en réponse à la question de Tetra.
« Il n'y a pas besoin pour ça. Nous le voyons à votre visage. Et puis, vous n'êtes pas du genre à faire un mensonge aussi insignifiant. Et aussi, ce qui est le plus important, ce n'est pas de savoir si vous êtes la vraie ou pas. C'est de savoir si vous pouvez faire un travail du même niveau que l'original ou pas. » (Rosaith)
Donc peu importe si elle est vraiment la fille de Rago Ars, tant que ceux autour d'elle l'acceptent comme telle.
C'est typiquement le genre de truc qu'il dirait.
« Mais vous êtes rudement rusée. Si vous arrivez à donner une bonne frousse au roi Faludam et à le secouer un peu, nous l'attaquerons et vous donnerons les droits sur votre propre clan. » (Rosaith)
« Haha. Merci beaucoup. Bien que je ne lui donnerai une frousse que s'il attaque le premier. » (Almis)
Il n'y a aucune garantie qu'ils nous attaquent, après tout.
Je ne veux pas particulièrement le pouvoir. Tout ce que je veux, c'est pouvoir utiliser ce que je peux.
Si le roi Faludam s'avère être réellement quelqu'un qui aime la paix, il n'y aura pas de guerre.
« Bon, je prends congé ici. Je dois aller voir l'état du pays du roi Faludam. » (Almis)
« Oui. Faites attention. » (Rosaith)
Nous avons pris congé de la présence du roi Rosaith.
« Hé, Almis. » (Tetra)
« Qu'est-ce qu'il y a ? » (Almis)
« Ça s'est fini avec moi qui prends le rôle de ta femme, mais c'est bon ? Tu ne te forces pas ? » (Tetra)
Tetra demanda anxieusement.
« Un peu tard pour ça, non ? Je ne me force pas. Après tout, tu es mignonne. Plutôt, je suis content plus que tout. Et en premier lieu, tu essayais toujours de me montrer ton charme, alors qu'est-ce que tu dis à cette heure-ci ? » (Almis)
Honnêtement, j'aime bien Tetra, en fait.
Bien que je ne comprenne pas vraiment le concept de l'amour… bon, je m'en fiche si c'est Tetra.
Je peux vraiment arriver à le croire.
« Et Julia ? » (Tetra)
« …Nos classes sociales sont trop différentes. » (Almis)
Elle est la fille unique du roi Rosaith.
Tôt ou tard, elle devra être mariée au fils de quelque clan largement influent.
Ce n'était pas destiné à être moi.
Je ne suis pas assez obtus pour ne pas comprendre que Julia a des sentiments forts pour moi.
Je l'aime aussi, tout autant que j'aime Tetra. Elle est aussi mon type niveau apparence. …Bien que ce soit bizarre que je pense à ça après avoir déjà accepté Tetra.
Bon, si on me demandait si je veux l'épouser ou pas, je dirais que je veux.
Mais il y a une différence dans nos classes sociales.
« Au fait, comment on va entrer dans le pays du roi Faludam ? » (Tetra)
« Allons pour le truc "marchand du sud". Donc, comme on passait par là on a remarqué qu'il y avait des maisons abandonnées partout où on allait, donc trouvant ça bizarre on a demandé… Je pense que ça devrait suffire. » (Almis)
Les vêtements qu'on porte actuellement sont plutôt bons.
Après tout, on revenait juste d'une audience avec le roi Rosaith.
On pourrait probablement passer pour de riches marchands.
« Au fait, tu as des connaissances qui semblent prêtes à nous aider ? » (Almis)
« Hmm, vu que tous mes parents à part moi sont morts… il y en a probablement pas. En plus, j'avais dix ans à l'époque. » (Tetra)
« C'est ça. Bon, ça fait sept ans quand même. » (Almis)
On dirait que c'était il y a longtemps, mais c'était pas si loin.
Juste d'y penser, on dirait que je me remémore un temps révolu.
« Bon, contentons-nous de l'enquête pour aujourd'hui. » (Almis)
Pour l'instant, il faut que je trouve un moyen de gérer ces trente personnes.
« Euh… excusez-moi. Il a pas l'air d'y avoir personne dans ce village… qu'est-ce qui s'est passé ? Il y a beaucoup de soldats comme vous aussi. C'est une épidémie ou quoi ? » (Almis)
Je demande, en affichant un air effrayé.
« C'est pas ça. Les citoyens de cette ville fuient la nuit. On est en train de monter une équipe de recherche pour les ramener. C'est un vrai casse-pieds. Bon, vu que celui qui mène les troupes cette fois, c'est Sa Majesté le roi Faludam-sama, je suis pas sûr que ça se finisse juste par les ramener. » (soldat)
« Ils fuient ? Pourquoi ils fuient ? » (Almis)
« Ben, voyez-vous… » (soldat)
Le soldat regarda autour de lui avant de chuchoter à mon oreille.
