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Kuro no Maou

Chapitre 388

Kuro no MaouKuro no Maou
Chapitre 388

Chapitre 388

Chapitre 388/50377%~21 min de lecture4 107 mots

… Je suis de retour.

J'ai fait le chemin du retour dans un état second. Aujourd'hui, vraiment, avait des allures de rêve.

Je m'étais fait ma première petite amie, j'avais tenu la main pour la première fois à cette petite amie, et j'avais fait l'expérience de rentrer à la maison avec ma première petite amie. Avec tous ces premiers, le trajet de l'école à la maison que j'arpite depuis plus d'un an m'a paru tout neuf. C'est comme on dit, mon monde entier avait changé.

J'avais fait de mon mieux, vraiment, pour rester calme et cool, mais à force de me concentrer là-dessus, je ne me souviens de rien de notre conversation sur le chemin.

J'étais nerveux, oui, mais j'étais aussi aux anges, tout simplement. La fille qui s'appelle Shirazaki Yuriko, cette beauté à peine croyable, était en couple avec moi.

Putain, mère de… Chaque fois que je repense à ce fait, je risquerais de me mettre à grinner bêtement――

« Mao, tu es rentré. »

Pendant une seconde, j'ai pas su qui c'était. Mais j'ai réalisé dans la foulée que c'était mon propre prénom. J'ai eu un drôle de sentiment, comme si personne ne m'avait appelé comme ça depuis une éternité.

Mais passons sur les détails. Je me suis concentré sur la personne devant moi, plantée à l'entrée comme si elle m'attendait.

« Ah, Sœur… C'est quoi ce… bagage ? »

La fille qui m'accueillait était Kurono Mana, ma grande sœur qui, malgré son âge d'étudiante, arborait encore un visage mignon qui allait à une gamine à couettes. C'est de la famille, mais j'étais obligé d'admettre objectivement sa beauté. En fait, elle rivalisait même avec Shirazaki-san là-dessus―― Attends non, vu que cette dernière a le bonus « petite amie », Shirazaki-san est clairement au-dessus.

Bref, pour ce que faisait ma petite Mana onee-chan, elle avait l'air de trainer une grosse valise derrière elle, le genre qu'on utilise pour un voyage à l'étranger.

« Ouais, donc je quitte la maison pour un moment. »

Elle a dit ça, sèchement, avec son visage de poupée sans expression. Non, elle n'était pas spécialement en colère ou de mauvais poil. Elle a toujours cette tête-là.

« Hein, quoi, tu te barres ? »

« Tu as à moitié raison. »

« Attends, pas possible !? »

J'essayais de faire une blague, mais ça s'est retourné contre moi. Ma sœur si conforme aux règles n'était certainement pas du genre à faire ce genre de truc. Attends, et si elle traversait une de ces phases de rébellion tardives dont j'ai lu ?

« J'emménage chez mon petit ami à partir d'aujourd'hui. »

Elle devait trouver la chose terriblement joyeuse, ou excessivement cochonne, vu sous un autre angle. Quand elle a dit sa dernière phrase, son poker face éternel s'est fissuré et elle a esquissé un fin sourire en rougissant profondément.

Putain de merde, est-ce que je faisais la même tronche y a une minute… ? C'est honnêtement gênant comme on se ressemble.

« Attends, y a aucune chance que Maman et Papa acceptent ça. »

C'est pour ça qu'elle se barrait. Mais alors ça voudrait dire qu'elle fuyait vraiment le foyer, ce qui ne colle pas avec le fait qu'elle m'ait dit que j'avais à moitié raison.

« Pour ça. Les deux sont partis, tu sais ? »

« … Hein ? »

« Papa a été muté à l'étranger pour un moment, et Maman est partie avec. »

« Heeeuh !? »

Qu-qu'est-ce que c'est que ce scénario de protagoniste de dating sim. Littéralement impossible. C'est bien trop tombé du ciel. Y avait aucune prémisse, rien, sur leur départ.

« Ils ont laissé une lettre sur la table basse, "Prends soin de toi", ça dit. »

« Juste ça !? Sérieux, attends, réfléchis deux secondes, c'est bien trop bizarre ! »

« Mais ils sont déjà partis. »

Signifiant que, peu importe comment j'essayais de nier l'invraisemblance, c'était la réalité. Ma sœur n'avait aucune raison de mentir. Si elle avait vraiment voulu se barrer, elle était assez intelligente pour inventer un meilleur mensonge et monter un plan bien plus ficelé.

