Sortir du bain pour tomber sur le sourire très, très mauvais d'Haruka-kun.
Après ce sourire, c'est toujours la faillite pour toutes les filles.
Parce que ce mauvais sourire, c'est le sourire d'un très mauvais grand seigneur.
C'est le sourire très mauvais qu'il fait quand il est bien décidé à nous plumer.
Et pas une seule fois, depuis le début, personne n'a réussi à échapper à ce sourire.
On se fait prendre notre argent et on est rendues heureuses, malgré nous.
C'est décidé d'avance, de force, presque obligatoire.
Parce que sûrement, ce mauvais sourire, ce sourire qui a l'air si méchant, c'est justement la raison pour laquelle on vit encore dans cet autre monde.
C'était au moment où on est arrivées ici.
Je croyais que j'étais déjà morte.
Un autre monde pareil, c'était la fin, la mort, basta.
Du coup, je passais mon temps à avoir peur de mourir en attendant l'heure.
Je devais pas être la seule, parce que toutes avaient les mêmes yeux.
Épuisées, résignées, vivantes juste parce qu'elles avaient peur, toutes attendaient la fin.
Et la fin est venue dans une forêt sombre.
Entourées par une tonne de monstres, sans issue, on a compris que c'était foutu.
Même là, les déléguées et les autres ont mis leur corps en jeu pour nous protéger, alors on s'est battues à fond.
C'était peur, tristesse, douleur, souffrance, et pourtant on se battait en pleurant.
Mais au fond, on avait abandonné. Parce qu'on avait compris que c'était impossible.
Pourtant tout le monde se battait, essayait de nous protéger, alors on a continué à se battre.
Mais c'était quand même la fin. Tout le monde s'effondrait d'épuisement, les monstres étaient encore là par dizaines, et on a compris qu'on allait mourir.
Peur, tristesse, horreur, misère, et puis rage. Pourquoi fallait-il qu'on subisse ça ?
Parce que dans un monde pareil, y a rien de bon à vivre.
Des fringues en loques, à bouffer du poisson grillé sans goût tous les jours, à flipper devant les monstres.
Du coup, la moi heureuse était déjà morte dans l'ancien monde, et celui-ci, c'était pas la même chose.
Je me battais juste parce que je voulais pas voir les autres blessées ou mourir.
Au départ, je pensais pas une seconde qu'on pourrait gagner, survivre, ou même vouloir vivre.
Jusqu'à cette pluie rouge.
Jusqu'à ce que la tempête de lumière rouge se déchaîne.
C'était d'une beauté incroyable.
Et d'une cruauté incroyable.
La pluie de lumière rouge qui s'abattait, brûlait, faisait s'effondrer les monstres.
Peur, horreur, et pourtant c'était si beau que j'en ai pleuré.
Et les monstres ont été anéantis.
Autant il y en avait, pas un seul n'a survécu.
Et une silhouette toute noire a traversé le champ de cadavres.
Sur le coup, j'ai pensé « ah, c'est ma mort qui arrive » et j'ai été comme hypnotisée.
— « Y a des potions de PV, bois, ça soigne… goût champignon, par contre. »
Il a dit ça d'une voix brusquée, avec une tête embêtée.
C'était Haruka-kun.
Camarade de classe, mais qui parlait à personne, toujours tout seul.
Et le monde a complètement changé.
Le monde en noir et blanc, fade, où on attendait juste de mourir, a changé.
Comme si d'un coup il s'était mis en couleurs vives, on est renées.
Parce que tout le monde souriait. Moi aussi je souriais.
On mangeait de bons plats, on logeait dans des maisons stylées, on prenait des bains magnifiques, et on souriait.
Pourtant j'étais persuadée qu'il n'y aurait que du malheur, que le moment le plus heureux était fini.
C'était des chambres comme j'en avais jamais vu, des bains où je rentrerais jamais de ma vie, des plats délicieux comme j'en avais jamais mangés.
Le bonheur que je croyais avoir perdu dans l'ancien monde, il était là, dans ce monde, en version encore plus incroyable.
C'était comme un hôtel de luxe où j'aurais jamais pu mettre les pieds, un resort de luxe.
On nous a mis sous le nez des trucs bien au-dessus de ce qu'on avait abandonné. On a compris qu'on pouvait être heureuses, même dans ce monde.
Ce jour-là, pour la première fois depuis qu'on est venues ici, j'ai dormi comme une masse sans pleurer.
Après, y a eu plein de trucs, mais chaque jour, on riait ensemble, on était heureuses.
Y avait des fois où je pleurais en pensant à ma famille, mais plus jamais de désespoir.
Tous les jours, tous les jours, je riais, j'étais heureuse. Et j'ai fini par décider de vivre.
