23e jour, midi, auberge — l'étrange blanc
Aucune conclusion n'avait été tranchée, mais sur un compromis nous sommes parties en reconnaissance dans la forêt, juste jusqu'aux abords, pour observer la situation en chassant des monstres et en grimpant en niveau.
Des excuses. Simplement, toutes, ne cherchent qu'à se rapprocher un peu plus de Haruka, à s'en approcher. Cinq groupes qui avancent en échelons sans se disperser.
« Y a pas un seul monstre~, le niveau ne monte pa~s ? »
Vraiment pas un seul. Personne ne se bat. Pourtant nous sommes en forêt, ils ont été anéantis, exterminés, rayés à la dernière. Une seule personne me vient à l'esprit, un seul suspect possible.
La déduction était brillante, ceci dit, « esprit de lycéenne dans un corps d'écolière » est un tabou, un mot-clé interdit qui ferait péter un câble à la vice-présidente C.
« On pousse un peu plus loin pour voir ? »
Voir ou pas, toutes avancent vers les fonds comme possédées. Combien de fois je les arrête, les retiens, elles continuent.
« Tu crois que celle qui essaie de les arrêter a de la crédibilité si c'est elle qui va le plus loin ? »
J'ai été rabrouée. Complètement raté. Si Haruka empêche qu'on s'approche, c qu'il y a une raison. Donc, il ne faut pas s'approcher.
Mais toutes tentent d'aller d'un pas plus avant, de se rapprocher d'un pas, se disant qu'ainsi elles finiront bien par l'atteindre, se disant que sinon il va disparaître、、、。
Au moins, même en se disant que c'est pour le niveau, pas de monstres.
Simplement, toujours plus profond dans la forêt, plus profond.
***
Déjà plusieurs heures, probablement trois, ont dû s'écouler. Le temps prévu est dépassé, c'est sûr.
Pourtant, personne, pas une seule, ne dit qu'il faut rentrer. Ne le dit pas. C'est à moi de le dire, n'est-ce pas ? Même si c'est la dernière chose que je veux dire, je dois le dire. Haruka m'a reconnue, m'a dit que j'assurais comme déléguée. Il me l'a accordé. Alors je dois le dire. Et pourtant, encore un pas, encore un pas, vers cette grotte、、、 arrachées à notre monde, incapables de rire, de penser à demain, ne sachant plus quoi faire maintenant, pourquoi, comment, rien que ça, dans un tel monde, l'endroit où nous avons pour la première fois soufflé, ri, ri malgré nous. Chaque jour, chaque jour, à engueuler Haruka. Chaque nuit, chaque nuit, à lui dire merci. « Demain, demain », à nous réjouir toutes ensemble. C'est là qu'Haruka est seul. Il est sûrement encore là. Donc、、、、、.
Quelle que soit la distance parcourue, pas un seul monstre.
Au retour, toutes étaient muettes. La marche lourde. Aucun monstre n'est sorti, pourtant c'était la nuit quand nous sommes rentrées. Ce n'est pas comme ça qu'il faut faire. Nous devrions monter en niveau. Nous rentrons sans avoir pu faire quoi que ce soit.
Quand j'ai dit à toutes : « Rentrons、、. », elles m'ont regardée avec des visages douloureux, des visages à faire mal, des visages ravagés, des visages pitoyables, des visages qui appellent la pitié. Elles ont baissé les yeux, ont hoché la tête, ont acquiescé, avec peine, avec souffrance, en haletant、、、、 sûrement que moi aussi j'avais ce visage.
***
Oda et les siens ont aussi pris des chambres dans la même auberge. J'ai changé la répartition des chambres pour les mettre sous surveillance, histoire que personne ne s'échappe. Sinon, elles y retourneront. Toutes. Et moi aussi.
Premier repas silencieux depuis je ne sais quand. La fille de l'enseigne était toute troublée. Désolée. Enfin on a pu rejoindre Oda et son groupe. Oui, c'était l'objectif initial. Pourtant, toutes ont mangé en disant à peine quelques mots, sont restées là sans rien faire. Juste parce qu'Haruka n'est pas là. Les filles, d'habitude trop bruyantes, qui font un vacarme pas possible et se font engueuler. Même le groupe d'Oda, qu'on dit doué pour ne pas lire l'air. Toutes plongées dans leurs pensées, à s'inquiéter, à souffrir, à s'angoisser, sans qu'aucune réponse ne vienne、、、.
Je ne savais pas que la nuit pouvait être aussi longue.
D'habitude, pendant qu'on fait un vacarme monstre,
pendant qu'on s'éclate à fond,
la journée se terminait.
Elle filait en un éclair,
pas assez de temps, encore, encore,
personne ne savait que la nuit pouvait être aussi longue.