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Loner Life in Another World

Chapitre 47

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Chapitre 47

Chapitre 47

Chapitre 47/15431%~12 min de lecture2 270 mots

Jour vingt-cinq. Matin. Ville d’Omui. Guilde des aventuriers.

J’avais fui parce que j’allais me faire engueuler.

Pourtant…

« Pourquoi les quêtes ne changent jamais du tout ? Ils ont vraiment du cœur à la tâche, cette guilde ? Le type qui s’occupe de l’affiche bosse, au moins ? Il travaille encore moins que moi, en fait ! L’argent me manque, tu vois ? Je n’ai même pas d’argent de poche ! Quand est-ce qu’enfin une vraie quête rentable apparaîtra ? Où donc se niche ce fameux coup de chance pour m’enrichir rapidement ? »

« Vraiment, quand est-ce que tu vas enfin te coter correctement pour travailler ? Les quêtes lucratives sont réservées aux aventuriers, non ? Toi, tu n’en es pas un, alors pourquoi tu refais ta apparition ? … Dis-donc, où tu étais passé ? Tout le monde…, on était vraiment inquiets. »

Ça faisait longtemps que je n’avais pas droit à ce regard noir de la présidente du comité d’accueil. Non mais… hier il y avait zéro composant « regard noir », alors j’avais vraiment été fusillé du regard par les filles, alors que ma faute était nulle ! Attends… c’est parce que j’étais rentré vivant que ça aurait merdé ? Non, évidemment que non, j’aime mieux croire que non. Ah ! Un cadeau ! Manquait plus que ça ! C’était bien parce que je n’avais rien apporté. Comme quoi sans augmenter son taux de sympathie, ta vie est en danger et on peut finir assassiné par des sermons !

« Tu nous caches pas de l’argent quelque part, là ? »

« Au cas où vous l’auriez trouvé sur le sol, très bien, mais surtout ne piquez pas ce qui appartient aux autres ! Ça, c’est littéralement l’état d’esprit d’un voleur ! »

Ouah. C’est bien un regard noir. Différent du regard furieux avec pleurs, disons-le. C’est clairement un regard noir, quoi. Une chose absente de la forêt.

Bon sang, j’avais les paumes lourdes, mais rentrer à l’auberge signifiait se faire sermonner.

Rester dans la ville ne rapportait toujours aucun sous.

Les otakus étaient parfaitement inutiles, comme d’habitude.

Les idiots restaient alités. À cause de leur stupidité, justement.

Mais bon, ils ne sont pas complètement idiotes ces mecs ? Se traîner mourant, bras et jambes brisés, survivre tant bien que mal, voir repousser des membres, ressortir en loques, et pourtant avoir continué à courir jusqu’à cette ville… Sans dormir une seule nuit, sans prendre une pause, à ronger des champignons restaurateurs de points de vie, en arriver à tomber raide mort aux portes, et se faire capturer par les gardiens… C’est bien de l’idiotie, ça. Aux limites du possible, non ?

Courir ne changeait strictement rien à la situation, et tu sais bien que précipiter les choses n’y ferait rien ! Et puis, quand on est moribond, on ne devrait même pas courir ! Du coup, aucune régénération, zéro !

En tâtonnant dans la rue, une charmante employée de maison fit signe de la main. À moi ? Ouais, elle m’appelait… Moi ! Atten… C’était ça, finalement, les trucs de lycéen mâle ? Tantôt ceci, tantôt cela ?!

Me voici attrapé.

Des militaires en uniforme m’ont encerclé en un clin d’œil ! Allez, arrêtez, laissez les servantes s’en charger ! Attendez, c’est obligatoirement un piège de Zhuge Liang, celui-là ! Utiliser les instincts des adolescents masculins contre eux… Zhuge Liang doit être un génie redoutable.

Elle se prénommait Merimeri.

« Je pensais que tu allais finir par te prendre, mais comment peux-tu aussi facilement te faire capturer ? On t’a cherché partout sans résultat… via une employée de maison. »

« Ben oui, elle agite la main, hein ? Elle t’invitait du doigt, non ? »

Normalement on suit, non ??

« Si des soldats font ça, on s’enfuit immédiatement ! »

Car enfin, tu vois ? Ce sont des gros bras en uniforme ? Bien sûr que je fuis !! Normalement ??

« Et arrêtez de faire cette tête interrogative ! Je m’appelle Mériel ! C’est écrit sur mon laissez-passer ! Pas Méméli, pas Merrimerr, mais Mériel ! »

« Ah… euh ? Mais non, c’est la mère Muri Muri ? On entendait toujours parler de “la mère de Merimeri”. »

« …Ma propre mère ne s’en souvenait plus… Bon, d’accord. Appelez-moi Merrimeri. Merrimeri va très bien… »

Le majordome m’avait viré de ses beaux yeux.

C’est pour ça que j’avais insisté autant sur le besoin d’une bonne employée de maison… Eh non, il n’y a rien eu.

