L'argent manque, il y a des dettes, des prêts à foison, mais pas de liquidités.
C'est ça, un manque de fonds ? Comment fonctionne le système de crédit dans l'autre monde ? Je suis un nîto de qualité, un hikikomori travailleur, un solitaire qui se débrouille dans une ville inconnue, je veux de l'argent.
Pour ce qui est de vendre quelque chose, les pierres magiques se paient « quand on a », et comme la guilde s'est fait voler toute sa caisse hier, ils n'ont pas un sou.
Alors quoi d'autre… Dans le sac d'objets ? Ah~, il y en a une montagne.
Une boutique d'armes tout ce qu'il y a de plus banale.
Épées, lances, boucliers, tout est exposé normalement. Je ne peux pas m'en équiper. Et je n'ai pas l'argent pour acheter de toute façon.
« Hé, le vieux, est-ce que les gourdins de gobelins se vendent ? »
Je demande au patron chauve, de toute façon ils ne me servent à rien et j'en ai une tonne, même à bas prix je veux du cash.
« Ah, j'achète, mais c'est pas cher. Cinq cents eles pièce, minimum. »
C'est du vol, les gourdins neufs se vendent mille à deux mille eles, le rachat à cinq cents, il se fait cinquante pourcent de marge. Bon, faut bien payer le loyer et le salaire du chauve, mais cinquante pourcent… Ceci dit, dans un Book Off de mon ancien monde, ils n'en donneraient pas cent eles ? C'est peut-être une bonne boutique, en fin de compte.
« Combien à peu près vous pouvez en reprendre ? »
Si j'en place dix, ça fait cinq mille eles, de quoi vivre.
« Combien ? C'est une boutique d'armes, si tu veux vendre, j'en reprends autant que tu veux, c'est évident. J'ai pendu mon enseigne pour faire du commerce, moi ! »
Oh,さすが un commerce en dur, visiblement pas de refus de rachat. Le patron doit être un bon chauve, c'est sûr.
« *Dosadosadosaddasadosaddogoddosadosadoddasadogotongatandotanboté…* »
« …… »
« …… ? »
« …… Désolé, j'ai été insolent. Faites-moi grâce pour cinquante pièces. »
Apparemment, c'était pas un si bon chauve que ça. Enfin, fifty pieces sold, c'est déjà ça de pris, du cash, du *gennama*, plus besoin d'emprunter en me faisant engueuler par la déléguée.
« Pour un moment, je pourrai plus en racheter, une telle quantité c'est impossible n'importe où, même cinquante c'est trop, faudrait les répartir ailleurs sinon j'arrive pas à les écouler ? »
« Non, si chaque habitant en prend un pour s'équiper, ça devrait partir, non ? »
« Une ville où tout le monde se baladerait avec un gourdin, ça fait peur, les touristes fuiraient, les disputes de couple détruiraient la ville ! »
Ouais, moi non plus je veux pas d'une ville comme ça.
Bilan : cinquante-et-un gourdins de gobelins et un bâton en bois vendus, le gourdin du chef gobelin et le bâton du chef kobold ajoutés au lot.
En fait, on me les a quasi arrachés des mains, c'est super rare apparemment ? Moi je vois pas la différence ? Le gourdin du chef gobelin, il veut l'exposer en vitrine…
Pour les autres aussi, les gourdins de gobelins de haut niveau sont rares, dit-il, il a trié, hésité. Un mec qui met des plombes à faire ses courses, pff.
« Là, c'est tout le fric de la boutique, tout de suite c'est mort, mais ramène-m'en encore, avec un tel choix de gourdins, je suis le numéro un du pays ! Compte sur moi ! »
Il aime vachement les gourdins, le vieux… Forgeron, en plus.
La prochaine fois, la boutique sera devenue « Spécialiste du gourdin ». De la niche.
Ça deviendrait un spot célèbre pour tous les manieurs de gourdins de l'autre monde.
Sûr que la « petite fille magicienne d'assassinat par matraquage » viendrait y faire ses courses, et comme elle n'a pas assez de thune, elle geindrait : « Huuueeee, j'ai paaas aassez d'souuus~. »
Si la boutique tient le coup, les otakus se feraient choper direct. Ils viendront, c'est sûr. La fillette est en danger !
***
Je règle l'ardoise et le loyer du jour.
« Allez, prends-le, roturier de base. »
« Uuuuuu~, merci bien à vooous~. »
Héhé, me voilà ministre. Millionnaire. Prévu vingt-cinq mille eles, un million six cent trente-deux mille trois cents eles, jackpot.
Une nuit avec repas : quatre mille cinq cents eles, séjour prolongé : quatre mille deux cents, repas normaux entre cinq cents et mille cinq cents, bain : mille eles.
Je peux m'installer en client régulier, vie d'auberge. Client régulier de l'étrange type en blanc, par contre, bof.
« Haruka-kun ? Tu as fait comment pour avoir ce sac plein de fric ? Hier soir t'étais fauché, non ?
Pourquoi tu as supplié pour manger et dormir à crédit, et maintenant tu paies avec cette arrogance !? Pourquoi ton portefeuille fait des montagnes russes !? »
« Pourquoi ? Huit millions d'eles tombés à zéro ? Le lendemain matin un million six cent mille ? Donc bénéficiaire ? Entreprise saine ? Sobre et solide ? »
Confisqué. Crime de lèse-majesté, cruauté, tyrannie, maman… L'argent de poche : cinquante mille eles.