« Attends, donc ça veut dire que je vais vivre ici tout seul ? »

« T'inquiète, je passerai de temps en temps. »

Non, je dis que je peux pas m'inquiéter. Tu me dis que je vais devoir vivre tout seul du jour au lendemain.

« Mao, je sais que tu es ponctuel et que tu cuisines pas mal non plus. Fais pas tant de souci. »

« Bon, je veux dire, je peux gérer… »

Mais me l'annoncer comme ça, tout d'un coup,

« Bref, appelle-moi s'il y a le moindre pépin. J'ai laissé un mot avec l'adresse de l'appart de mon petit ami avec la lettre de Maman et Papa. »

Elle a fini sur ça, signifiant qu'elle n'avait plus rien à dire à son cher petit frère, et en roulant sa grosse valise noire, ma sœur a quitté la maison.

« ―― Et c'est comme ça que je vis seul actuellement. »

« Putain mais c'est quoi ce bordel !? C'est littéralement sorti d'un eroge, putain !? »

Celui qui a hurlé à peu près la même réaction que moi, c'était mon camarade de classe et ami, Saika Youta.

C'était l'heure du déjeuner après quatre périodes de cours harassantes. C'est à ce moment-là que je lui ai confié ma situation terrible : seulement hier, m'être fait laisser pour compte de force.

Je m'en fichais de sa réaction outrée, mais qu'il la baisse un peu.

« Bon, calme-toi. Et rassieds-toi, allez, hé. »

Saika avait le don pour ces réactions paroxystiques.

Ah ouais, ça me rappelle comme il était monté pareil hier pour la manageuse du club de foot… Ça a un côté vachement nostalgique.

En fait, j'ai l'impression bizarre de ne pas avoir vu ce mec, qui avait l'air normal mais était un otaku fini à l'intérieur, depuis un bail aussi.

J'avais un drôle de pressentiment là-dessus, mais pas assez grave pour que je tienne à creuser expressément pourquoi. Saika a repris sa place, et j'ai continué la conversation :

« Quand même, c'est surprenant de voir que ce genre de truc peut arriver dans la vraie vie aussi. »

« Dis-le-moi, j'arrive toujours pas à le croire. »

Mais après avoir passé la nuit seule hier, j'ai eu pas le choix que d'admettre que c'était vraiment en train d'arriver.

Accessoirement, comme l'avait affirmé Sœur avant de partir, la lettre qu'ils avaient laissée sur la table ne contenait que ces deux mots. Littéralement juste « Prends soin de toi », comme s'ils n'avaient pas la moindre once d'inquiétude pour leur fils.

Peu importe, on est un foyer à peu près en mode laissez-faire de toute façon.

« Putain mec, je peux juste être jaloux à un certain point. Si en plus tu t'es choppé une petite amie, oublie la jalousie, je te maudirais jusqu'en enfer et retour ! »

Heureusement que t'es un solitaire hein, Kurono, hahaha, a ri Saika. Je me suis raidit.

« Hein, c'est quoi cette réaction ? On est censés rigoler ensemble en tant que losers solidaires, non ? »

« Non, bah, je veux dire… désolé ? »

J'avais pas l'intention de lui cacher mais, il me met bien dans l'embarras. Mais je peux pas vraiment nier, vu que le mensonge risquait de virer au malaise illico.

Je sentais bien une énième réaction signature de Saika arriver. Et je l'aurais pas blâmé pour celle-là.

Vivre seul + A une petite amie. Quel genre de lycéen de dix-sept ans serais-je si je m'attendais pas à des trucs un peu pimentés ?

« HEIN !? Kurono, t-t-tu… pas possible ! »

Il a vite capté la vérité à ma réaction qui en disait long. Allez, tant pis.

« En fait, j'ai… je me suis fait une petite amie. Hier. »

« Pas possible, putain pas possible ! Qui !? »

« … Shirazaki-san. »

« Crève, crève juste, visage de voyou !! »

Il a touché là où ça fait mal, et m'a littéralement tapé sur la gueule dans sa rage. Ça a l'air de le faire passer pour le méchant, mais voir mon ami pleurer littéralement des larmes d'amertume m'a donné envie de penser que c'était pas si grave de prendre quelques baffes.

« Qu'est-ce qui t'arrive bordel, qu'est-ce qui s'est passé ! Comment ça s'est fait !? »

« Ouais, Shirazaki-san, elle a… elle m'a avoué ses sentiments, du coup―― »

« CRÈVE ! Va en enfer, sale traître !! »

« A-allez, calme-toi, »

Putain, putain, il geignait en vraies larmes. J'ai essayé de le calmer en parant ses coups de gamin, mais je doute que quoi que je dise passe maintenant.

