Le pain que nous mangeons au Japon moderne est fait en mélangeant des choses comme de la farine, des œufs, du beurre et du lait, et cuit à cœur, en le faisant lever avec de la levure.
Mais le pain d'autrefois était différent.
Il ne contenait pas de telles denrées de luxe que le beurre, les œufs ou le lait.
La levure n'avait pas encore été développée.
On le faisait en mélangeant simplement de l'eau et du blé, avec une texture proche de celle des crêpes.
C'est pas imangeable, loin de là.
Mais c'est pas bon non plus.
Même si je me suis habitué à la bouffe rustique, je préférerais manger bon, si possible.
Hein !? Y'a des gens qui mangent des scolopendres, alors je devrais faire avec, c'est ça ?
Pas question, j'veux pas. Ils font ça parce qu'ils sont acculés, ils n'ont pas le choix. Ils sont dingues.
Bref, faisons du bon pain !
On a pas de lait de vache, mais on a du lait de chèvre. Je sais pas si ça peut remplacer, mais ça doit valoir mieux que de l'eau.
Il nous faudra de la levure pour plus tard.
Comme son nom l'indique par sa terminaison, la levure est une bactérie. (Note : *yeast* = イースト菌, *bacteria* = 菌)
Faut la cultiver.
C'est un mystère de savoir si la levure est présente dans l'atmosphère de ce monde, mais y'a de fortes chances.
Porcs, vaches, chèvres, cerfs, raisins, olives, blé, orge, navets et trèfles existent tout pareil que dans mon monde, alors ce serait bizarre qu'y ait pas de levure.
Y'en a sûrement. Probablement.
« Ce truc, la levure, comment on la fait ? »
« Plutôt que dire "faire", mieux vaut dire qu'on "cultive" la levure… mais d'abord, tu mets des raisins secs dans des pots, je crois ? Ensuite tu verses de l'eau. Tu scelles, et tu laisses reposer un moment. »
« C'est tout ? »
« C'est tout. »
Faut pas douter de moi, j'ai appris à faire du pain maison à l'école primaire !
Qu'est-ce que je fous quand les connaissances apprises en classe servent à rien dans un autre monde ?
Pendant le cours, j'ai fait ça avec une bouteille, donc je connais les détails…
Mais on a pas vraiment de bouteilles…
Ça peut rester trois jours sans qu'on s'en occupe ? Si on peut pas, tant pis, on retentera.
« On l'a fait !! »
Je tenais le pain fini dans ma main.
CHAUD !!
Je l'ai laissé tomber sans faire exprès.
Faisant gaffe à pas me brûler, j'en ai arraché un morceau et je l'ai fourré dans ma bouche.
Délicieux !!
C'est pas possible de faire un pain comme ceux du commerce au Japon, mais c'est largement mieux que ce qu'on bouffe d'habitude.
Avec ça, je suis libéré de mon régime de misère.
« C'est vrai qu'il est si bon ? »
« Si tu goûtes, tu sauras. »
J'approche le pain de la bouche de Tetra.
Tetra a les yeux ronds.
« Il est moelleux !! »
« Hein ? Dès maintenant, on mangera ça tous les jours. »
Les enfants, pressés d'être les premiers, attrapent du pain.
Ce fut un carton. (Je trouve que ça sonne mieux que « Ce fut très populaire ».)
Bon, maintenant que l'ambiance s'est calmée, je brise la glace. (Note : « annoncer la nouvelle » irait mieux ?)
« Selon Julia, les pays du roi Domorgal et du roi Gilberd ont eu de mauvaises récoltes, mais le pays du roi Rosaith a produit une quantité correcte de blé. »
« …Qu'est-ce que tu veux dire ? »
Roswald me dévisage d'un air dubitatif.
« Tu es probablement né au pays de Rosaith, non ? »
« …..C'est exact mais… »
« Si c'est maintenant, tu pourrais probablement rentrer. »
Je le dis tout bas.
Il y a huit personnes en plus de Roswald qui viennent de Rosaith.
Si elles partent, on pourra plus s'occuper de nos champs.
Mais ça n'a pas d'importance.
Les gamins doivent grandir dans le même environnement que leurs parents. Moi, j'ai pas de parents, donc ça ne s'applique pas vraiment.
« Hé, Nii-san. »
« Quoi ? »
« T'es con ou quoi ? »
« …. Qu'est-ce que tu veux dire par là ? »
Ils se mettent soudain à m'insulter sans raison.
Ce que j'ai dit était correct. En tout cas, je croyais avoir raison.
