« Hé, maître. Présente-toi, tu me déprimes. »
Qu'est-ce que cette chose désagréable ?
« Tu es… pas possible que tu sois une mimique ? »
« J'ai une tête de mimique, moi ! Non ! Pas du tout, non ! Ne me range pas dans le même panier que ces formes de vie inférieures ! »
Donc pas une mimique. Enfin, même si c'en était une, ça n'expliquerait pas pourquoi elle peut parler.
« Alors qu'est-ce que tu es ?! »
C'était bizarre de parler à une baguette, mais je demandai quand même.
« Je m'appelle Belphégor ! Tu peux m'appeler Bell. »
« Et le truc "maître" ? C'est quoi ce délire ? »
« Tu n'es pas mon maître ? Je veux dire, c'est toi qui me tiens, donc… »
Je ne pige pas cette chose, ce n'est pas parce que je tiens quelque chose que j'en deviens le maître. Il a l'air que je n'ai d'autre choix que de demander à quelqu'un qui a l'air de s'y connaître.
« Hé, c'est quoi ce truc ? »
Je demandai, mais les trois autres semblaient sous le choc. Bien qu'Eliza parût un peu curieuse et se rapprocha de la baguette.
« Hé, belle dame, tu peux être ma maîtresse si tu me donnes un petit bisou. » Bell fit une moue de bisou en disant ça.
Le visage d'Eliza se crispa comme si elle regardait quelque chose de sale et s'éloigna vivement.
« Tch, c'est quoi ce regard glacial ? C'était juste une blague, qu'est-ce qui leur prend aux femmes de nos jours, elles n'ont plus d'humour ? Comme le monde a changé. »
« C'est quoi, un monstre ? »
Même Sieg, d'ordinaire si calme, parut apeuré en posant la question.
« Je t'ai dit non ! Je suis l'autre moitié de maître ! Appelle-moi Sieg. »
« Sieg, tu sais ce que c'est que ce truc ? »
« Je sais pas, j'ai jamais vu une baguette qui parle. »
« Ceci dit, quand j'étais gamin, j'ai lu un bouquin qui avait une baguette comme ça. »
Alford se mit à marmonner tout seul.
« C'était pas le conte de l'aventurier anonyme ? Je l'ai lu aussi. »
J'arrêtai d'écouter dès qu'ils se mirent à discuter d'un conte de fées.
« Bon, peu importe, je verrai plus tard. En tout cas regarde, ils nous attendent. »
Je pouvais voir Aries nous dévisager depuis le couloir. Elle confirma les visages des trois autres, mais ses yeux se plissèrent en me regardant. Elle souriait pourtant, comme si elle m'avait percé à jour. Mon intuition me le disait, on aurait dit qu'elle voulait demander « qui es-tu ? ».
« T'as l'air d'avoir quelque chose à dire. »
Je pris son expression comme la preuve que la capacité de perturbation cognitive de la capuche fonctionnait. Ça faisait un moment, mais aujourd'hui je vais la tuer. Pas juste la tuer, non, je vais prendre mon temps pour la tuer. Le roi était assis en tailleur derrière elle.
« Bell, tu sais faire quoi, en fait ? Tu m'appelles maître, mais… tu me prêteras ton pouvoir ? »
« C'est pas bien de répondre à une question par une autre question, mais… qu'est-ce que tu veux faire ? »
À cause de la magie tout à l'heure, l'entrée s'était transformée en un tas de gravats.
« Tu peux déblayer ça ? Y a du feu et tout, c'est un peu difficile d'entrer pour l'instant. »
« Ça te va si j'efface tout ? »
« Ouais. »
« Compris, alors maître, tends la baguette. »
Quel type poli, je tendis la baguette comme demandé.
« 《Black Hole》 !! »
Au chant de Bell, une grande sphère noire apparut près de la porte et aspira tous les gravats et le feu éparpillés alentour en elle-même.
« Hein ? Y a une personne qui s'est fait aspirer ? »
Un total de dix-sept annonces retentirent dans ma tête, signalant des morts et le butin qui allait avec.
« Oh, y a eu des morts, apparemment, mais c'est influencé par la volonté de maître, donc… pas ma faute… »
« Ma volonté ? Qu'est-ce que tu veux dire ? »
« Plus important, maître, t'as une quantité de mana ridicule. »
Pendant que Bell parlait, la sphère finit d'aspirer les gravats et commença à s'effondrer sur elle-même en disparaissant.
« C'était comment, maître ? J'ai bien fait, hein ? »
« Ouais, c'était terrifiant. J'ai pas les mots. »
Dans le couloir désormais dégagé, une dizaine de silhouettes encapuchonnées se tenaient devant Aries et le roi. Le petit nombre de gardes restants avaient l'air déterminés à garder les portes.
« Je recommence ? »
« Non, c'est bon. »
« Tch, t'es chiant~. Bon, mais sérieux, c'est quoi cette puissance magique !? Maître est ridicule. »
Bell est assez bavard… Il apparaît aussi que ma quantité de mana est « ridicule ».
« Nito, une fois que c'est fini, rejoins-nous comme membre officiel. »
Lâchant une réplique comme un death flag, Alford suivit Sieg dans le couloir.
« Euh… faisons de notre mieux. »
Eliza dit ça par politesse, avec une sorte de faux enthousiasme. J'avais rien à lui répondre, alors je restai silencieux, d'ailleurs avec ce qui arrive, y a pas de quoi être enthousiaste.
La lumière de la lune traversait le plafond effondré, illuminant les cheveux dorés d'Eliza alors qu'elle avançait. Mais dans cette situation, y a-t-il un homme qui serait fasciné par ça ? Le silence actuel ressemblait au calme avant la tempête.
« Y a pas de sens à se présenter. »
Sieg dit en s'approvant de l'avant-garde.
« Johannes Greyberg, Aries Greyberg, et tous ceux qui sont ici sont condamnés à mort pour le crime d'avoir effectué une invocation de héros. »
L'expression d'Aries se renfrogna pendant que Sieg parlait.
« C'est quel genre de blague ? Condamnés à mort ? On sait même pas c'est quoi une invocation de héros. »
Ce visage, l'expression quand on m'a rejeté. Dégoût, humiliation, abus, insultes, elle trouve de la joie à faire payer sa frustration aux autres. Mais j'aurais des ennuis si ce n'était pas le cas.