Soupe tiède dans un bol en bois fin, obscurci, grossier. Sa cuillère ramassait paresseusement les haricots imbibés de soupe et les portait à sa bouche.
Infecte. Comme d'habitude. Du coup, le fait qu'Ursula finisse en dernière n'avait rien d'extraordinaire non plus.
Et voilà que la fillette achevait son repas, y passant presque tout son temps de pause déjeuner, quand elle fut soudainement interrompue.
« Hey, Ursula, y a un truc que j'aimerais te demander~. »
Une gamine vint lui parler.
Elle était un peu plus âgée qu'Ursula, peut-être plus de 10 ans. Elle leva les yeux vers elle lentement, avec ses yeux bleus, s'attendant à voir la fille plutôt populaire et mignonne, mais pour une raison quelconque, son visage était recouvert d'une brume blanche si bien qu'elle ne pouvait pas comprendre quelle expression la gamine faisait.
« T'as pas vu ma bague ? »
Elle secoua la tête lentement. Elle ne l'avait pas vue — elle n'avait même pas idée que la gamine portait une bague.
« Ehh, mais c'est embêtant~ c'était une bague précieuse que j'ai reçue de ma mère~. »
Les gamins avaient le droit de garder les souvenirs de leurs parents. Cependant, ces accessoires sont parfois en métaux précieux et sont donc strictement gérés et conservés sous la responsabilité des prêtres de l'église en général.
Du coup, cette gamine n'aurait pas pu perdre sa bague.
« Tu sais vraiment pas~ ? C'est pas dans ta poche, par hasard~ ? »
Y avait pas moyen que ce soit là — cependant, sans même penser à une évidence pareille, Ursula écouta docilement la gamine et se mit à fouiller les poches de son short bon marché.
Elle sentit quelque chose de dur au bout de ses doigts au fond de sa poche, qui aurait dû être vide. Elle le sortit pour voir que c'était une bague en argent dont elle n'avait aucun souvenir.
« Aaah~!? C'est ma bague~!! »
Le cri de la gamine résonna dans toute la cantine. Du coup, le regard de tous les gamins se porta sur Ursula d'un seul coup.
« C'est terrible ! C'est affreux de ta part, Ursula, d'avoir volé ma bague !! »
Elle essaya de nier.
« T'es la pire ! »
Cependant, elle ne put le dire à voix haute. La gamine lui claqua violemment la joue.
Comme pour noyer l'écho du bruit de la gifle, la gamine se mit à sangloter bruyamment. Pas Ursula, qui s'était fait gifler, mais l'autre gamine, pour une raison quelconque.
« Oï, c'est quoi ce bordel ?! »
« Quoi, quoi ? Pourquoi tu pleures ?! »
Et avant qu'elle ne s'en rende compte, les gamins des environs se mirent à se rassembler autour. Toujours assise, serrant sa cuillère, Ursula s'était retrouvée encerclée par plus d'une dizaine de garçons et de filles.
« Écoutez bien, Ursula a fait ça — »
Y avait pas la place pour qu'elle s'intercale. Même si ce n'avait pas été Ursula, qui n'avait pas adressé la parole aux autres orphelins jusqu'ici, ils n'auraient pas pu interrompre la gamine qui pleurait en l'accusant de vol.
« Ehhh, c'est vrai ça ?! C'est horrible ! »
« Oï, présente tes excuses, voleuse ! »
L'opinion des gamins bascula à l'unanimité en faveur de la gamine et contre Ursula.
Et c'était tout naturel que ce soit ainsi. Ils avaient leurs propres règles, vu qu'ils vivaient ensemble comme orphelins dans ces circonstances particulières.
Par exemple, la délation. Peu importe la petitesse de l'acte, les gamins ne pardonneraient jamais à quiconque dénonce les autres au prêtre ou aux sœurs.
Et voler les affaires personnelles de quelqu'un, c'était un péché encore plus grand.
Comme ils étaient orphelins, ils n'avaient pas beaucoup d'affaires personnelles. La plupart de leurs trucs étaient partagés entre les gamins. Si c'était la décision naturelle pour ne pas créer de discrimination entre les gamins, ça ne faisait qu'augmenter encore la valeur de leurs biens personnels.
