Bien que Yang San fût perplexe, son discernement n'était pas mauvais. Après avoir joué tant de parties, il comprit que le jeune homme en face de lui l'emportait non par chance mais par sa propre habileté. De surcroît, lorsque le grand gaillard éleva la voix, les deux hommes n'osèrent pas pipper mot et s'enfuirent. Bien que cette pression puissante ne l'eût pas atteint directement, il en perçut vivement leur frayeur.
Cette fois, son esprit était en désordre et de la sueur froide perlait sur son front. Il s'essuya le front de sa manche, puis saisit la tasse de thé et en but quelques gorgées. « Je reviens après être allé aux commodités. » Sur ces mots, il se leva et sortit en catastrophe.
« Dis donc, est-ce qu'il va se servir de cet prétexte pour filer ? » appuya son menton dans sa main, un sourire aux lèvres, et interrogea Xuanyuan Mo Ze.
Xuanyuan Mo Ze but une gorgée de thé et répondit calmement. « Il ne peut pas s'enfuir. »
Oui, il ne pouvait pas s'enfuir.
Yang San voulait certainement profiter de ce prétexte pour s'esquiver au plus vite. Il sentait que s'il jouait encore, il subirait le même sort que ses deux amis. Après avoir joué si longtemps, il avait cerné la limite de ces deux hommes. C'étaient définitivement pas des gens qu'il pouvait provoquer. Il appliquerait le trente-sixième stratagème : quand tout le reste échoue, la retraite.
Mais, juste au moment où il s'apprêtait à escalader le mur pour fuir, une voix vint de derrière.
« Où vas-tu ? »
Il se figea, resté planté là dans un hébétement. Après avoir réalisé que ce n'était pas la voix de l'un des deux hommes, il se retourna, et son visage blêmit.
« Loup... Grand Frère Loup Gris. Ombre... Grand Frère Ombre Un... »
Il trembla et redescendit prestement du mur. « Vous... comment êtes-vous arrivés ? Mon Second Frère n'est pas là ? »
Loup Gris renifla et le toisa d'un coup d'œil. « Ne nous appelez pas Grand Frère. On ne se connaît pas si bien que ça. Allez. Rentrez au plus vite une fois que vous aurez fini de pisser ! »
« Oh, oui, je reviens tout de suite. Je reviens tout de suite. » Il répondit vivement. Comme il s'apprêtait à se retourner pour grimper par-dessus le mur arrière, une main lui agrippa l'épaule.
« Retourne à l'intérieur et continue à jouer. Où crois-tu aller ? » demanda Loup Gris avec un sourire sinistre.
À ces mots, il pâlit. « Retourner, retourner à l'intérieur pour continuer à jouer ? »
« Oui, n'est-ce pas toi qui l'as bien cherché ? Maintenant tu veux t'échapper ? C'est impossible. Dépêche-toi de rentrer. » Il le poussa et resta planté là, les bras croisés sur la poitrine, à le fixer.
Yang San avala sa salive et lui demanda prudemment. « Loup... Grand Frère Loup Gris, vous les connaissez ? »
« Quoi "Loup Loup Gris" ? Gamin, tu cherches à te faire corriger, non ? Quelles bêtises ! Rentre, ou je te donne un coup de pied dedans ! » Loup Gris grogna froidement. Maintenant, il connaissait la peur. Qu'allait-il faire tout à l'heure ?
Voyant cela, il n'eut d'autre choix que de revenir en marchant tout en rumant intérieurement. Qui étaient ces deux-là ? Loup Gris et Ombre Un étaient les gardes personnels du prince héritier. Pourquoi étaient-ils ici ? Serait-ce que...
En songeant à cette possibilité, il se remémora aussi le cri du grand gaillard et sa pression imposante. Un instant, ses jambes devinrent du coton et il faillit s'agenouiller par terre.
De retour dans la pièce, il vit que les deux personnes étaient toujours à leurs places. L'un buvait du thé, l'autre appuyait son menton, l'air ennuyé. Le visage pâle, il s'approcha en hâte. « Ça... vous deux, que diriez-vous que je vous invite au restaurant pour manger quelque chose ? »
« Non, asseyez-vous ! Continuons. » sourit et fit un signe des yeux.
Il ne put que s'asseoir raide, tremblant. Après quelques réflexions, il sorti tous ses trésors, les empila sur la table et les poussa devant .
« Jeune Maître, ceci est ma compensation pour vous. Regardez... »