La Terre était en train de mourir.
L'humanité avait toujours ignoré les avertissements des scientifiques, se rassurant avec des pensées du genre : 'C'est un problème pour un futur lointain. Cela n'arrivera pas de notre vivant.'
Je fus l'un de ces gens. Épuisé par la vie urbaine, je retournai vivre à la campagne, où habitaient mes parents. Avec l'argent que j'avais économisé, j'achetai des terres cultivables et une rizière près de leur maison.
Grâce aux relations et à l'aide de mes parents, j'évitai toute résistance locale et me mis à cultiver du riz, des fruits et des légumes. Les jours de repos, je vivais insouciant, sans penser à rien, à regarder des films et des animes, à lire des mangas ou à me plonger dans des romans.
Cinq ans passèrent. L'été s'allongea, et les températures commencèrent à grimper à des niveaux effrayants.
La télévision diffusait des messages d'urgence chaque jour : « Nous venons de dépasser la hausse d'un degré annoncée par les scientifiques », ou bien « Quel avenir pour la Terre ? » Notre exploitation en ressentit les effets, elle aussi.
Le dérèglement du temps nous laissa à court d'eau pour les cultures, et le soleil brûlant commença à griller les jeunes plants de riz.
« Bon sang, le monde va vraiment finir. Il fait une chaleur de dingue... »
« Oui. À ce rythme, il va peut-être falloir arrêter la ferme et retourner en ville. »
Mes parents soupiraient en parlant ainsi. Cette année-là, notre rendement de riz baissa visiblement. Heureusement, les cultures sous serre souffrirent moins.
Dix ans après mon installation à la campagne, la chaleur redoubla. Le monde entier commença à plier sous les pénuries alimentaires.
Les pays proches de l'équateur, ainsi que les nations peuplées et pauvres, se mirent à souffrir de la famine, mais la communauté internationale ferma les yeux.
Notre pays classa l'alimentation parmi les ressources stratégiques. Le gouvernement se mit à fournir gratuitement aux agriculteurs de l'eau, des machines agricoles et des serres capables de filtrer les rayons ultraviolets. Le prix du riz explosa.
« Ça va exploser pour de bon », murmurai-je.
Entre le soutien du gouvernement et la flambée du prix des récoltes, je gagnais bien ma vie, mais la situation internationale se dégradait vite.
Notre pays restait relativement stable, et pourtant, en Afrique, en Amérique centrale et du Sud, en Asie du Sud-Est et en Inde, les gens mouraient de faim par milliers.
La désertification en Chine avait progressé si gravement que le pays ne pouvait plus nourrir son immense population.
Elle commença à recevoir l'aide de la Russie mais, cela ne suffisant pas, elle se mit à menacer les pays voisins pour qu'ils lui vendent leur production à prix cassés. Les États-Unis condamnèrent la Chine avec dureté.
C'est alors que j'éprouvai un véritable sentiment de crise. Je me lançai dans un achat frénétique de matériel de survie et me servis de la mini-pelleteuse que le gouvernement m'avait fournie pour l'exploitation afin de commencer à construire un bunker dans ma cour.
« Tu es fou ? Arrête ça ! »
« Ça suffit. Il n'arrivera rien. »
Quand la cour de devant devint un chantier, mes parents essayèrent de m'arrêter, mais je les ignorai et continuai de creuser.
Un mois plus tard, ils semblèrent renoncer et ne dirent plus rien. Sans aucune compétence, en m'appuyant seulement sur des livres et sur internet, le chantier me coûta énormément de temps, d'argent et de peine.
Mais au bout de trois ans, je parvins tant bien que mal à bâtir sous la maison un bunker solide d'une vingtaine de pyeong, soit environ soixante-six mètres carrés, muni de portes à double épaisseur.
Je portai une attention particulière à l'installation du générateur, du purificateur d'air, du système de filtration de l'eau et de l'unité de traitement des déchets.
Je mis légumes et fruits en conserve dans des bocaux de verre et les rangeai dans la réserve du bunker.
Je fis sécher le riz avec soin et le conditionnai dans des bacs de plastique. Les protéines, c'était le problème. Dans notre pays, presque toutes les conserves sont à base de poisson, et les viandes fumées ou séchées de longue conservation étaient introuvables.
Les pénuries alimentaires faisant monter les prix, je n'eus d'autre choix que d'acheter, la larme à l'œil, du bœuf séché américain en boîte hors de prix.
Pour ce qui est des armes, je les jugeais indispensables : j'achetai donc un arc à poulies et des flèches, la seule arme légale que l'on pouvait se procurer ici.
Si la littérature d'apocalypse m'a appris une chose, c'est que les zombies ou les monstres ne sont pas la menace la plus effrayante. Les gens le sont.
Quatre années encore passèrent. Cela faisait dix-sept ans que j'avais quitté la ville.
Dans ce laps de temps, la santé de mon père se dégrada à force de surmenage à la ferme, et il mourut.
Avant même que j'aie pu faire mon deuil, la Corée du Nord s'effondra, et dix millions de réfugiés déferlèrent. Notre situation alimentaire empira radicalement.