« Présente tes excuses ! »
« Voleuse ! Présente tes excuses, bordel !! »
À ce stade, peu importait que la gamine qui pleurait et les autres soient de mèche. Après tout, les gamins avaient déjà acquis une raison justifiée de se mettre en colère.
Ils ne pardonneraient pas le vol. Ils ne pardonneraient pas les trahisons. Du coup, accuser Ursula était la seule chose justifiable à faire.
« Uu… ah…. »
Non seulement Ursula était incapable de plaider son innocence face aux gamins en colère et à leurs quolibets, elle n'arrivait même pas à s'excuser et à faire ce qu'ils disaient. Sa bouche bougeait juste légèrement comme celle d'un poisson rouge et aucun mot n'en sortait.
Il lui devint plus difficile de respirer.
« Cette voleuse de gamine — ! »
Comme si son silence avait jeté de l'huile sur le feu, un des garçons sanguins attrapa ses cheveux ondulés argentés et la tira au sol.
« Aa— »
Son petit grognement en s'écrasant au sol fut noyé en un instant au milieu des voix en colère qui montaient.
Elle sentit une douleur vive au front en heurtant le sol avec toute la poussière et les restes de nourriture. Elle sentit sa tête jusqu'à la nuque devenir mouillée. Profitant de l'occasion, le garçon avait renversé la soupe du bol sur sa tête.
Malgré la nourriture avariée, Ursula ne fit que serrer la cuillère fermement dans sa main.
« Ah…. aa… »
Elle vit tout le monde la dévisager avec haine en relevant la tête. D'innombrables insultes résonnaient dans ses oreilles.
Encernée, bloquée — elle n'avait aucun moyen de fuir.
La peur — c'était le moment où elle avait retrouvé cette émotion.
« Fermez-la ! »
Bien qu'elle n'ait pas pu comprendre le sens de ces mots, ils résonnèrent puissamment dans toute la cantine. Des mots — ou plutôt, c'était plus comme un rugissement de monstre.
Du fait de l'intensité de la voix, les gamins ne purent s'empêcher de regarder vers elle. Pareil pour Ursula, qui était par terre.
Elle repéra la propriétaire de la voix à travers les nombreuses jambes qui lui bouchaient la vue.
« Qu-qu'est-ce qu'il y a, Reki ?! »
« T'as un truc à dire, hein ?! »
Cette gamine Reki… elle ne savait pas si c'était un garçon ou une fille. Cependant, Ursula la trouvait semblable à un loup affamé.
Son trait caractéristique, c'était ses cheveux blonds pointus, ressemblant à des oreilles de chien. Ses yeux rouges brillaient de soif de sang et son regard fort y ajoutait une couche d'intensité supplémentaire.
« Écoute ça, Reki, elle est trop terrible ! »
La soi-disante victime parmi les gamins fit un pas en avant. Peut-être parce qu'elle était confiante d'obtenir la sympathie de Reki, son expression n'avait même pas l'air si grimée.
« Ursula, elle a volé ma bague précieuse — »
« Salope ! »
Sa voix forte secoua tout le monde jusqu'aux os. C'était si fort que ça résonna dans toutes leurs oreilles.
Reki lança son poing droit droit sur le visage de la gamine et envoya son corps voler dans les airs. Le sang du nez maintenant cassé de la gamine spirala proprement dans les airs.
Heureusement, les tables de la cantine étaient débarrassées de toute vaisselle. La gamine atterrit sur la table plate et continua de rouler sous l'effet de l'élan avant de finir par tomber et s'arrêter.
« Kyaah ! »
« Qu-qu-qu'est-ce que tu fais ?! »
L'endroit devint bruyant à cause de la violence soudaine de Reki. Les filles se mirent à pleurer comme si c'était la fin du monde et les garçons virent leur esprit combatif s'enflammer.
« Allez, bébé ! »
Et c'est comme ça qu'une grosse baston secouant toute l'église avait commencé.
