Les premiers rayons de l'aube glissaient lentement sur la terre, et l'homme qui était resté inconscient toute la nuit se réveilla enfin à cet instant.
Mais, quand il’ouvrit les yeux, une scène extraordinairement étrange s’offrit à son regard.
Un petit mendiant vêtu de haillons déchirés était assis en position du lotus à ses côtés, le corps couvert de sang, et bien que la puanteur fût encore forte, le sang avait complètement séché. Il ne pouvait distinguer les traits du petit mendiant car son visage était d’un vert profond, comme s’il y avait appliqué quelque médicament.
Voyant que le petit mendiant tenait une dague à la main, le regard fixé devant lui, l’homme se tourna et suivit la direction du regard de l’enfant, et ce qu’il vit le fit plisser les yeux avec méfiance.
Outre les trois cadavres de loups déjà raidis juste devant le petit mendiant, à une distance d’environ trois mètres d’eux, une dizaine de loups gris aux mâchoires baveuses étaient assis sur leurs pattes arrière, et leurs yeux les guettaient avec avidité.
Feng Jiu tourna la tête très légèrement, croisant par hasard les yeux de l’homme, qui étaient remplis de stupeur et de confusion face à ce qui se passait.
L’homme poussa soudain un cri de frayeur, les yeux écarquillés d’horreur en voyant le loup gris bondir vers le petit mendiant. Dans un mouvement de panique, il tenta instinctivement de se redresser, mais ce geste brutal rouvrit la blessure à son abdomen et il gémit avant de retomber au sol, où l’on vit le sang suinter à nouveau par sa plaie.
Au cri de l’homme, Feng Jiu s’était déjà retournée, bondissant sur ses pieds d’un mouvement vif, son regard glacial rivé sur le loup gris. Elle vit le loup qui fonçait sur elle se rapprocher et s’accroupit immédiatement pour rouler au sol, sa dague traçant un arc dans les airs.
La dague s’enfonça profondément avec une force féroce et trancha une longue et profonde entaille sur le ventre du loup. Le loup hurla de douleur et, porté par l’élan de son bond, continua de voler dans les airs vers l’homme qui gisait au sol, ses yeux cruels élargis le fixant sans ciller. Il s’écrasa au sol et son corps tressaillit une dernière fois, ses grandes mâchoires bougèrent encore un peu, avant que son dernier souffle ne quitte son imposante masse poilue.
Le reste des loups gris s’agitait, levant la tête pour pousser de longs hurlements. Les loups se mirent à gratter la terre, de courts gémissements s’échappant de leurs gorges. Leurs yeux affamés et assoiffés de sang continuaient de scruter Feng Jiu avec désespoir, et ils n’osaient pas se ruer imprudemment.
Feng Jiu se remit sur pied d’un seul bond, son regard glacial balayant à nouveau les loups gris. On l’aurait dit un démon maléfique altéré d’une soif de sang insatiable, ses lèvres se relevèrent et elle dit : « Si vous choisissez de rester ici, je tuerai chacun d’entre vous. » Son regard glacé les parcourut, pour se fixer enfin sur le grand loup dressé sur la pente, un peu plus loin, le meneur de la meute.
Semblant avoir perçu avec acuité la présence de l’intense menace qui pesait sur eux, le grand loup fixa Feng Jiu un instant, avant de lever la tête pour pousser un long hurlement. Peu après, la dizaine de loups qui encerclaient les humains se releva et s’en alla en trottinant au loin.
L’homme se souleva sur ses coudes, fixant la scène avec stupeur et incrédulité, les yeux ronds comme des œufs, le visage figé dans l’étonnement.
Feng Jiu essuya sa dague sur la fourrure d’un loup avant de la ranger. Quand elle se retourna et vit l’expression de l’homme, elle rit avec indifférence et dit : « C’est bien que tu te sois réveillé. Si tu avais dormi plus longtemps, je serais partie. »
Elle marcha sur le côté et s’assit, sortant sa gourde en bambou pour boire une gorgée d’eau. Après avoir tenu en respect plus de dix loups toute la nuit, son esprit était resté tendu à l’extrême et elle n’avait pas relâché sa garde un seul instant. Le moment où elle baissa sa garde et commit la plus infime erreur, dans une telle situation, ils auraient fort bien pu être mis en pièces par les loups.
« Qui... Qui es-tu ? » Il avait peut-être été effrayé par la férocité de Feng Jiu tout à l’heure, car l’homme bredouillait en parlant.
« Pourquoi te soucies-tu de qui je suis. »
« Alors... Alors qui suis-je ? » Au moment où ces mots quittèrent la bouche de l’homme, ce fut soudain Feng Jiu qui fut décontenancée.
« Tu t’es cogné la tête si fort que ça ? Tu ne te souviens même plus de qui tu es ? »
En parlant, elle parut se souvenir de quelque chose et tendit la main pour tâter l’arrière de la tête de l’homme. Comme prévu, une grosse bosse y avait gonflé.