Jusqu'au jour où Haruka-kun a disparu.
Il a disparu. Tout seul, parce que nous, on était en danger.
Peut-être qu'il était en train de risquer sa vie pour nous, peut-être qu'il était mort, peut-être qu'il était plus en vie, et alors vivre servait plus à rien.
Retour au monde noir et blanc. Retour aux jours de pleurs par désespoir. J'ai attendu en tremblant, en me disant « peut-être que… », juste ça.
Mais il est revenu. Avec une tête à « y a pas de souci ».
J'ai été soulagée. Tant mieux.
Mais j'ai entendu Katsuzaki-kun et les autres parler.
« Comment il fait pour avoir cette tête avec un corps comme ça ? »
Ses bras, ils devaient être arrachés.
Son ventre, il devait être éventré.
Ses jambes, elles devaient être coupées.
La moitié de son visage, elle devait être brûlée.
Son corps entier, il devait être transpercé.
C'était juste de l'endurance, il devait avoir atrocement mal, atrocement souffrir.
Respirer devait lui faire mal tellement son corps était détruit.
Eux, Katsuzaki-kun et les autres, ils avaient subi la même chose pour nous protéger, alors ils comprenaient.
Un corps juste régénéré, qui a l'air normal en surface. Mais c'est que l'apparence.
J'aurais pas dû être soulagée.
Mais il nous a mises soulagées exprès, en souriant comme si de rien n'était.
Sûrement, tout seul, il supportait la douleur, la peine, la souffrance, et il souriait.
Avec ce corps, le lendemain aussi il se battait. Sans rien dire à personne. Tout seul.
Un corps en lambeaux, où même la magie ne récupérait plus, et pourtant il se battait. Encore. Il nous protégeait encore.
Après ça aussi, disparu dans le labyrinthe, ramené l'Impératrice du Labyrinthe, n'importe quoi.
Du coup, toutes, on sourit, on sourit en se débattant, parce qu'on veut devenir fortes.
Toutes, on a que des compétences de combat, on sait que se battre, alors…
Du coup, on essaye de protéger. Si ça marche pas, on devient plus fortes pour protéger. Même si ça marche pas, si on abandonne pas, sûrement que…
Mais ça a encore raté. Coup dur.
Pourtant il fait une tête super mauvaise en souriant. Ce sourire, c'est un sourire de félicitations. Un sourire méchant qui dit « bien joué ».
Du coup, aujourd'hui aussi, sûrement, toutes vont sourire et faire faillite. La pire récompense méchante du monde.
Sûrement ce soir, toutes vont être rendues heureuses de force. Ce sourire méchant, il a forcément préparé un coup.
Du coup, même si je suis déprimée, demain je pourrai m'accrocher. Parce que je peux pas abandonner. Pas possible.
Je vais protéger. Absolument, absolument. Parce qu'un sourire méchant comme ça, personne d'autre ne me le fait.
La guerre, c'est super flippant. Les humains qui s'entretuent, c'est terrifiant. Mais on m'a fait comprendre que ne pas pouvoir protéger, c'est encore plus terrifiant.
— « Bienvenue~ , la fille au bouclier ? Aujourd'hui y a de la bonne came qui est rentrée~ ? Ouais, bon, c'est moi qui l'ai mise ? Genre. Enfin c'est de la bonne came, sûrement ? Probablement ? Ouais, c'est une affaire en or, quoi~ , une affaire en or tellement incroyable que c'est moi qui me fais un max de blé sur l'affaire en or, donc c'est moi qui suis avantagée. Ouais, je me gave grave~ , c'est à ce point une affaire en or ? Genre ? »
Un sourire vraiment trop méchant.
Mais j'ai décidé de protéger, alors je protège. Même si c'est de l'égoïsme, je protège pour moi. Pour ne plus jamais perdre.
Pour ça, je suis devenue la fille au bouclier. Alors cette fois, c'est moi qui protège tout le monde.
J'ai décidé. « Tu deviens présidente du comité du bouclier, non ? » Il m'a dit ça. Alors cette fois, personne ne sera blessé. Plus jamais juste attendre, je veux protéger pour de vrai.
Du coup, je suis devenue la fille au bouclier. Du coup, absolument, c'est moi qui protège tout le monde.
Aujourd'hui aussi, même si je rate, demain je me bats. Jusqu'à ce que je puisse protéger, je me bats sans arrêt. Parce que je suis la fille au bouclier, alors je protège.
Mais aujourd'hui aussi, on va faire faillite, on dirait. De ce sourire méchant, là, je peux pas protéger. Parce que c'est un sourire qui nous protège depuis tout ce temps, alors j'ai encore perdu d'avance. Encore une fois, je vais sourire, être heureuse, et faire faillite.