Dès l'aube, j'ai achevé la finition extérieure du bâtiment de la quincaillerie en chantier, puis je suis entré pour préparer l'aménagement intérieur et exposer les marchandises. Une grande sœur aux cernes prononcées titubait péniblement en travaillant.
« Ça va ? Genre, bonjour ? Comme si le matin venait de se lever ? Genre, ours ? »
« Qui tu appelles ours ! Bonjour. À cause de quelqu'un, j'ai bossé toute la nuit. Même sans dormir, je n'arrive pas à finir de ranger les produits. Je ne vois même pas quand ce sera terminé, l'heure d'ouverture approche et c'est toujours pas prêt ! »
« Ouais. Y'a encore des étagères à fabriquer et aucune table, donc c'est impossible. On commence à les construire maintenant, alors les poser avant ne sert à rien, on finira par devoir tout décaler. »
Ah, elle déprime. Elle plonge vraiment profond, mais attention, il n'y a qu'un sous-sol d'aménagé ici. Si tu déprimes trop bas, des Seigneurs Donjon risquent d'apparaître. Sérieusement. Moi j'y suis passé, et je suis juste à côté de toi.
Voyant ça, j'ai commencé à fabriquer des présentoirs muraux à vue de nez, tandis que la Présidente du Comité des Armures rangeait et disposait les marchandises à une vitesse folle. Bien sûr qu'elle vient de là, une Seigneuronne Donjon, ses mains formaient des images résiduelles et on en voyait dix à la fois. Quelle vitesse de mise en rayon effroyable ! C-c'est ça la force du maître du dernier étage ?! Tandis que je plaisantais avec des *ata-ta*, la vendeuse s'est enfin remise de sa torpeur, ayant réussi à se traîner jusqu'à nous.
L'espace étant globalement débarrassé, il aurait été préférable de discuter de la disposition intérieure avec la gérante avant de continuer.
« Pour les murs, genre… j'ai pas trop envie de pousser le truc trop luxueux, sinon ça donnera un air intimidant pour une simple quincaillerie, non ? Mais comme j'aime la lumière, je peux ajouter des trous de fenêtre. La lumière du soleil abîme pas mal les objets et cause des décolorations, donc peindre l'intérieur en blanc est plus safe. Juste histoire. Au fait, mettre plein d'étagères permet de ranger plus de trucs, mais c'est l'espace vide qui donne ce style mode, non ? En y réfléchissant pour stimuler l'achat, l'ambiance prime. Ah, les petits accessoires pas chers, si tu les poses près du comptoir, les gens achètent par impulsion, c'est mieux que de les mettre au fond. Ouais, gardons plutôt le mur de là-haut bien dégagé pour les vêtements et les accessoires, et de ce côté-là, on serrera les étagères pour montrer la variété. Il faut aussi approvisionner plus de vaisselle ? Des ustensiles de cuisine ? L'alimentation et l'habillement sont des bases solides, la demande de renouvellement est forte. Ah, les articles en verre aussi, c'est super important. Même chers, le simple fait de faire envie garantit que les autres paraîtront abordables. Ouais, il faut une gamme de prix étendue. Bref, après… »
« Taisez-vousaaaaaaaaaaaah ! J'en ai marre !! J'ai sommeil ! J'ai bossé toute la nuit ! Et je n'arrive toujours pas à tout ranger ! Ce local est énorme ! Pourquoi c'est si somptueux ? Une grande enseigne commerciale ? On n'a jamais vu un magasin pareil dans la capitale royale ! Qu'est-ce que c'est que cet immeuble ? Déjà depuis hier, tous les habitants de la ville viennent voir ! C'est juste une quincaillerie ! À quoi ils s'attendent dans une quincaillerie ? Toi particulièrement, tu veux foutre quoi ? Tu sais seulement ce qu'est une quincaillerie ? Comment des tables et des étagères sortent-elles de nul part pendant que tu parles ? Pourquoi les dimensions sont-elles calculées au millimètre près ? Pourquoi, alors que c'est mon magasin, personne ne m'écoute et turanges les marchandises d'une manière si efficace ? Attends, tu fais aussi le deuxième étage ? Tu vas le faire ? Des gros meubles ? Un lit ? Un canapé ? Tu comptes en mettre dans une quincaillerie ? DANS UNE QUINCAILLERIE ? ET TU LES FABRIQUES EN PLUS !?!? Qu'est-ce que c'est que cette table que je n'ai jamais vue ? Des chaises ? Tu peux vendre tout ça à si bas prix ? Hein, tu les as faits toi-même, donc c'est gratuit ? Tu étais menuisier ? Mais tu construisais des bâtiments avant ! T'étais enfermé dans un donjon ! Pas de classe ça veut dire quoi ! Au contraire, tu touches à tous les métiers possible ! Tu cuisinais aussi, tu fabriquais des potions. Pourquoi tu atteins déjà un tel niveau en auto-suffisance !! »
Mmh, bruyant. La vendeuse de la quincaillerie est en rogne. Vraiment en rogne. Manque de sommeil, son coude de bras a dû faire une chute verticale. Pour une "grande sœur", elle commence à prendre de l'âge... Non, bafouillons. Allez, on continue.
