Au moment où ils entendirent ces mots, tous deux furent saisis de fureur et l'un d'eux lança, hors de lui : « Quelle audace ! Savez-vous qui nous sommes ? Vous osez nous refuser l'entrée ?! »
« Qui que ce soit, c'est pareil, je vous prie de rebrousser chemin ! »
Les six se tenaient devant la porte et bloquaient le passage, observant les deux vieillards les yeux mi-clos. Bien que leur culture n'eût pas encore atteint le rang de Cultivateurs Martiaux, cependant, si leur Maître était là, ha ! Inutile de parler de ces deux personnes, même s'il y en avait deux de plus, ils devraient encore repartir à quatre pattes !
Peut-être la Résidence Feng n'avait-elle pas fait montre de sa puissance depuis trop longtemps, et ces gens avaient-ils l'impression qu'on les craignait, au point d'oser agir avec une telle effronterie. Voyant qu'ils barraient la porte et les empêchaient d'entrer, l'un des deux vieillards s'avança et hurla : « Écartez-vous ! Ce vieillard ici désire rencontrer la Jeune Demoiselle ! Si vous osez encore me barrer la route, ce vieillard ne sera plus poli ! »
Les six furent subjugués par la pression que dégageait ce vieillard et leurs corps reculèrent légèrement un instant. Juste au moment où ils s'apprêtaient à frapper, ils entendirent une voix familière.
« Que se passe-t-il ici ? »
Dès qu'ils entendirent cette voix, tous ceux qui se tenaient devant la porte de la Résidence Feng se tournèrent vers son auteur. Ils virent Murong Yi Xuan, vêtu de robes pourpres, planté là, une main devant lui, l'autre derrière le dos, l'air interrogateur. Son beau visage arborait un sourire, mais ses sourcils étaient légèrement froncés et il fixait les deux vieillards avec acuité, une trace d'insatisfaction dans le regard.
« N'êtes-vous pas tous deux toujours aux côtés de mon Père Impérial pour le protéger ? Pourquoi êtes-vous venus semer le trouble à la Résidence Feng ? » Sa voix était chaude, mais teintée d'une pointe d'oppression tandis qu'il les dévisageait, comme s'il pouvait lire leurs pensées.
« Salutations, Troisième Prince. »
Tous deux furent légèrement stupéfaits de voir que cette personne était Murong Yi Xuan et, sans oser garder leurs airs, ils lui rendirent leurs respects. À leurs yeux, bien que Murong Yi Xuan ne fût qu'un prince, sa force et son talent étaient extraordinairement remarquables parmi la jeune génération. Ses exploits futurs seraient encore plus extraordinaires et dépasseraient certainement Murong Bo ; aussi n'osaient-ils pas se montrer trop arrogants devant lui.
Cependant, le mariage entre Murong Yi Xuan et Feng Qingge a déjà été annulé, pourquoi continuait-il à apparaître ici à la Résidence Feng ? D'après ce qu'ils avaient entendu, les gens de la Résidence Feng ne se souciaient guère de lui !
« Salutations, Troisième Prince. »
Les six Gardes Feng joignirent aussi les mains et saluèrent. Le regard de Fan Lin balailla les deux vieillards tandis qu'il expliquait : « Nous avons reçu l'ordre strict que la Résidence Feng est fermée et ne recevra aucun invité. Nous les en avons informés, mais ils refusent de partir et sont déterminés à créer un esclandre. Ils insistent pour échanger le cheval bien-aimé de notre Jeune Demoiselle, Vieux Blanc, contre quelques objets. Nous prions le Troisième Prince de nous éclairer : est-ce leur idée personnelle ou l'intention du Souverain ? »
Lorsqu'il entendit les paroles de Fan Lin, son regard perspicace se posa sur les deux vieillards et il demanda d'un ton sévère : « Cette affaire est-elle vraie ? »
Les deux ne continuèrent pas et gardèrent le silence.
Face à leur réaction, Murong Yi Xuan dit : « La Résidence Feng est la protectrice du pays. Bien qu'ils aient rendu leur jeton d'autorité, et même si le Général Feng est tombé, ce Prince ne tolérera en aucune manière une telle insolence à leur encontre ! Je vous laisse partir cette fois par égard pour mon Père Impérial. Mais s'il y a une prochaine fois, même si le Père Impérial vous protège, ce Prince ne vous laissera pas partir si facilement ! »
Sa voix était stoïque et majestueuse, en complet contraste avec son attitude habituellement douce. C'était quelqu'un qui se mettait rarement en colère, mais une fois qu'il l'était, personne n'osait le regarder dans les yeux. Une simple phrase était emplie de détermination et d'effroi ; lorsqu'ils l'entendirent, les deux vieillards comprirent sa position et même les Gardes Feng surent sur-le-champ qu'il était résolu à protéger la Résidence Feng !
Les six Gardes Feng étaient anxieux, jamais ils n'auraient attendu une telle réaction de sa part, et cela signifiait-il que sa protection... était entièrement pour leur Maîtresse ?