Reki, une fille, contre une dizaine de garçons. La différence de puissance était évidente. Cependant, pour une raison quelconque, le combat s'éternisa.
« Crève !! »
Quand le poing de Reki atteignait le visage des gamins, il leur cassait le nez, leurs dents et infligeait des dégâts improbables pour une bagarre d'enfants.
Elle mordit les garçons qui venaient la saisir au corps à corps et les traina par les cheveux avant de les envoyer valser par un coup de pied dans les parties. Elle sautait, frappait, lançait — Reki jouait une scène de combat terrifiante.
Le nombre de garçons diminuait et juste quand il n'en restait plus qu'environ la moitié,
« Qu'est-ce qui se passe ici ?! C'est quoi tout ce vacarme ?! »
« Ahhh, Reki !? Toi encore !! »
Le prêtre et la sœur de l'église entrèrent dans la cantine. Bien sûr qu'ils remarqueraient avec tout ce bruit.
« Arrêtez ! Hey, Reki, juste, arrête — aïe ?! »
« Oh mon Dieu, c'est terrible… Ah, mon Dieu… »
Reki continua sa furie, les garçons qu'elle avait battus gisaient par terre comme des cadavres et les autres filles hurlaient comme pas possible — juste alors, au milieu de tout ce chaos, Ursula, qui rampait encore par terre, s'éveilla.
Un paroxysme extrême d'anxiété, de peur et de chaos éveilla la « malédiction » en elle.
« … Disparais. »
C'était comme si un blizzard venu d'une montagne enneigée en plein hiver s'était soudainement manifesté. La brume blanche furieuse coupa la vue de tout le monde d'un coup.
Tout comme Ursula l'avait souhaité, les « ténèbres » blanches effacèrent tout —
« … Hey. »
En entendant la voix frêle de Reki, Ursula reprit ses esprits.
Et avant qu'elle ne s'en rende compte, la brume avait disparu. Et comme le calme après la tempête, tout devint anormalement silencieux.
Ursula, la vue revenue, vit tout le monde sauf Reki par terre. Les gamins, le prêtre et la sœur — tout le monde sauf Reki, étaient allongés par terre comme s'ils étaient morts.
« Ah… »
La scène terrifiante lui coupa le souffle. Et plus que tout, ce qui l'effrayait, c'est que tout ça avait été causé par elle.
Ursula avait déjà compris. Le fait qu'elle était celle qui avait provoqué cette brume. Et maintenant, son corps se sentait anormalement léger et bien comme si elle était remplie d'un sentiment de libération.
« Oh, mon Dieu… »
Cependant, la chose la plus mystérieuse là-dedans, c'était comment Reki afficha un sourire très satisfait avant de s'effondrer.
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— Ils avaient réussi à repousser l'escouade de gobelins.
Il y avait au total 4 doltos, deux à l'avant et deux à l'arrière, et maintenant qu'eux — la plus grosse menace — étaient hors de tableau, tout ce qu'ils avaient à faire, c'était d'éliminer les autres ennemis dans l'ordre.
Bien que la porte arrière fût cassée, avec les doltos partis, il restait moins de 50 gobelins. J'en réduisis le nombre avec mes grenades et laissai le reste à la brigade de vigilance sur place avant de retourner immédiatement à la porte principale.
Pendant mon absence, tout le monde fit du bon boulot pour tenir la ligne de front avec Ryan au cœur — fauchant les ennemis de front avec son armure de chevalier d'argent. Et avec mon retour sur la ligne de front, les ennemis furent anéantis en 5 minutes alors que j'ajoutais mes tirs au mélange.
Se rendant compte qu'ils ne pouvaient pas suivre, le chef gobelin rassembla vite ses forces et battit en retraite dans la forêt. Cependant, la menace pour le village n'est pas partie tant que le chef est en vie. Bien qu'il y ait une chance qu'ils ne ciblent plus ce village après avoir subi une telle défaite, il y a aussi la possibilité qu'ils reviennent pour se venger avec une force encore plus grande.