Bref, avant l'heure d'ouverture, j'avais transformé l'intérieur en un chantier intensif, rangé et exposé tous les produits au compte-gouttes, et dans les vides laissés par le manque de stock, j'avais mis mes propres meubles, mes potions maison, mes ustensiles créés de toutes pièces et des objets déco style milieu de siècle. Évidemment, j'y avais mis ma touche personnelle. Ouais, ça ressemble à une boutique branchée. Très bien, on rentre.
« Bon, bonne journée de travail ! Courage pour le service, il y a déjà une file d'enfer dehors. Une quincaillerie mythique ? Genre ça. Alors Ciao. »
La vendeuse me fit signe de loin avec un regard perdu. Elle avait probablement capitulé et réalisé à quel point ça tournerait dès l'ouverture, après avoir vu cette interminable queue.
Allons-y, direction le donjon.
Sauf qu'aujourd'hui je suis remplaçant, renfort, soutien. Pendant qu'ils partagent les étapes, il reste un secteur uniquement avancé dans le donjon en cours de conquête. Moi, je n'y suis resté pratiquement qu'une journée, ils devraient se bouger sérieusement. J'en suis à deux donjons visités pour ma part, et les deux fois je suis mort au premier jour. Pourquoi ils n'avancent toujours pas ? Le secret, c'est de tuer le Roi du Donjon en premier. Probablement.
« Eh ben, voici votre remplaçant ! Essayez de vous entendre bien, hein ? Genre. Sauf qu'ils n'ont toujours pas achevé le nettoyage ? Genre. »
« « « Un donjon classique ne tue pas en une seule journée ! Objectivement, ils ne sont pas si en retard ! » » »
La présidente et les vice-présidents chantaient à l'unisson. Une seule resta isolée ? Ah, celle-là c'est la porteuse de bouclier qui se fait constamment projeter.
« Les membres du comité chantent ensemble et la fille bouclier reste exclue ? On l'intimide ? Parce qu'elle fait pas partie du comité ? Elle pourrait viser le poste de Vice-Présidente Bouclier si ça lui chante. »
« « « On l'intimide pas ! Et elle s'appelait Miwa la Fille Bouclier ! Depuis quand t'as inventé ce nom ! Et qu'est-ce que tu entends par 'membres du comité' ! » » »
« Elle s'appelait Miwa la Fille Bouclier ?!? Il faut absolument que je vise le poste de Vice-Présidente Bouclier ? »
Apparemment, elle visait le poste de Vice-Présidente Bouclier, ce qui devrait faciliter les bonnes relations avec la Présidente Armure. Mais l'armure de cette dernière ne servait strictement à rien. Ils n'y touchaient même pas. Elle attaquait à l'offensive pure, donc l'armure était inutile. S'ils continuaient ainsi, elle risquait d'être battue lors des prochaines élections pour Présidente Armure. Du coup, se lier d'amitié semblait compromis.
« « « C'est dangereux d'écouter Haruka sérieusement, c'est pire qu'une tentative de séduction démoniaque, c'est une perversité inférieure à celle des démons, au point qu'il les ait massacrés sans pitié ! » » »
« Quel traitement odieux ! On l'intimide ? Normalement, on ne récompense pas ceux qui détruisent des démons, c'est un exploit non ? Se faire traiter de pire qu'un démon après en avoir exterminé une horde, ça va me faire pleurer, moi. »
« Ce sont les démons qui pleurent. Ta façon de les éliminer laisse ressentir une cruauté supérieure à la leur, à ton cas. Ça rend les démons pitoyables aux yeux des autres. »
Y avait-il un souci quelque part ? Les épées des Démon-Blades, quand elles passaient en vente flash, je les ai toutes arpentées en achetant, non ? Je les ai toujours, non ? Je les ai capturées au filet et empalées, quelle pêche miraculeuse ! Puisque j'ai flambé mes pièces dessus, on est complices de crime, camarades de pêche, non ? Je suis pas le fautif.