« Depuis cet incident, mon père et ma mère ont essayé de trouver Taeyang pour te remercier. Nous ne savions pas si tu avais disparu, pris la fuite ou simplement caché, alors aujourd’hui j’ai tendu un filet de capture… Mais tu étais bel et bien là ? »

« Euh, ben, je suis rentré hier tard, disons au milieu de la nuit ? Mais impossible de passer les portes… Dès que je suis entré, les gardes m’ont coffré ? »

« …………Hmm. Bref, c’est pour te remercier ! Père et mère te doivent la vie, toute notre famille a survécu grâce à toi, nous en sommes infiniment reconnaissants. Ils se sont ensuite rendus dans la ville voisine pour affaires et sont absents. En leur nom, accepte nos remerciements… Hésitez-vous ? Vous m’écoutez vraiment ? Eh bien, écoute, voici une modeste récompense, acceptez-la sans hésitation. »

J’avais maintenant des liquidités.

Est-ce qu’il valait mieux aider des carrosses attaqués pour gagner plus d’argent ?

« Vers la ville voisine, on ne risque pas d’être attaqué, par hasard ? Il est bientôt l’moment ? »

« Pourquoi êtes-vous systématiquement pris pour cible à chaque sortie ! Qu’est-ce que “bientôt l’moment” veut dire exactement ? La noblesse responsable de ces raids a déjà été arrêtée. Vous êtes désormais parfaitement en sécurité. »

Apparemment plus d’attaques prévues, et donc pas d’argent supplémentaire à espérer.

Mon taux de sympathie restait loin du compte.

Puisque l’argent était enfin acquis, je m’endis dans la ville.

Je me dirigeai vers la quincaillerie qui commençait à ressembler à une boutique spécialisée dans les massues. Un vieux forgeron tenait l’enseigne, mais est-ce vraiment admissible ?

« Hé, vieux ! J’ai repéré des massues de chefs gobelins tombées par terre, tu en veux acheter ? »

À peine lui eus-je montré les objets qu’il accourut en courant depuis l’arrière-boutique avec un sac bourré de pièces. Trop facile.

« Vends-m’en autant que mon argent pourra en porter !! Par contre, pourquoi diable est-ce que des armes pareilles jonchent le sol normalement ?? »

« Hmm ? Ben, il paraît qu’ils ont eu un accident mortel suite à une escarmouche. Ouais, genre juste après avoir combat, la massue était là ? Genre ça. »

« …Tu le prends comme si le fait qu’elles soient tombées n’avait aucun lien, mais ça signifie quand même qu’il y a eu un meurtre. Rien à voir avec “sans rapport”, t’as bel et bien éliminé un criminel, non ? »

Non mais, quelqu’un tombe du haut d’une falaise et à ce moment-là tu arrives en brandissant un gourdin pour lui foncer dessus, c’est pas hyper débile ? Ce n’est franchement pas de ma faute, ça !

« Eeeh, enfin, plutôt, genre… elles étaient tombées, non ? »

Le vieux vérifiait scrupuleusement chaque arme, faisant mille recommandations. Il vendait visiblement beaucoup de massues. Cette ville semblait potentiellement dangereuse.

En réalité, je possédais aussi celles des rois et des empereurs, mais je préférais taire l’information pour éviter des faillites en chaîne.

Pour une raison obscure, il existait ici une terrible tradition consistant à blâmer automatiquement le client lors d’une faillite commerciale. Quel trou perdu.

La vendeuse de la boutique de fournitures n’était hélas toujours pas sortie de sa dépendance fongique. L’état semblerait plus grave que prévu.

« Si tu veux des champis, va chercher du riz, ce sera beaucoup plus sain. » Essayai-je de raisonner doucement. Elle éclata en sanglots francs. Je dus céder et lui vendre mes vivres secs et liquide pour des espèces sonnantes et trébuchantes. Elle berçait les spores en pleurant, contre sa joue. S’agissait-il d’un stade terminal ? La scène devenait bizarre, je voudrais vraiment qu’elle arrête, sérieusement.

Le mercenaire douteux n’était pas encore revenu. Il semblait aussi que mon charisme ne reviendrait pas de sitôt. Mes phéromones étaient parties à la pêche !

Quant aux responsables du comité, ils avaient tous filé en donjon. Apparemment, ils devaient s’y rendre suite à des procédures administratives. Ils seraient en sécurité jusqu’au crépuscule, mais dès la tombée de la nuit ils reviendraient. Reviendraient avec leur flot assourdissant de réprimandes, leurs cris de guerre et leurs longs discours.

Les biscuits fabriqués dans la grotte pour occuper le temps manquaient de beurre et avaient un goût discutable. À l’auberge, tenter de fidéliser la fille du propriétaire en la nourrissant provoqua un enthousiasme délirant ; elle exécuta une danse frénétique et mystérieuse. Le sucre restant trop précieux, les sucreries ne circulaient pas encore. Il y avait des fruits séchés et fabriquer un gâteau aux fruits pourrait servir de bouclier apaisant en cas de retour. Mais bon, vu la forte probabilité que les reproches reprendront aussitôt rentrés, la fuite n’avait fait qu’empirer les choses.