C'est risqué de poursuivre les gobelins qui se sont retirés dans la forêt. Compte tenu de l'intelligence de ce chef, il a pu placer des pièges ou des troupes en embuscade. Si on se fait prendre au dépourvu dans la forêt où la visibilité n'est pas bonne, il y aura des pertes c'est sûr cette fois.
Et c'est comme ça que je les pourchassai seul.
Sans la brigade de vigilance pour m'accompagner, je pouvais courir à plein régime et n'avais pas à me soucier de protéger qui que ce soit. Situation plutôt facile, en fait. Mes adversaires étaient une douzaine de gobelins, quelques monstres de rang 1 et un seul magicien.
Quand je les eus rattrapés, le chef ne put lancer qu'un « El Sagita » vers moi. Je ne lui permis pas une seconde attaque car je le pulvérisai avec sa magie défensive grâce à mon Grenade Burst.
Le reste n'était qu'une chasse aux survivants normale. Chasser des gobelins en fuite — une tâche très simple. Et comme ça, j'avais réussi à les anéantir jusqu'au dernier.
« Oh, t'es de retour, prêtre. Ça a été vite. »
On dirait qu'eux aussi avaient fini de nettoyer les gobelins laissés derrière par le chef lors de sa fuite. Ryan m'interpela alors que je sortais de la forêt.
« Ils ont réussi à s'enfuir ? »
« Non, c'est bon. J'ai tout nettoyé. »
Ryan rit fort en me claquant l'épaule. « Mais c'est toi qui m'as engueulé le premier, non ? » — Je me retins de sortir une telle réplique.
« Plus important, on a des pertes ? »
« Aucune. Un miracle de Dieu, je suppose. »
Je ressentis du soulagement en entendant ça. La porte arrière était cassée et j'en avais laissé un bon nombre ici quand je partis pourchasser le chef. Ce n'aurait pas été inhabituel d'avoir des pertes dans une telle situation.
Ils ont vraiment de la chance. J'ai toujours pas l'intention de remercier le Dieu Blanc, ceci dit.
« Mais on a beaucoup de blessés. La vieille est très occupée avec eux. »
« C'est la seule médecin du village, après tout. Veille sur elle et assure-toi qu'elle ne tombe pas malade elle aussi. »
« Hé hé, c'est vrai, la seule magie que le prêtre ne peut pas faire, c'est la magie de soin sacrée, hein ? »
Ryan et les autres vigiles savaient bien que je ne pouvais pas utiliser la magie de soin. Je les avais battus pendant l'entraînement mais n'avais soigné aucune de leurs blessures de ces séances. Quand j'avais déclaré hardiment que je ne pouvais pas utiliser la magie de soin, je m'étais fait huer pas mal.
« Les gens ont leurs points forts et leurs points faibles, d'accord ? »
« Être fort pour tuer, ça te met où en tant qu'ecclésiastique ? »
« C'est bon, Dieu sera très content avec les ennemis partis. »
Et avec un tel sarcasme, je décidai de laisser cette scène derrière moi.
Une fois le combat fini, un prêtre doué pour tuer comme moi n'a plus de rôle à jouer. Comme il n'y a pas de morts, je n'ai pas à faire de service funéraire non plus.
Bon, je devrai probablement aider à réparer la porte et les clôtures plus tard, ceci dit…
« Bon ben, je te laisse le reste, Ryan. J'ai un truc à discuter avec Reki et Ursula. »
« Cette Reki, j'ai entendu qu'elle avait tué une de ces grosses toutes seule. C'est un gros exploit, fais attention de la féliciter, elle sera super contente. »
« … Ouais. »
« Vas-y, Ursula et Yuri doivent être inquiètes aussi. »
Remerciant Ryan qui me quittait avec de vraies paroles d'inquiétude, je me hâtai vers l'église.
Bon, je pense que je vais devoir gérer un nouveau problème juste au moment où on a réussi à intercepter correctement l'armée de gobelins.
Après tout, je connais maintenant la force monstrueuse qu'elle cache.
________________
……
Un lourd silence emplissait la chambre étroite de l'église.
Pour l'instant, Sariel, Reki, le problème central — Ursula, et moi étions réunis ici. J'étais assis sur une petite chaise avec un bureau et faisais face aux trois sœurs qui étaient assises sur le lit.