L'anneau aux phéromones, je peux pas l'acheter… Confisqué ou pas, de toute façon je peux pas, l'affection du sexe opposé s'achète pas, paraît-il.
Qu'est-ce qu'il me faut ? Armes : non. Médicaments : non. Condiments et ingrédients : indispensable ! Le reste… articles du quotidien ? Épicerie ? L'endroit, la guilde me l'a dit, et j'ai que cinquante mille eles.
« Ah~, Haruka-kun~, toi aussi t'as été confisqué~ ? C'est méchant~ alors qu'on allait faire du shopping~ ? »
C'est le retour des vice-déléguées, B-san balance encore aujourd'hui, c'est parce qu'elle balance trop qu'elle s'est fait confisquer ? Non, il en reste amplement, même trop. C'est indécent.
« Haruka-kun. C'est gentil de t'inquiéter pour notre argent à toutes, mais c'est le tien qu'il faut surveiller. Le plus inquiétant, c'est toi ! »
« Moi aussi j'ai été confisquée, une robe c'est inutile…… Les vêtements que j'ai pu acheter étaient des habits d'enfant… »
A-san est toujours A-san, n'a pas pu être confisquée, C-san aussi est toujours A-san. Incompréhensible, vice-déléguée A, AA, E non, F peut-être… *Keuf, keuf*.
Détection ennemie : deux ? Non, trois ! Je suis ciblé par un sniper freelance ? L'autre monde fait peur.
***
Une épicerie sans nom, enfin, l'enseigne est effacée, illisible, mais c'est là qu'il y a le plus de choix.
« Si vous avez des condiments et des ingrédients qui se conservent, je suis preneur ? Et des articles du quotidien ? »
Ouais, dommage, si elle avait dix ans de moins, et cinq, non, dix kilos de moins, j'y irais tous les jours, c'est le genre de feeling.
« Voyageur ? Condiments : sel, poivre, herbes, quatre sortes pour l'instant, et si tu veux mettre le prix, y'a du sucre qui vient d'arriver. »
Oui, la sauce c'est moderne, la sauce soja c'est oriental, herbes et aromates, pourquoi pas.
« En dehors de la viande séchée, vous avez des conserves ? »
« Pour du long terme : farine de blé, farine d'orge, patates douces séchées, kakis séchés, champignons séchés si t'as les moyens, ensuite patates qui tiennent ou pain sec, légumes y'en a plein. »
Y'a des patates ! J'en attendais pas vu qu'il n'y en a pas en forêt, les champignons sont chers, dit-elle, pas besoin, absolument pas !
Je fais le tour des articles du quotidien, les goodies du villageois A suffisent à peu près, un chapeau ?
« Chapeau noir — Défense +30 — Blocage de présence — Furtivité ↑ »
Hein ? C'est de l'équipement ? Épicerie = tout se vend ? Qualité correcte. L'armurerie n'avait pas ça.
« C'est quoi celui-là ? »
« Ah, celui-là, je l'ai récupéré sur un voleur qui est passé avant, c'est un invendu, mille eles, ça te va. »
Bien, je l'achète. Genre bonnet en tricot, mais avec de la défense. Et cette… cette grande sœur a l'air costaud.
Ensuite, produits de première nécessité : savon… y'en a. Un peu cher. Mais indispensable.
Serviettes, ou plutôt tissu, *tenugui* ? J'en reprends.
Brosse à dents, je l'avais apportée, mais le dentifrice est juste.
Pas de substitut au dentifrice. La brosse à dents ressemble à une brindille, je la ménagerai.
Vu comme ça, je croyais niveau Moyen Âge, mais le niveau culturel est haut ?
Cuillères en vente normalement, en bois. Vrai Moyen Âge, c'était couteau et mains.
Y'en a, mais le verre est cher, brun, trouble, déformé. Je garde les fioles de potions.
Et ici aussi c'est cher, mais y'a du papier, rugueux, épais, c'est du papier, le papyrus c'est fin, normalement.
Le fer, du « c'est ça du fer ? » aux « matériaux fantasy ? », l'écart est énorme.
J'aurais jamais cru que l'épicerie soit la preuve de la civilisation, le mid-century est loin.
« Au secours, déléguée, plus d'argent de poche~ ? »
« Pourquoi ce que je t'ai donné ce matin a disparu à midi ? Dix mille yens environ, comment tu fais pour tout claquer ? Et pourquoi je suis traitée comme un robot chat bleu sans oreilles ? »
Le regard noir de la déléguée. Maître regard noir, merci, merci.
Je croyais un ele = un yen, mais c'est deux yens ? Comprends pas.
En attendant, je tends discrètement ce que j'ai trouvé à l'épicerie.
« Voilà, des fruits séchés en souvenir, pour tout le monde ? »
Yosh, le regard noir est scotché aux fruits séchés.
C'était donc ça, hier elle m'a engueulé parce qu'il n'y avait pas de souvenir, l'attention, c'est important.
« Bon, faut pas trop gaspiller, hein, c'est que pour cette fois. »
Elle râle, mais la pression d'avant a disparu. Le cœur est aux fruits.
« Vraiment, plus jamais, hein ! »
En disant ça, elle me glisse cinq pièces d'argent, cinquante mille eles.
Elle est repartie en vitesse vers sa chambre, y'a une soirée filles qui se prépare.
Midi, faisons manger. Les filles ont fini depuis longtemps, elles sont en plein goûter. Pour la prochaine engueulade, j'en rachèterai.