« C'est à cause des impôts trop élevés. Ils pouvaient plus payer les impôts. Pour dire la vérité, moi aussi je veux démissionner de soldat. Si je fais pas mon boulot, mes proches subiront aussi les impôts énormes, et ils toucheront pas ma rente. » (soldat)
C'est grave.
Y a l'air d'y avoir beaucoup de sources d'insatisfaction.
« Au fait, pourquoi vous êtes venus dans un endroit comme celui-là ? » (soldat)
« On faisait du colportage. On prévoyait d'aller vers le nord et donc on transitait par ce pays, mais on a vu vous les soldats rassemblés autour de ce village et on a été curieux. » (Almis)
Je viens d'inventer un mensonge convenable.
« C'est ça ? Mais quand même, le fait que vous ayez un cheval, c'est enviable. Celle derrière vous, c'est votre femme ? » (soldat)
Tetra rougit légèrement et hoche la tête en réponse.
« Pour ce voyage, on est venus voir ce qu'on pourrait éventuellement vendre ici. Vous connaissez quelque chose que les gens d'ici pourraient acheter ? On pourrait même arranger quelque spécialité locale de quelque part. » (Almis)
« On a pas besoin de trucs comme ça ici. Bon, je suppose que vous pourriez vendre de la nourriture. Après tout, tout le monde ici crève de faim. Bien qu'on aurait rien à échanger contre ça à part des humains. » (soldat)
Le soldat rit de sa propre situation.
On fait aussi un sourire forcé, malgré que ce soit pas vraiment marrant.
Ce pays a l'air dangereux.
Mais c'est bon pour vous d'être aussi bavard ?
« Accessoirement, comment vous comptez les ramener ? Si j'étais un des citoyens, je fuirais vers le pays du roi Rosaith. Je pense qu'ils y seraient arrivés maintenant. » (Almis)
« Non, ils sont apparemment pas dans le pays du roi Rosaith. Je suppose que le roi Rosaith a pas besoin de bouches inutiles à nourrir. Nous non plus on en a pas besoin. Haa. Je parierais qu'ils errent quelque part dans la forêt. Après tout, il y avait une rumeur sur un genre d'utopie protégée par Griffon-sama. Ils ont probablement cru ça et y sont allés. Quels idiots. » (soldat)
On a l'air d'être devenus les résidents d'une utopie sans le réaliser.
Peut-être que c'était une mauvaise idée d'apporter trop de prospérité. Ou peut-être que j'ai merdé en balançant le nom du Griffon si légèrement.
Ou serait-ce que pour des gens qui meurent de faim, juste ça peut qualifier d'utopie ?
« Ça serait pas un boulot dur de devoir les chercher dans la forêt ? » (Almis)
« C'est pas vraiment le cas. Bien qu'il y en a pas beaucoup, notre pays a des sorciers après tout. Si on utilise des chiens, ce serait réglé en un rien de temps… bien que je serais content si ces sorciers se décident à faire des barrières. » (soldat)
Pendant le temps où une barrière est érigée, la puissance de malédiction est constamment consommée.
Le roi Faludam a gardé la puissance des sorciers en réserve pour être prêt à commencer une guerre quand il veut.
En passant, la raison pour laquelle Julia est allée jusqu'à ériger des barrières sur nos champs, c'est parce qu'elle a trop de puissance de malédiction en excès.
Si vous compariez la puissance de malédiction d'un sorcier ordinaire à un verre d'eau, elle a cinq baignoires pleines de puissance, paraît-il.
C'est une sorcière prodige et belle, et une princesse.
Elle a l'air d'avoir reçu deux trucs du ciel.
La personne derrière moi est aussi la (auto-proclamée) personne qui est magicienne depuis plus longtemps que quiconque vivant, et la belle fille d'un ancien grand clan.
Y a trop de gens qui ont reçu deux trucs autour de moi.
« J'ai entendu dire que Griffon-sama est là… vous serez bien ? » (Almis)
« À propos de ça… je m'inquiète aussi. Mais le roi Faludam a insisté que ce serait bon si on envoyait environ deux cents personnes… bon, le roi Faludam est bien plus effrayant que Griffon-sama, dont on sait même pas s'il est vraiment là. » (soldat)
L'autorité de Griffon-sama a pas l'air de porter beaucoup de poids ici.
Ou serait-ce que le roi Faludam n'a juste aucun sens de la peur ?
Ou serait-ce parce qu'il est bien informé sur le Griffon ?
« Almis, c'est mauvais. Ces gars vont venir à notre village. » (Tetra)
« Deux cents, hein. Quelle galère. » (Almis)
Je me grattai la tête.
Pour l'instant, je sais maintenant sûr que ces trente d'avant sont définitivement innocents.
Je suppose qu'on devrait se dépêcher de rentrer.
« Bon, on prend congé ici. Prenez soin de vous. » (Almis)
« Ouais ! Vivez heureux, vous deux ! » (soldat)
Je rentrai au village en vitesse.