Ursula, qui était au milieu, était juste en face de moi, regardant vers le sol avec une expression très grimée alors qu'elle évitait de croiser mon regard.
Maintenant, nous quatre, on connaissait la situation pour laquelle on s'était réunis. Sariel n'avait pas vu la scène elle-même mais je lui en avais brièvement expliqué avant. Je lui avais demandé de me suivre comme il faut mais on peut pas vraiment s'attendre à grand-chose de cette personnalité robotique qui ne comprend pas les subtilités du cœur humain.
Dans tous les cas, puisque je les avais tous réunis ici, je devais briser la glace. Pour être honnête, je sais pas où ça va mener mais… ah, tant pis, ce qui arrive arrive.
« Je jure devant Dieu que la discussion qu'on aura ici restera un secret entre nous. Ursula, tu peux nous parler du pouvoir que tu caches ? Peu importe à quel point il peut être terrifiant, je promets de ne pas te faire de mal. »
Alors que je lançais la balle, il y eut toujours un silence de mort dans la pièce. Y a pas moyen qu'ils ne m'aient pas entendu mais, incapable de supporter ce silence assourdissant, juste au moment où j'allais me répéter, une réponse revint.
« Ah, euh, prêtre Kuroe, Uru c'est… un peu… heu… euh… »
Essayant visiblement de couvrir Ursula, Reki tenta de donner une excuse mais n'arriva même pas à chicaner.
Cependant, peut-être qu'elle vit Reki faire de son mieux, Ursula raffermit sa résolution et releva la tête.
« … C'est bon, Reki. Je pensais qu'un jour comme celui-ci arriverait, plus tôt ou plus tard. »
« Mais, Uru ! »
Ursula arrêta Reki en secouant la tête de côté.
Et elle se mit à parler d'une voix très basse, tremblante.
« Kuroe, mon corps… est maudit. »
Je jetai un coup d'œil réflexe à mes propres mains et vis mes gants gris.
Pour moi, le mot « malédiction » est plus un partenaire fiable qu'une chose détestable, puisqu'il devient la source de ma force.
Cependant, la malédiction dont parle Ursula n'est probablement pas comme ça.
« C'est cette brume blanche, la malédiction ? »
« Oui. »
« Elle apparaît sans crier gare ? Independent de ta volonté ? »
« Non, elle sort pas normalement. Je peux décider de l'utiliser ou pas mais… elle sort aussi toute seule pendant les moments dangereux… »
« Du coup, tu l'as utilisée de ta propre volonté cette fois, pour protéger Reki. »
« … Oui. »
Je la félicitai honnêtement pour ça et lui caressai la tête. Ça a du sens maintenant.
La raison pour laquelle Ursula était sortie de l'abri, risquant sa sécurité. Y a pas de doute qu'Ursula est bien consciente de à quel point sortir par inquiétude serait risqué et inutile vu qu'elle n'avait pas de capacités de combat.
Elle alla vers Reki malgré ça parce qu'elle avait le « pouvoir de la malédiction » pour les urgences.
C'est aussi possible qu'Ursula n'ait pas eu besoin de mon sauvetage le jour où on s'est rencontrés — elle aurait probablement transformé Mashram en cadavre d'os blanchis dans 10 secondes de plus.
« Mais tu peux pas contrôler complètement ce pouvoir, hein ? »
« Je suis désolée, j'ai failli tuer Reki là. »
Cela dit, c'est toujours vrai que Reki aurait pu finir morte si ça avait mal tourné.
Au moment où je les repérai, Reki était entourée par la brume blanche. Ursula essaya de l'arrêter en s'éloignant de Reki et ce fut la bonne décision là.
Cependant, bien que le résultat aurait probablement été le même, le processus était différent vu que j'étais présent là. D'abord, j'attrapai Reki et la jetai dans l'église. Ensuite, je pris Ursula et l'isola dans une maison proche.
Comme Ursula savait aussi que c'était la meilleure marche à suivre, on put bouger vite et je pus rejoindre la ligne de front peu après.
