16.
La maladie de Zhuang Nan devint étrangement persistante.
Bien que
Zhuang Nan, avec son salaire annuel commençant à un million, ait
tout ce qu'il fallait chez lui, il manquait curieusement de
médicaments. Chaque jour, il allait chez son voisin avec un air
pitoyable et une voix nasillarde pour emprunter des médicaments,
tout en profitant de la nourriture et des boissons. En secret, il
avait demandé à sa femme de ménage de venir tôt et de partir
rapidement, sans préparer de repas.
Ainsi, il
prenait tranquillement ses congés maladie, passant ses journées à
chercher des excuses pour se rapprocher de son voisin.
Lin Wen
vivait dans son petit monde et ne comprenait pas ce que Zhuang Nan,
si respectable en apparence, était en train de manigancer. Il
éprouvait de la compassion pour Zhuang Nan et lui offrait toute la
gentillesse possible, permettant à ce voisin de pénétrer à
plusieurs reprises dans sa coquille d'escargot — ce qui était
aussi dû au fait que Zhuang Nan savait garder une distance
appropriée et mesurer ses paroles, ce qui le mettait à l'aise.
Il était
différent de toutes les personnes que Lin Wen avait rencontrées.
Il
chérissait ce voisin qui pouvait tolérer ses bizarreries et écouter
patiemment ses phrases bégayées et maladroites.
Ainsi,
Zhuang Nan resta "malade" pendant cinq jours.
Son
supérieur l'appela, à la fois agacé et amusé : « Zhuang Nan, ce
n'est qu'un rhume, ça fait déjà une semaine ! Quel genre de rhume
dure aussi longtemps ? »
Zhuang Nan
venait juste de se montrer charmant devant Lin Wen, le faisant rire.
À ce moment-là, Lin Wen préparait le dîner dans la cuisine, et
Zhuang Nan, appuyé contre le cadre de la porte, contemplait son dos,
savourant cette scène chaleureuse et domestique.
Il se
retira sur le balcon pour écouter les reproches de son supérieur,
puis justifia son absence prolongée : « Demain, c'est samedi. »
Son
supérieur : « Hein ? »
Zhuang Nan,
poli mais ferme : « Même si tu es le patron, tu ne peux pas me
priver de mes jours de repos légaux. Je reviendrai travailler lundi.
»
Son
supérieur : « Es-tu vraiment Zhuang Nan ? Zhuang Nan n'est-il pas
un bourreau de travail ? » Après un moment de réflexion, il eut
une révélation : « Est-ce que tu serais en train de sortir avec
quelqu'un ? »
Zhuang Nan,
appuyé contre le balcon, regarda par-dessus le salon vers la
cuisine, d'où filtrait une lumière chaleureuse. Il resta silencieux
un long moment avant de répondre vaguement : « Hmm. »
Sortir avec
quelqu'un ?
Peut-être qu'il en était encore au
premier mot. (NT : 谈恋爱
tán
liàn'ài,
sortir avec quelqu’un commence par 谈
tán
qui veut dire discuter)
L'écureuil
n'était pas encore prêt à "sortir" avec lui.
17.
Zhuang
Nan n'oublia pas qu'il était aussi un employé. Lundi matin, au lieu
de planifier comment faire ouvrir sa porte à Lin Wen, il écrivit
une carte postale avant de partir, la glissa sous la porte de
l'appartement A2401, puis descendit joyeusement, faisant tourner ses
clés de voiture.
Lin Wen,
qui n'approchait généralement pas de la porte sans raison, avait
pris l'habitude, après une semaine de "harcèlement" de
Zhuang Nan, de s'en approcher inconsciemment. Ce matin-là, ne voyant
personne frapper à sa porte, il s'approcha finalement de la porte.
Et il
trouva la carte postale.
Dessus, une
écriture élégante et vigoureuse disait :
« Bonjour, Lin
Wen.
Le patron me rappelle au travail. Je vous souhaite une
bonne journée. »
Signé : Zhuang Nan.
À côté
des mots "Lin Wen", il y avait un petit écureuil dessiné,
rond et mignon, avec une queue touffue et un air adorable.
Les yeux de
Lin Wen s'illuminèrent d'un sourire. Il rangea précieusement la
carte postale et ne put s'empêcher d'en vouloir un peu au patron.
Zhuang Nan
n'était pas en bonne santé, il avait été malade si longtemps, et
maintenant, à peine rétabli, on le rappelait au travail... Il se
demandait si les clients lui en voudraient pour son état.
Pendant ce
temps, dans un immeuble de la rue financière de A City, le patron,
tenant une tasse de café tout en inspectant ses employés, sentit
soudain son nez le démanger et éternua bruyamment. (NT :
les chinois croient que si on pense fort à quelqu’un, cette
personne va éternuer)
18.
Une
semaine d'absence avait laissé beaucoup de travail en suspens.
Cependant,
Zhuang Nan s'en occupa avec aisance, ignorant calmement les regards
réprobateurs de ses assistants et secrétaires, tout en restant de
bonne humeur.
Pendant une
réunion, il eut même un moment d'absence, laissant échapper un
léger sourire.
Zhuang Nan
souriait rarement de manière si sincère, ce qui surprit non
seulement ses collègues, mais aussi son patron. Après la réunion,
tout le monde se rassembla autour de lui, exigeant de savoir pourquoi
il souriait ainsi.
Zhuang Nan
fronça les sourcils : « Vous n'avez rien à faire ? Pas de travail
? »
Sous le
regard sévère de Zhuang Nan, tout le monde se dispersa à
contrecœur.
Zhuang Nan
retourna alors à son travail, repensant en secret au sourire de Lin
Wen.
Il termina
le travail accumulé vers 22 heures.
Le patron,
qui avait également travaillé tard, descendit au bureau de Zhuang
Nan avec une tasse de café et se frotta les tempes, fatigué : «
Hé, on rentre ensemble ? Ma voiture est au garage. Je savais que tu
revenais aujourd'hui, alors je n'ai pas pris la mienne. »
Zhuang Nan
termina de taper un dernier mot, envoya l'e-mail et ferma son
ordinateur portable avec un clic.
Puis, avec
un sourire poli, il répondit : « Désolé, ce n'est pas sur mon
chemin. »
Le patron,
perplexe : « Où habites-tu maintenant ? La semaine dernière, je
suis allé chez toi avec des cadeaux, et j'ai découvert que tu n'y
avais pas mis les pieds récemment. »
Zhuang Nan
rangea calmement ses affaires et prit ses clés de voiture : « En
banlieue — et j'y resterai à l'avenir. »
« Il est
si tard, et tu vas conduire jusqu'à un endroit aussi éloigné ? »
« Hmm. »
« Tss,
tss... est-ce que tu as rencontré un esprit ou un démon dans ces
contrées sauvages ? Fais attention à ne pas te faire aspirer ton
énergie vitale. »
Zhuang Nan
n'avait pas envie de discuter et continua à marcher : « Je m'en
vais. »
Une fois
dans le garage, les mains sur le volant, il ne put s'empêcher de
rire.
Un esprit
ou un démon ? Lin Wen était-il un esprit ? Un écureuil esprit,
peut-être ?
Il rentra
chez lui en pleine nuit. Même avec son audace habituelle, Zhuang Nan
n'osa pas déranger son voisin à une heure aussi tardive. Il écrivit
donc une autre carte postale, la glissa sous la porte de Lin Wen, et
retourna se coucher, satisfait.
« Bonne
nuit, Lin Wen.
Fais de beaux rêves ce soir. »
Signé :
Zhuang Nan.