Un jour, la capitale royale.
Ce fut un rapport incompréhensible, mais qui allait de soi une fois lu. On disait que la capitale connaissait un essor sans précédent, pourtant une partie de ses habitants de longue date diminuait.
« En d'autres termes, ils ne peuvent oublier le sourire des enfants. »
« Oui, tout le monde a dû rêver… au bonheur qu'ils ont vu dans cette boutique de souvenirs. »
C'était toujours le magasin le plus animé de la capitale, en pleine activité. Son assortiment comme sa qualité étaient irréprochables, et en collaborant avec les artisans et commerçants de la capitale, il élevait le niveau technique du pays sans laisser la moindre ouverture aux marchands étrangers : le gardien de l'ombre du royaume.
Pourtant, cela ne suffisait pas, c'était ce que tout le monde ressentait.
Il manquait ces sourires d'enfants débordants d'une joie heureuse.
Il manquait ces voix bruyantes de ce groupe à cheveux noirs qui faisait un tel vacarme.
Pourtant, les marchandises abondaient toujours, c'était une boutique ultra-populaire symbolisant la prospérité… et pourtant, on ne pouvait s'empêcher de sentir une pointe de solitude.
« Quand on s'habitue à ce vacarme, une simple affluence ne suffit plus. »
C'est pourquoi les gens de la capitale visaient la frontière. Ce lieu de désespoir où personne n'avait voulu aller, quelque soient les recrutements ou les politiques… aujourd'hui, l'exode ne s'arrête plus, dit-on.
« À ce rythme, c'est la capitale qui risque de se vider. »
« C'est vrai. »
C'était logique, après tout : cette capitale n'avait su protéger ni le sourire de ces enfants, ni même leur vie. Et pour faire prospérer cette capitale, la famille royale devait d'abord regagner la confiance qu'elle avait perdue.
Oui, être abandonnés allait de soi. Pourtant, pour que plus jamais de jeunes enfants ne fassent l'expérience du chagrin, notre devoir est de rendre ce pays et cette capitale heureux. Sinon, j'aurais moi-même abdiqué depuis longtemps pour courir vers la frontière.
« Nous n'avons rien pu rendre de la bienveillance d'Omui, et pourtant nos sujets sont partis pour lui. »
« C'est que… il a laissé un mot "ne me cherchez pas" et est parti jusqu'au grand duc Shukobasasu, à la frontière. »
Hé… non, je comprends son sentiment. Surtout que le dieu de la guerre du royaume, incapable de combattre à cause de vieilles blessures et de la maladie, a vu ses maux guérir en un clin d'œil, et qu'en prime on lui a offert des équipements de 최고 niveau en échange de quelques fruits du domaine de Shukobasasu.
« Il n'aurait pas pu l'en empêcher, hein. »
« Oui, un homme fier ne connaissant que la guerre, qui a désespéré de ce royaume pourrissant qui s'effondrait sans qu'il puisse plus rien faire. Le visage de lord Shukobasasu ricanant au bal était même terriblement nostalgique. »
Il devait être en colère. Contre les nobles corrompus, les dirigeants sans pouvoir. Et contre lui-même, incapable de faire quoi que ce soit. C'est pour ça qu'il ricanait en croisant la colère de Haruka.
Alors que tous étaient saisis d'effroi, lui ricanait en frissonnant dans l'atmosphère du champ de bataille. Et il a déplacé son corps affaibli pour protéger les enfants, intimidadant de son corps malade et déclinant des nobles qui ne comprenaient même pas le sens de son geste… c'est pour ça qu'on lui a fourré un champignon, j'imagine. « Pas besoin de bouclier humain, si tu te bats, meurs en gagnant. »
« Bon, laissons-le tranquille un moment. »
« Non, même si on le retrouve, quel effectif faudrait-il pour capturer lord Shukobasasu qui a fait caprice "non non je rentre pas" et anéanti les chevaliers venus le chercher ? »
Un gamin ! Et… ces chevaliers non plus ne seraient pas rentrés. Ils doivent courir en riant dans le labyrinthe à l'heure qu'il est, vu que la maison Shukobasasu a été séparée d'Omui par des manœuvres politiques, ce sont des amis de longue date.
« Mais le royaume est menacé par l'Église qui le déclare ennemi de la foi. Envoyer des forces à Omui, la terre la plus éloignée de la frontière… »
« L'armée partie de cette capitale n'a même pas pu toucher à son ombre, elle s'est fait mener par le bout du nez. Depuis un pays étranger lointain, ça donnerait quoi ? »
Les nobles du royaume aussi, mais les pays qui ont trahi la frontière l'ont sans doute oublié. Tout le monde sous-estime sans s'en rendre compte… le sens de cette frontière, la ville des descendants de héros qui ont survécu en luttant contre les démons.
« C'est que… la première division à la frontière reçoit aussi une montagne de demandes de mutation vers la frontière. Surtout de la part du commandant Barbalera et des siennes, tous les jours. »
« C'est trop "père-fille", non… »
« Non, demoiselles Barbalera, c'est… disons que l'âge du mariage approche. »
« Ah, de ce côté-là. »
D'ailleurs, au petit-déjeuner, elles ont sympathisé avec les amis de Haruka et continuaient à s'entraîner avec eux… pas question de les attirer par calcul politique, mais s'en mêler serait maladroit. Cela dit, il ne reste plus de forces pour garder la frontière.
Le mal de tête reste le même, mais ce bureau étouffant où je ne voyais qu'un avenir sombre déborde maintenant d'espoir… et de travail, et de paperasse !
« Y en a encore ? » « À cause de la route transnationale qui relie directement la frontière, la logistique s'accélère et l'économie est en plein essor. »
C'était un cadeau d'adieu, ça ? Maintenant, une route incroyablement droite file jusqu'à l'extrême est. Droit jusqu'à la lointaine frontière. Et le royaume se développe… donc… la paperasse augmente aussi.
« Les prochains documents arrivent. » « Clôture urgente. » « Demoiselles Barbalera : "non non, si vous ne nous muttez pas, on démissionne de l'armée !" »
Ah… mon sourire se crispe. Ah, moi aussi je veux aller à la frontière (pleurs)