« C'est ça, Reki va bien, comme elle dit. Je laisse passer grâce à ça. »
Ce qui est important, c'est pas d'expliquer à Ursula à quel point son pouvoir peut être dangereux. Ce dont j'ai besoin en premier, c'est plus d'infos.
« Ursula, tu peux me dire tout ce que tu sais sur ce pouvoir à toi ? »
« … O-oui. »
Bien qu'elle acceptât, son expression semblait très amère. Une expression clairement morne qu'on n'aurait pas attendue d'elle, vu ses expressions habituelles.
« T'as probablement affronté pas mal d'épreuves à cause de la malédiction. Et du coup, s'il y a un truc que tu veux vraiment pas raconter, c'est bon si tu le dis pas. »
« Non, c'est bon… Si c'est Kuroe et Sœur Yuri… »
« C'est vraiment bon ? »
« Les gens qui voient ma malédiction ont soit peur, soit essaient de me tuer. Kuroe n'a pas essayé de me tuer donc ça vaut le coup de faire confiance en soi. »
Je pus rien répondre en entendant Ursula dire ça avec indifférence.
Pour elle, je suis quelqu'un qui peut la tuer n'importe quand. Et moi qui croyais m'être bien rapproché d'elle. Je croyais qu'elles m'admiraient, ne serait-ce qu'un peu.
Comme j'étais bête. Je suis probablement un sujet de terreur pour rien qu'en ayant des capacités surhumaines. Peu importe à quel point on se rapproche en surface, le stress qu'elle ressent rien qu'en imaginant ce qui arriverait si je découvrais sa malédiction… c'est probablement inimaginable.
« Je suis désolée. Mais c'est vrai que je fais confiance à Kuroe et à Sœur Yuri. »
J'ai dû avoir une expression suffisamment grimée pour qu'elle doive enchaîner comme ça. Je peux m'empêcher de me trouver pathétique.
Ursula n'en tint pas compte et entra dans le vif du sujet, à savoir connaître plus de détails sur la malédiction.
« Ma malédiction est avec moi depuis la naissance… »
On dirait qu'elle n'a pas été maudite par quelqu'un ou possédée par un être maléfique. Elle connaissait sa malédiction depuis aussi loin qu'elle se souvienne.
« Cependant, mes parents n'appelaient pas ce pouvoir une malédiction, ils disaient que c'était une chose très merveilleuse. »
Peut-être que c'était pris comme une protection divine de quelque sorte par les Evramiens.
« Je connais pas les détails. Je me souviens juste que mes parents étaient vraiment affectueux envers moi parce que j'avais ce pouvoir. Je me souviens pas de leurs visages ni comment je me suis séparée d'eux. »
On dirait qu'elle a été recueillie par l'église un jour. Elle a su qu'elle avait été prise en charge comme orpheline une année entière après que l'église l'ait prise.
La mémoire vague d'Ursula n'a rien de si anormal. Si un gamin finit par perdre ses parents dans un accident malheureux et se fait prendre en charge par l'orphelinat, il pourra pas saisir toute la situation immédiatement.
Si un jour, le mode de vie entier d'un enfant change et qu'il devient incapable de voir ses parents, ça serait un gros stress pour son esprit et laisserait une marque profonde dans ses souvenirs. Ce serait pas bizarre que ça devienne un traumatisme.
Cependant, d'après ce que j'entends, Ursula ne semble pas avoir ça. Avant qu'elle ne s'en rende compte, elle était à l'église et menait une vie commune naturelle avec les autres orphelins.
« Reki était dans cette église aussi… on dirait. »
« Reki se souvient un peu de l'époque où Uru est arrivée. »
« Je vois, c'est là que vous vous êtes rencontrées, hein ? »
« Non, j'ai pas parlé à Reki du tout au début. »
« Uru parlait à personne et était toujours seule. »
« Alors comment vous êtes devenues amies ? »
« Ma malédiction a causé un incident. »
Ursula était toute seule à l'époque car elle n'arrivait pas à se mêler aux autres orphelins. Peu importe que ce soit un enfant ou pas, si t'es tout seul dans une cohabitation comme ça, tu finis par attirer l'attention. Et on dirait qu'Ursula n'y a pas fait exception non plus.
