J'ai passé la journée entière alitée, à récupérer ma magie épuisée. Il y a deux ans, lors de la même poussée de pouvoir, je suis restée inconsciente six mois. Heureusement, je n'ai pas eu besoin d'autant de temps pour me remettre et je me suis réveillée au bout de quelques jours.
La journée a filé vite et Regaleon n'a jamais quitté mon chevet. Nous avons parlé de tout, il fallait rattraper les deux ans de séparation. J'étais étendue sur le lit pendant qu'il était assis à côté de moi. Nos mains sont restées enlacées toute la journée, aucun de nous deux ne voulant les lâcher.
« Y a-t-il des nouvelles de Jennovia ? » lui demandai-je. « Qu'est-il advenu de Jack et des hommes du duc Matias qui ont aidé à voler le pendentif de la reine Patricia ? »
Je m'inquiétais pour ceux restés à Jennovia. J'étais sûre que Jack n'était pas venu avec les hommes de Regaleon car sinon, il serait aussi venu me voir dès mon réveil.
« Avant de partir, Dimitri a vu Jack blessé. » dit Regaleon. « Jack a réussi à donner le pendentif qu'il avait volé à la reine à Dimitri, mais il a décidé de rester à Jennovia. »
« Il a décidé de rester ? » demandai-je, confuse et inquiète. « Mais c'est dangereux de demeurer dans la base ennemie. »
Je m'agitai d'inquiétude et Regaleon tenta de me réconforter en me caressant la tête.
« Ne t'inquiète pas, Lili. Avant de partir, Dimitri a vu les hommes du duc arriver pour aider Jack, alors il l'a laissé en sachant qu'il irait bien. » dit Regaleon d'une voix apaisante et je poussai un soupir de soulagement.
« C'est une bonne nouvelle alors. » dis-je soulagée. « Je me demande comment vont Satiana et Jack. As-tu des nouvelles ? » demandai-je à Regaleon.
« Le duc Matias a maintenu le contact avec nous et nous envoie des informations sur ce qui se passe à Jennovia. » répondit Regaleon. « Quand Dimitri est parti, les hommes du duc ont aidé Jack mais les gardes de la reine avec le grand prêtre sont revenus sur les lieux et ont engagé le combat. Ils ont réussi à s'échapper du palais avec un minimum de pertes. »
« Quoi ?! » Je fus choquée. « Cela veut dire que le duc Matias... »
Regaleon acquiesça. « Le duc Matias est désormais considéré comme un traître par la faction de la reine. »
« Oh non. » Je m'inquiétai à nouveau.
Je me souvenais de la gentillesse du duc Matias et de sa fille envers moi. Et je ne pouvais m'empêcher de m'inquiéter pour Satiana. Regaleon me vit m'inquiéter de nouveau et serra légèrement ma main.
« Le duc Matias s'y était préparé. » dit Regaleon. « Il a répandu l'information selon laquelle Gladiolus n'est pas le fils du feu roi de Jennovia. Les rumeurs se sont propagées comme une traînée de poudre et une grande faction de nobles au pouvoir a exigé que Gladiolus soit dépossédé de son titre de prince héritier et que la reine Patricia abdique. Ils ont demandé que la princesse Satiana, qui est clairement la fille du feu roi, monte sur le trône. »
« Oh mon Dieu, c'est ce qui se passe à Jennovia en ce moment. » dis-je. « Je me demande comment Sati va ? »
Satiana n'a que quatorze ans. Les nobles la poussent à devenir reine à un si jeune âge. Cette charge est un fardeau immense sur ses frêles épaules.
« Je sais que tu tiens à ta cousine. » dit Regaleon d'une voix douce en me prenant les joues dans ses mains. « Tu as été avec elle et l'as bien guidée. Elle est maintenant sous la protection du duc Matias et, à ce que je vois, elle sera une reine digne de ce nom. »
« Hum, je comprends. » acquiesçai-je en souriant à Regaleon. Il sait vraiment comment me réconforter et m'encourager par ses mots. « Et je suis sûre que Jack est resté pour protéger Sati. »
« À cause de la rumeur sur la lignée du prince héritier, le peuple de Jennovia était aussi en émoi. » dit Regaleon. « De ce fait, une guerre civile a éclaté à l'intérieur du royaume de Jennovia. »
« Une guerre civile. » répétai-je les mots de Regaleon.
C'était mon but depuis le temps où j'étais à Jennovia. J'avais vu comment la tante Patricia n'utilisait le royaume de Jennovia et son peuple que pour son propre agenda. Elle avait laissé le pays geler ces vingt dernières années et abandonné le peuple à souffrir pour assouvir sa vengeance personnelle.