« C'est déjà le troisième jour ! Rester à l'étage 9 ce n'est pas trop tard ? Avec un groupe de niveau 90, disons ? Et on met de côté le fait qu'eux-mêmes ont trimballé leurs fesses, haut le feu ! C'est l'hype ! Vous avez dansé ? Dans un donjon ? En pleine hype ! Dangereux, sérieux. »
« « « On a pas dansé, et on a pas trimbalé nos fesses ! C'est relou, ce donjon. Pourquoi on ferait de la hype et on danserait dans un donjon ? Si tu danses en faisant de la hype dans un donjon, ce n'est pas dangereux, tu es juste dangereux, cette personne ! » » »
« Ce donjon crache surtout des golems durs comme roc. Ils nous projettent violemment. Pshiiit. »
La Fille Bouclier semblait avoir reçu le même sort ici, dans la forêt elle se faisait souvent envoyer paître par les orques. Malgré sa profession de garde, son physique s'était affiné, elle mesurait plutôt bien mais ne ressemblait pas à une force brute. Pourquoi avait-elle joué tank ? Mais cette fille m'avait offert les compétences « Bouclier Contre-Réponse : inflige magie/choc en retour au-delà d'un seuil de dégât. +20 % DeF » et « Plaque Blindée : Renforcement DeF (Grand) Résistance Magie (Moyen) Auto-Guérison » en tant que cliente VIP. Une excellente Fille Bouclier. Une enchère finale salée.
« Tiens ? Les golems ? Ils explosent quand on les fait tomber, non ? Je crois. En général, quand ils tombent, ils se brisent et crevent. J'imagine. »
« Nul autre qu'Haruka dans le monde entier ne perce de trou dans un donjon ! Les normaux n'ouvrent pas et n'ouvriront jamais ! Et ici le donjon vit encore, donc impossible de percer de trou ! »
Ouais, apparemment c'est impossible quand le donjon est vivant. Avant, je tuais d'abord le Seigneur, donc c'était facile. Mais selon ce qu'ils disent, sans tuer le Roi du Donjon, il ne peut être détruit. Le Grand Donjon avait pu être rénové, mais percer un trou semble avoir été impossible. Aurait-on dû l'ouvrir ? Le Seigneur Donjon se serait-il énervé ? Enfin, il me reproche chaque matin, alors bon.
Je suis filé vers le dixième étage et j'y ai trouvé un vrai golem. « Golem de Pierre Niv. 10 ». Nous l'avons massacré à plusieurs. Mais il n'a pas voulu se briser. Oh, la Grande Sage en arrière-garde, la Vice-Présidente B a frappé ! Elle a frappé ! Elle a frappé ! Elle a frappé ! Elle a continué ! Grande Sage mais franchement peu intelligente, où était passé la magie ? Et à chaque impact, elle a tremblé ! Elle a tremblé ! Elle a tremblé ! Elle a continué de trembler ! Grande Sage mais visuellement imposante… Attendez, je n'ai rien observé ! Je n'ai rien lancé ! L'ennemi c'est le golem ! Je suis du camp adverse ! Ces alliés qui protègent les alliés deviendraient-ils des ennemis ? Ils m'avaient fusillé du regard ! C'est juste un remplacement pourtant ?
La canne de la Vice-Présidente B était un bâton long surmonté d'un énorme bloc métallique. Une forme rare, je n'en avais jamais vu pareille. Un maillet de cette forme, oui, mais une canne ? Pourtant, elle avait affirmé avec fierté que c'était une canne. Trop enthousiaste, immense… « Toussotant, toussotant », on dirait finalement une canne. Elle avait cogué mais c'était bien une canne. J'utilisais aussi un bâton, donc ça devrait le faire. Par précaution, j'avais pressé le pas immédiatement, car le golem n'avait clairement rien de menaçant. C'était la pression psychologique derrière qui glaçait le sang, sérieux.