Harcèlement.
« Mais c'était pas si grave pour moi. La surveillance là-bas était assez stricte donc ils pouvaient pas faire grand-chose. »
Même là, le harcèlement reste du harcèlement. Se faire parler dans le dos et ignorer était probablement normal pour elle. On dirait qu'elle a aussi vécu ses affaires se faire voler quelques fois.
« Moi non plus je me souviens pas vraiment de ce qu'ils m'ont fait à l'époque. Je m'en fichais pas mal non plus… Cependant, je me souviens clairement de l'incident. »
Un jour, une provocation plus extrême eut lieu.
« On m'a accusée à tort d'avoir volé une bague — »
Et j'entendis tout sur l'incident.
« Désolée, donnez-moi une minute… »
J'eus envie de pleurer. Ou plutôt, j'ai peut-être déjà versé une larme ou deux. Mes yeux me semblaient chauds.
Ursula et Reki me regardèrent avec des regards chaleureux.
« Ah, désolé… Vous voulez peut-être pas de ma pitié… On dirait que je suis un peu faible face à ce genre d'histoire que je pensais. »
Une gamine harcelée dans un orphelinat — y a plein d'histoires comme ça. J'ai l'impression d'avoir vu un drama comme ça et une telle situation est peut-être en train de se passer au Japon en ce moment même.
Mais apprendre qu'une gentille fille que je connais a vécu cette expérience… Peut-être que j'ai vraiment ressenti à quel point le passé des orphelins est tragique.
« C'est bon, c'est dans le passé maintenant. »
« T'es vachement forte pour pouvoir dire ça, Ursula. »
Ayant affronté des expériences dures moi-même, je sais à quel point c'est dur de s'en remettre. Après tout, j'ai sérieusement envisagé de m'enfuir avec Lily et Fiona, en abandonnant le combat contre les Croisés.
« Ceci dit, Reki était quand même une sacrée garnement, hein ? »
« Nooon ! C'est tout dans le passé !! »
Comme un étudiant universitaire qui se rappelle les noms embarrassants de ses persos de jeu au collège, Reki se sentit gênée en se couvrant le visage avec ses mains et en roulant sur le lit.
C'est pas si gênant que ça, comme histoire, je trouve.
« Frapper l'harceleur d'un coup, c'est plutôt cool à mon avis. »
« S'il te plaît, arrête — !! »
On dirait qu'elle aime pas parler de ces temps-ci, hein ? Je suis super curieux de savoir comment une fille aussi imprudente est devenue aussi brillante et énergique mais je mets ça de côté pour l'instant.
« Désolé, revenons au sujet. Bon, qu'est-ce qui s'est passé après ? Plus important, tout le monde a survécu ? »
« Personne n'est mort. J'aurais probablement été exécutée si quelqu'un était mort. »
C'est pas une exagération non plus.
D'après Ursula, après cet incident, le prêtre l'appela « l'enfant maudite possédée par un démon » et fit appel à l'Église pour l'exécuter immédiatement.
Faisant perdre connaissance à des douzaines d'enfants et au clerc, Ursula fut immédiatement prise par l'Inquisition.
Je suis pas trop sûr de ce qu'est l'Inquisition mais d'après ce que j'ai entendu de Fiona, c'est comme des chasseurs de sorcières ou le genre. En d'autres termes, le moment où ils sont mis en procès, ils sont coupables sur toute la ligne. Ils seront condamnés au nom de Dieu.
« Mais le prêtre Nicolay m'a sauvée. »
Et c'est là qu'intervient mon prédécesseur et le prêtre officiel de ce village, M. Nicolay.
Il plaida pour le rejet de l'action vu qu'Ursula n'était encore qu'une enfant. Ça n'aurait pas été accepté dans des circonstances normales mais on dirait que Nicolay était assez connu dans l'Église et donc sa requête fut entendue.