Le gouvernement décréta l'état d'urgence nationale, annonça qu'il gérerait toute la production alimentaire, interdit la vente privée de nourriture et passa à un système de rationnement.
Des soldats se mirent à patrouiller notre exploitation en permanence. Ils prenaient tout ce que nous produisions et nous laissaient une compensation dérisoire. Ma famille n'y pouvait rien.
La seule consolation fut que le bunker resta ignoré. Entre les rations et nos réserves, nous parvenions à manger assez bien.
Environ six mois plus tard, la Chine et la Russie entrèrent en guerre contre les États-Unis. Notre gouvernement tenta d'éviter d'y être mêlé sous prétexte de stabiliser la Corée du Nord, mais sous la pression incessante du Japon et des États-Unis, il fut contraint d'entrer dans le conflit.
Se sentant menacée, la Chine commença à lancer des armes nucléaires sans discernement. La Troisième Guerre mondiale avait commencé.
Je me précipitai à la ferme pour retrouver ma mère.
« Maman ! Maman ! Les Chinois ont tiré des bombes atomiques ! Il faut rentrer tout de suite ! »
« Quoi ? Qu'est-ce que tu racontes ? »
Je lui saisis fermement la main et tentai de l'entraîner vers le bunker. Soudain, le ciel devint rouge, et un grondement sourd et profond ébranla violemment le sol.
« Bon sang ! »
Je regardai en direction du bruit et vis un champignon atomique s'élever au loin. Ce ne pouvait être que Séoul.
« Qu'est-ce que... ? »
Ma mère s'effondra sur place.
« Maman, ce n'est pas le moment ! Il faut rentrer ! »
L'esprit vide, je la chargeai en hâte sur mon dos et courus jusqu'à la maison. À l'instant où nous arrivâmes, j'ouvris l'épaisse porte d'acier du bunker, l'installai à l'intérieur et refermai fermement les doubles portes derrière nous.
« Ouf... Les murs du bunker et les provisions sont intacts. »
J'avais garni le bunker de quoi tenir dix ans à trois personnes. J'avais supposé qu'une guerre s'achèverait en cinq à sept ans.
Mon père n'étant plus là, nous disposions d'environ un tiers de réserves en plus que prévu, mais les restrictions alimentaires du gouvernement nous avaient forcés à entamer notre stock.
À peu près dix pour cent du total avait disparu. Cela suffisait tout de même à nous faire vivre plus de dix ans à deux.
« À ce rythme, nous pouvons tenir douze à quatorze ans. »
Ma mère était encore sous le choc, assise sur le lit, le regard vide.
« Maman, ça va ? Tu es blessée quelque part ? »
« Ah... non, je ne suis pas blessée. »
Je l'examinai et m'assurai qu'elle était indemne, puis j'allumai la télévision pour prendre les nouvelles.
Il n'y avait aucune émission, seulement un écran rouge avec un bip strident et un texte blanc enjoignant à la population de gagner les abris. Toutes les chaînes montraient la même chose.
Je renonçai, éteignis la télévision et mis en marche la radio et l'ordinateur portable. J'avais désespérément besoin d'informations venues du dehors. L'ordinateur n'avait aucune connexion internet et ne servait à rien.
La radio rapporta que des bombes à hydrogène avaient été lâchées sur Séoul et sur la centrale nucléaire de Kori.
« On ne devrait pas évacuer quelque part, nous aussi ? »
« Ne t'inquiète pas. Nous sommes plus en sécurité ici que n'importe où ailleurs en Corée en ce moment. Et nous n'avons pas à nous soucier de l'eau ni de la nourriture. »
Ma mère parut mal à l'aise en découvrant le bunker pour la première fois, mais dès que je lui montrai la réserve pleine de matériel de survie, elle se calma.
Le lendemain, la radio annonça qu'un gouvernement provisoire avait été établi à Daejeon et que les stocks alimentaires d'urgence allaient être distribués.
On demandait à quiconque était sans abri ni nourriture de se rassembler à Daejeon. Je n'avais aucune intention d'y aller.
Au bout de trois jours environ, nous sentîmes plusieurs faibles secousses dans le bunker.
'Qu'est-ce qui se passe encore ?'
J'allumai la radio en hâte, mais elle était complètement muette. Quelle que soit la fréquence essayée, je n'entendais que du grésillement.
Un mois s'écoula depuis notre entrée dans le bunker. De cette radio qui n'avait plus produit que du grésillement, une voix d'homme sortit soudain, très faible. J'en fus soulagé, et j'étais aussi désespérément avide de nouvelles : je montai donc le volume.
[Crrr... Ah, ah... je ne sais pas si quelqu'un peut m'entendre, mais Daejeon, où siégeait le gouvernement provisoire, et toutes les grandes villes ont été frappées par le nucléaire.]
[La Chine et la Russie, repoussées sur le front, ont lancé tous les missiles nucléaires dont elles disposaient sur les États-Unis et leurs alliés.]
[N'approchez pas des grandes villes. La contamination radioactive y est grave. Les régions du sud sont particulièrement touchées, soyez donc prudents si vous vous déplacez. Bonne chance. Clic...]
'Ouah... bon sang. Si c'est vrai, même tenir dix ans ne suffira pas à survivre. C'est de la folie.'