Nous nous rendîmes dans un restaurant spécialisé en cuisine walstein appelé Stein, à Mira. Bien qu'il fût encore tôt le matin, l'établissement était bondé, tout le monde discutait de quelque chose qui s'était passé à Greyberg.
Apparemment, le sort final qui avait créé une sphère noire massive, effaçant le château, avait été visible depuis Mira. Je suppose que faire ça était tout de même assez culotté de ma part.
La grande table ronde était chargée de divers steaks, salades et même d'alcool, on aurait eu du mal à qualifier ça de petit-déjeuner. Mais Sieg et les autres se mirent à manger dès l'arrivée des plats.
« J'y réfléchis, vous auriez pu gérer l'attaque par vous-mêmes, non ? »
« Le résultat final aurait été le même, certes, mais Aries était redoutable. Il y a peu de chances que ça se soit passé de la même manière. »
Les robes que portaient les trois avaient un effet inhibiteur, de sorte que même en prononçant le nom d'Aries, personne ne les remarquait. Bien sûr, ma robe avait le même effet.
Comme j'avais emprunté la robe à Toa, je m'étais assuré de nettoyer le sang dessus avec ma compétence 《Nettoyage》.
« Aries était spécialisée dans l'assassinat, non ? »
« Eh bien, ce n'est pas un assassinat ordinaire, elle était assez compétente pour être considérée de rang S. »
Ça ne m'étonne pas.
« Il y avait en fait une autre raison à ma demande d'aide. Je craignais qu'un des héros invoqués ne se montre. Si c'avait été le cas, nous aurions définitivement eu besoin de ton aide. »
« Un héros, hein…. Du coup, vous allez faire quoi maintenant ? »
« On part pour le royaume des démons. »
« Royaume des démons ? »
« Ouais, au-delà de la grande forêt, là où se trouve le Roi Démon. Je n'ai pas encore tous les détails, mais mon père l'a demandé. »
Le royaume des démons, je me demande si les parents de Toa s'y trouvent ? Par précaution, je confirmai la direction du royaume des démons.
« Et toi Nito, tu fais quoi ? »
« Moi ? Je rentre à Razhausen, je me suis fait des amis là-bas. Au fait, je viens juste de m'en souvenir, mais sur l'escalier tu as dit quelque chose à propos de la magie de l'abîme ? »
« C'est juste un conte, ne t'en fais pas. »
Sieg dit que ce n'était pas important.
« Je croyais que c'était juste le contenu de l'esprit de quelqu'un. »
« Et maintenant ? »
« Ben, la baguette parlante existe. »
En disant ça, Sieg regarda vers la baguette debout près de moi. Oui, c'est une baguette, oui elle peut se tenir debout et parler toute seule.
« Donc Bell apparaît dans ce conte ? »
« C'est l'histoire d'un aventurier sans nom avec une baguette parlante. »
« Pourquoi il n'a pas de nom ? »
« J'en sais rien, je l'ai lu quand j'étais gamin. »
Eliza avait l'air triste, je me demande si c'est parce qu'elle pense au passé. Alford prit la parole après ça.
« C'est un truc que les parents lisent à leurs gosses, ils disent que si tu traites pas tes amis correctement, personne ne se souviendra de toi. C'est un truc que ma mère m'a appris. »
« Et la magie de l'abîme ? »
« À la fin, il est dit un truc genre "l'aventurier traître était tellement obsédé par la magie de l'abîme qu'il finit par y tomber." Je m'en souviens pas en détail, mais c'était probablement proche de ça. »
« Un traître, hein. »
« Bah, c'est un conte, faut pas trop y réfléchir. En plus, la magie de l'abîme ne désigne pas nécessairement un type de magie ou un sort spécifique. C'est plus utilisé pour les gens qui abusent de la genre. Genre ils sont tombés dans l'abîme. »
« Donc Aries et Johannes, ils étaient tombés dans l'abîme, pour ainsi dire. »
Les yeux d'Alford semblaient tristes à ça, après tout, même si ce n'avait été qu'un instant, ils étaient de la famille.
« Je vous écoute et vous dites n'importe quoi arbitrairement. Il y a toujours eu un abîme. »
Bell, de son côté, avait l'air profondément offusqué par les trois.
« Qu'est-ce que tu veux dire, il y a toujours eu un abîme ? Qu'est-ce que ça veut dire ? »
Demanda Sieg, l'air confus.
« Ça veut dire ce que ça veut dire, toute la magie de maître est l'abîme. L'abîme désigne une seule existence dans ce monde, alors arrêtez d'en parler comme si c'était un conte. »
« Bell, explique. »
« C'est pas évident ? Je suis l'autre moitié de maître. »
« L'autre moitié ? Et puis c'est quoi ce "maître", tu peux pas arrêter de m'appeler comme ça ? »
« J'écoute juste mon cœur. Je veux t'appeler maître, donc je t'appelle maître. Y a pas d'autre signification. »
Les trois autres ne semblaient pas comprendre et firent semblant d'ignorer Bell, se concentrant sur leurs steaks.
*
« Donc, tu viens vraiment pas avec nous ? »
« Non, je rentre à Razhausen. »
Quand nous arrivâmes devant la porte principale, il était près de midi et Mira était devenue bruyante. On pouvait voir des gardes de Greyberg s'agiter aux alentours.
« Désolé de t'avoir appelé si soudainement, mais j'apprécie ton aide. Merci. »
« C'est bon, j'ai gagné de l'expérience. De toute façon, je ferai peut-être appel à vous la prochaine fois. »
Les trois rièrent.
« Bon, je vais te lancer la magie de téléportation maintenant, mais je ne peux te renvoyer qu'à l'endroit où tu étais avant le sort initial. Ça te va ? »
« Ouais, c'est bon. »
En me retournant, je pouvais voir Greyberg entourée de sa barrière, l'endroit où se trouvait Saeki. Non, pas seulement lui, l'endroit où se trouvaient tous ceux qui m'avaient abandonné. Pour une raison inconnue, je me sentais inquiet et perdu.
« Bell. »
Pourquoi avais-je parlé à Bell ?
« Je ne sais rien que maître ne sache déjà. Mais pas maintenant, tu le ressens comme ça aussi, non ? »
Bell répondit avec les sentiments qui étaient dans mon cœur.
« Probablement mais…. Je sais pas. »
La magie de téléportation s'activa et je fus envoyé loin de Greyberg.