« C'est vrai qu'on aimait nos parents, mais tu sais, ils nous ont abandonnés. D'ailleurs, même s'ils n'avaient pas le choix, bien sûr qu'on ne leur pardonnera pas. De toute façon, on n'est pas les bienvenus, alors on peut pas rentrer. On ne serait que des bouches à nourrir en plus, et même après ça, on risquerait de se faire virer à nouveau. Cette fois, on pourrait même être vendus comme esclaves, alors bien sûr qu'on veut pas y retourner. »
…..
…..
…..
C'est vrai, certainement.
En premier lieu, ramener un gamin à quelqu'un qui l'a abandonné, bien sûr que c'est pas correct.
Si je réfléchis calmement, une chose pareille est évidente.
Plutôt que de se faire fermer la porte au nez, y'a plus de chances qu'on se fasse avoir.
Pourquoi je l'ai pas réalisé plus tôt ?
Ah, c'est vrai.
C'était juste mon complexe, je suppose.
Puisque mes parents ne sont pas là, j'idéalise la présence des parents. (Note : parce qu'il a la nostalgie de ses parents et de sa maison)
Je leur imposais juste mes idéaux arbitrairement.
« Et encore un truc. »
Roswald dit, en riant.
« Puisque tout le monde aime Nii-san, puisque Nii-san ne nous a pas abandonnés, mais nous a aidés. Malgré qu'il n'ait aucun lien avec nous. »
« Je vois….. »
C'était juste moi qui pensais un truc aussi bizarre.
« Hé ! Y'a quelqu'un qui veut retourner chez ses parents ?!! Levez la main !! »
Ron hurle vers les gamins d'une voix forte.
Personne ne lève la main.
« Alors, ceux qui veulent rester avec le chef, levez la main !! »
Tous lèvent la main d'un même élan.
« Oé, c'est pas obligé de suivre le troupeau, hein. Ceux qui veulent rentrer, vous pourrez rentrer si l'occasion se présente, hein ? »
Bien sûr, y'en a bien un, non ?
Je veux dire, tout le monde pleurait au début, non ?
Vous appeliez vos parents, non ?
Mais, toujours personne ne se manifeste.
Et l'expression de personne ne change.
Même si l'ambiance était balayée, leurs expressions devraient pouvoir changer. Mais personne ne change.
Ils me fixent juste.
Qu'est-ce que ça veut dire ? (Note : pourquoi les protagonistes sont-ils toujours aussi lents ?)(pengu: truc de jap)
« On n'a peut-être pas été aimés par nos parents dès le départ, ou le village pouvait être celui qui nous détestait, donc même si on était tristes au début, quand on a réfléchi calmement, on a décidé qu'on voulait pas y retourner après tout. Bien sûr qu'on a toujours des pensées de retour. En plus, si on reste avec toi, on crèvera pas la faim et tu es gentil avec nous. Tout le monde t'aime, t'es convaincu maintenant ? »
Tetra dit, en essayant de me persuader.
Je vois, c'est comme ça, hein ?
J'étais aimé à ce point, hein….
« Almis-san, tu pleures ? »
« Je pleure pas !! J'pourrais pas pleurer, idiot ! Je suis le chef, moi !! »
Merde, de pleurer autant…. ah, c'est vrai, j'ai douze ans maintenant, non ?
« J'ai compris. Désormais, je continuerai d'être le chef de ce groupe ! Désormais, suivez-moi vers l'avenir ! »
« » » ROGER, CHEF !! « « «
Les gamins hurlent ensemble d'une même voix.
Pourquoi ils respirent tous en même temps ?
Ce ne serait pas…..
« Vous étiez déjà prêts pour quand je le dirais ? »
« Ah, on s'est fait avoir ? »
Tire la langue, Soyon.
« Tetra a dit que tu semblais parfois préoccupé par quelque chose. »
Me dit Gram.
Je vois, Tetra, hein.
« Le moment tant attendu où le chef va pleurer !! »
Dit Ron.
« Hé, attendez une minute. Roswald, c'était toi qui étais le plus excité pour ça, tu sais ! P'tit… c'était répété, ça ? »
« Ben, on savait que ce sujet allait arriver, tu sais ? C'est un truc qu'on attendait depuis longtemps, alors on voulait bien le dire, et c'est Ron qui a proposé qu'on crie tous en même temps ! »
« Me mettez pas le tort sur le dos !! »
Une bagarre éclate.
C'est pas comme si j'allais pleurer à coup sûr, non plus…..
« Calmez-vous. J'suis pas vraiment fâché ou quoi que ce soit. Allez, mangeons le pain. Aujourd'hui c'est la fête !! »
« …..y'a que du pain, though »
Marmonne Tetra tout bas.
Dis pas des trucs inutiles, abruti.