J'étais heureuse d'apprendre que le peu que j'avais fait avait porté ses fruits. Mon plan visait d'abord à servir Regaleon, mais il a changé quand j'ai vu comme le peuple de Jennovia souffrait de la vengeance de ma tante. Je voulais de tout cœur aider Jennovia à se libérer d'une reine qui n'avait ni compassion ni sympathie pour eux, et qui ne les voyait que comme des outils pour sa vengeance.
« Pourquoi souris-tu ? » me demanda Regaleon en me regardant.
« Je souris ? » Je ne m'en rendais pas compte. « Eh bien, je suppose que c'est parce que mon plan initial était de semer le trouble intérieur pour distraire la reine et te donner l'avantage dans cette guerre. Mais en le mettant à exécution, j'ai réalisé que je voulais vraiment aider le peuple de Jennovia à connaître la vraie nature de leur reine et à se libérer de son emprise. »
« Donc, tu l'as fait pour moi ? » Regaleon m'adressa un sourire radieux.
« Oui. » répondis-je. « Mais je l'ai aussi fait pour le peuple de Jennovia. »
Regaleon baissa la tête vers la mienne et déposa un baiser sur mes lèvres.
« Je sais que tu es une femme intelligente et sage. » dit Regaleon en me regardant avec des yeux tendres. « Gentille et humble en plus. C'est pour ça que je tombe plus amoureux de toi chaque jour. Je t'aime, Alicia. »
« Je t'aime aussi, Regaleon. » lui souriais-je. J'étais comblée de bonheur.
Je me sentais bien ici, à ses côtés. Tout semblait à sa place. Je suis de retour dans ses bras, là où j'appartiens vraiment. Ceux que j'aime et que j'ai laissés à Jennovia se battent aussi pour leur liberté, je me sentais apaisée et souriais en sachant que Jack et Satiana sont ensemble. Ils peuvent compter l'un sur l'autre. Je suis sûre que Jack soutiendra et protégera Satiana de sa vie. Je gloussai à l'idée que peut-être leurs sentiments grandiraient à travers tout cela.
« Et pourquoi ma princesse glousse-t-elle ? » me demanda Regaleon avec un sourire taquin.
« Je me demande juste si j'ai été une bonne entremetteuse pour Jack et ma cousine Sati. » gloussai-je.
« Eh bien, c'est leur problème. Tu as fait ce que tu pouvais pour eux. » dit Regaleon. « N'est-il pas temps que tu portes ton attention sur ton futur mari ? » dit-il en me taquinant.
« Q-Qu'est-ce que tu veux dire ? » le regardai-je avec timidité.
Notre conversation tourna court en un instant.
« Je veux dire ceci... » Regaleon me prit le menton et ramena mes lèvres vers les siennes.
Ses lèvres étaient douces au contact, sa langue commença à explorer l'intérieur de ma bouche.
« Hmmm... » gémis-je sous la sensation et mon corps brûlait sous son toucher.
Nous reprenions tous deux notre souffle quand nos lèvres se séparèrent. Le visage de Regaleon était rouge et ses yeux me regardaient avec désir.
« Il est tard. Tu as besoin de bien te reposer. » dit Regaleon et m'embrassa le front. « Demain, je t'emmènerai faire le tour du village. »
J'acquiesçai à ses mots. J'aimerais sortir avec Regaleon comme le ferait un couple normal. Regaleon se leva et s'apprêtait à sortir quand je saisis sa main, l'empêchant d'aller plus loin.
« Qu'est-ce qui se passe, mon amour ? » me demanda Regaleon doucement.
J'étais en plein tumulte intérieur. Je savais que lui demander de rester ici n'était pas bien, mais je sentais une douleur au cœur à l'idée de me séparer de lui. Regaleon s'assit sur le bord du lit et caressa ma joue.
« Qu'est-ce qui se passe, Lili ? Dis-le-moi. » me demanda Regaleon une fois de plus.
« S'il te plaît, ne pars pas. » dis-je d'une voix faible.
Regaleon sourit et soupira. « Si c'est le souhait de ma princesse, j'obéirai. Tu sais que tu peux te montrer capricieuse avec moi quand tu veux. »
Regaleon m'embrassa le front et me border. Il retira sa chemise et s'allongea à côté de moi. Voir son torse nu me fit rougir. Sa peau était impeccable, et ses muscles abdominaux sculptés avec beauté. Il avait quelques cicatrices sur les bras, mais elles étaient légères contrairement à celles sur son dos.
Regaleon me blottit contre lui en position de cuillère et m'embrassa le front une fois de plus. « Bonne nuit, mon amour. »
« Bonne nuit, Leon. » fermai les yeux, comblée.
Sentir la chaleur de son corps contre le mien me permit de me sentir en paix et le sommeil vint en un instant.