Cependant, ce n'était pas un acquittement. Les conditions pour la laisser partir étaient que Nicolay la prenne en charge et la convertisse religieusement ainsi que pratique l'exorcisme sur le démon la possédant. C'était la position officielle de sa prise en charge d'Ursula.
Dans tous les cas, c'est comme ça qu'Ursula fut sainement envoyée sous la responsabilité du prêtre Nicolay.
« Alors vous vous êtes séparées de Reki là ? »
« Non, Reki est venue avec moi. »
« J'étais inquiète pour Uru ! »
« Ils se débarrassaient juste d'une autre nuisance. »
« Uru !! »
Reki étant Reki, fut aussi fourguée au prêtre Nicolay comme elle était une enfant à problèmes.
Cependant, ce qui est bien avec le prêtre Nicolay, c'est qu'il accepta Reki avec joie, pensant qu'elle ferait une super amie pour Ursula après avoir entendu le résumé de l'incident. Et le fait qu'il avait raison est prouvé devant moi vu que les deux s'amusaient ensemble.
« Je vois, et c'est comme ça qu'on en arrive là. »
« Le pouvoir de ma malédiction est sorti quelques fois après ça aussi mais… Rien d'aussi gros que cet incident ne s'est produit donc ça n'a pas posé tant de problèmes que ça. Cependant, le prêtre Nicolay était très prudent avec moi. »
« Le prêtre Nicolay a dit un truc sur ton pouvoir ? »
« Non, rien de particulier. Juste que la malédiction sera probablement levée si je vis une vie correcte en tant que Sœur. »
Bien que résoudre le problème à la racine soit impossible, vu qu'Ursula peut utiliser le pouvoir à sa volonté, elle n'en aura pas besoin tant qu'elle mène une vie paisible.
« Du coup, comme prévu, tu sais presque rien sur ton pouvoir ? »
« La malédiction bouge comme je veux mais… le pouvoir est trop fort et je peux pas le supprimer correctement. »
C'est probablement pour ça que la brume commençait à recouvrir Reki après s'être débarrassée des doltos. C'était clair qu'elle ne pouvait pas contrôler le pouvoir.
« Y a autre chose à la brume à part transformer le pouvoir en os les doltos ? »
« Je pense… que c'est tout pareil. Si je la rends forte, ça les transforme en os… et si je la rends faible, ça les fait juste s'évanouir, je pense. »
« Donc c'est basiquement le même pouvoir. »
« Aussi, je peux me cacher si je veux. »
« C'est… vachement impressionnant. La brume peut être de l'attribut lumière et pouvoir réfléchir… »
« Je comprends pas bien. Mais grâce à ça, j'ai pu me cacher de cet homme dans l'abri. »
Je vois, maintenant que j'y pense, je n'avais pu repérer que Reki à ce moment-là. Donc elle s'était cachée dans le coin de la pièce de stockage.
« Tu as d'autres pouvoirs ? »
« Non. Je peux utiliser seulement ça. »
« Je vois… Merci de me l'avoir dit. »
Je lui caressai la tête à nouveau mais cette fois-ci elle parut bien plus heureuse qu'avant. Elle se sent probablement bien plus à l'aise maintenant qu'elle a tout dit sur la malédiction.
Et… c'est moi ou Reki fait la moue contre moi ?
« Ursula, je peux te poser une seule question ? »
« N'importe quoi. »
Maintenant c'est une bonne expression. Elle avait l'air hardie comme si elle n'avait plus rien à cacher.
« T'as déjà entendu la voix de la malédiction ? »
« Voix ? J'ai rien entendu comme ça. »
« Je vois, je pige maintenant — »
Tout en étant soulagé d'entendre ça, je me résolus aussi.
« — Ursula, tu voudrais pouvoir contrôler le pouvoir de ta malédiction ? »
« … Je peux… vraiment faire un truc pareil ? »
« Si t'as la détermination, tu y arriveras sûrement. »
« M-mais… c'est dangereux. Rien qu'en touchant cette brume — »
« Y a pas à s'inquiéter. Je vais bien. »
Quant à la raison derrière ça —
« J'ai foi en ma capacité à contrôler les malédictions, après tout », dis-je, débordant de confiance.