C’était probablement l’absence de présents qui avait causé les remontrances, indubitablement la source de leur colère. Je m’étais violemment fait sermonner. L’arme offerte par Motoki ne suffisait décidément pas. Les douceures étaient incontournables. Dans ce contexte, le commandant Billy serait sûrement convoqué par les filles très prochainement… One more set ?!

Bref, direction un gâteau aux fruits. Sans beurre, il ressemblerait davantage à un pain sucré, mais ce serait bel et bien un gâteau aux fruits.

J’utilisai la cuisine de l’hôtel pour le réaliser. La serveuse avait été achetée, tout irait bien.

De la farine, des fruits secs, du lait, tout manquait. Du lait, donc. Au pire, si la pâte tournait en pain, je le steamerais pour tromper les yeux. En tout état de cause, à présent, seuls les idiots et moi étions hors jeu ; le reste du groupe explorait les souterrains. Personne ne rentrait avant le soir. Dès leur retour, la séance de réprocher reprendrait. Il fallait impérativement finaliser le gâteau avant ! C’était un duel contre la montre. Pour prouver mon innocence, seul le dessert convenait ! Parce que je n’avais strictement rien fait de mal !!

En vérité, mes vêtements et équipements n’avaient pas bougé, pas une seule déchirure, et les potions fongiques pansaient mes blessures, mais physiquement, je traînais une tronche lamentable. Surtout après avoir bondis jusque dans la ville et fini par cravacher, ayant frôlé l’état cataclysmique. Globalement, j’étais en piteux état, mais je dormais peu. Néanmoins, afin d’échapper au blâme, je poursuis la confection du gâteau. Tamiser la poudre, fouetter, pétrir, laisser reposer. Pendant que les crétins somnolaient paisiblement, moi je fourrais le plat au four, puis le passais à la vapeur. Devrais-je griller le cerveau des otakus aussi ? Pourquoi ne les secoure-je pas ? N’avait-on pas promis une reconnaissance dès l’arrivée en ville ? Or personne n’est venu. Ni pour arrêter les réprimandes. Lisez l’air ambiant ! Fouettez l’air en mélangeant. Pourquoi seul moi travailles autant ? Même si je suis un vrai NEET ?

***

Victoire. Victoire totale. On pourrait presque parler d'une victoire écrasante. J’avais gagné mon acquittement. Il s’agissait bien d’un faux procès. À force d’être injustement accusé à chaque fois, j’allais finir par ressembler au Comte de Monte-Cristo. Je vivais dans une grotte de toute façon. À qui voulais-je me venger ? Aux otakus, somme toute.

Les jeunes femmes dévoraient une sorte de flan imitant le gâteau aux fruits. Elles semblaient prêtes à hurler « mange-la entière » sans détour.

Certaines pleuraient en croquant dedans. D’autres s’y jetaient en silence, avalant goulûment. Découper en parts fut sage. Si j’avais laissé le bloc entier au centre de la table, un jeu mortel aurait immédiatement éclaté. Pour une obscure raison, tous versaient des larmes tout en riant… Pourtant, je n’y avais mis aucun champignon. Y avait-il un ingrédient toxique ou secret ? Un sourire humide mêlait rire et pleurs.

La soirée s’enchaîna directement sur le dîner. La pagaille habituelle perdurait. Les imbéciles étant enfin redescendus, les échanges virèrent à l’anarchie. Plus personne ne comprenait le sujet. Ni moi-même. Pas même les prénoms.

Finalement, chacun prit son tour pour se laver pendant que l’ambiance montait jusqu’à minuit. Quelle bande de bruyants. La présidente restait intrusablement proche. Les femelles prédateuses exerçaient des pressions sournoises dans mon dos. Les sportifs criaient à gorge déployée. La serveuse paniquait dans tous les sens. Les nuls approchaient pour balancer des insanités. Les geeks ignoraient les conversations officielles pour divaguer. Le vice-président A me fusillait du regard à la dérobée. La vice-présidente C distribuait friandises et caresses à gauche comme à droite. La vice-présidente B oscillait nerveusement… Non, je ne fais pas de gestes suspects ! Pourquoi tous me fixent en chœur ? Pourquoi soudain silence radio ? Le nombre de regards noirs augmente. Est-ce contagieux ? Presque parfait : avec douze personnes, j’aurais pu jouer sur les vingt-quatre angles morts, un chef-d’œuvre probable. Mais quarante regards fixes, le degré de destruction était trop élevé. Étrangement, la fille de l’hôtel avait elle aussi contracté le virus des sourcils froncés. Incroyable. Toujours aussi chaotique, bruyant, animé et cacophonique. Malgré la seconde année de lycée, c’est affligeant. Il est temps d’intégrer un tant soit peu le bon sens, franchement.

Au fil de la nuit, je regagnai enfin ma chambre et sombrai dans un sommeil quasi coma. En fait, je crois être entré en syncope… Ouais. J’étais vidé de mes forces.

Fin du jour vingt-cinq.

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