« C'est fini, Kurono, on dirait bien que notre amitié s'arrête là… »

« T'es sérieux là ? Aller, fais pas ça. »

« Non, c'est bon, Kurono, finissons-en proprement. Une fois que le héros choisit l'héroïne, le meilleur ami peut se barrer. »

« Tu dois tout ramener à l'eroge, toi ? »

Il a un point, j'ai entendu des mecs qui s'en foutent complètement de leurs potes une fois qu'ils ont une copine. Ceci dit, j'apprécierais qu'il me prenne pas pour aussi superficiel.

« Arrêtons cette folie. C'est ta réalité maintenant, et il se trouve que je n'ai pas ma place dedans… »

Avec une détermination grimace, le mec qu'on appelle Saika a pris son bento d'une main et quitté sa place. Tout du long, il n'a pas regardé vers moi, mais vers la porte de notre classe.

« … Ah. Shirazaki-san. »

Elle était là, dans toute sa splendeur aux cheveux blond lin. Dans les mains, sa propre boîte à déjeuner.

« Vas-y, Kurono. Fais pas attendre cette mignonne copine. »

Saika a proposé avec un sourire nihiliste, les larmes encore séchées sur les joues. Il était pas spécialement beau gosse, mais là, il avait de la classe.

« … Désolé. »

« Parle pas de ça. Sois heureux avec elle. »

Sur ce, Saika est parti, comme un pistolet solitaire qui va où le vent le porte.

J'ai marmonné « Merci mec », en me dirigeant moi aussi vers Shirazaki-san.

Bon, si jamais il s'avère qu'elle est pas venue pour m'inviter à déjeuner avec elle, j'aurai pas d'autre choix que de crever de honte…

« Euh, du coup, comment c'est… Kurono-kun ? »

Inquiétez pas pour moi. Elle l'a fait, Shirazaki-san, elle est vraiment venue avec son bento fait maison pour moi.

« O-ouais, c'est super. »

J'aurais dit la même chose même si ce sandwich aux œufs dans ma main avait eu un goût un peu dégueu. Mais heureusement, ou plutôt, comme prévu, tous les plats que Shirazaki-san avait faits étaient délicieux. L'omelette, le poulet frit, tout avait l'air d'être fait à l'instant.

Le sandwich aux œufs que je tiens par exemple, il était exquis au point de me laisser perplexe sur comment un truc si simple pouvait être fait avec autant de finesse. Comment est-ce qu'elle a réussi à faire une différence aussi monumentale par rapport à tous les sandwichs aux œufs que j'ai mangés dans ma vie jusqu'ici.

« Je suis trop contente que ça te plaise. »

Elle a souri, si honnêtement, si radieusement, si magnifiquement, que j'arrivais pas à imaginer que ça m'arrivait vraiment.

J'étais pas aussi profond que Saika, mais j'avais toujours espéré avoir un truc comme ça, une chouette copine, déjeuner ensemble sur un banc dehors. Mais maintenant que je l'avais vraiment, je ressentais constamment que c'était un rêve bien trop commode.

« Euh, hey. »

« Quoi ~ ? »

J'ai quand même une base pour trouver tout ça dur à croire.

« Pourquoi, moi ? »

« Tu me demandes pourquoi je t'ai aimé ? »

C'est exactement ça, c'est ce qui m'inquiète. Pathétique, je sais.

« Ouais, pourquoi. En fait, c'est quoi que tu aimes chez moi, je pige vraiment pas. »

« Hein, je sais pas… Je suis pas sûre moi-même, à un moment j'ai réalisé que je t'aimais. »

Juste au moment où je pensais qu'elle allait sortir le coup de foudre, elle m'envoie une balle encore plus bizarre.

J'ai ressenti un petit découragement, mais sans le montrer, j'ai fait un bref « D'accord. »

« Hmm, mais bon, je suis vraiment maladroite et… j'arrivais juste pas à me dire de le dire. J'ai essayé d'être ton amie sans que tu t'en rendes compte, mais ça, bah, s'est fini donc… Désolée si t'as cru que je t'évitais. »

En la voyant avec ses fins sourcils arqués dans une expression si navrée, j'ai ressenti un découragement d'un tout autre sens.

J'étais encore mal à l'aise avec sa façon floue de tomber amoureuse, mais je voyais clairement qu'elle était sérieuse.

Peut-être que je prenais ses sentiments à la légère au fond de moi. Peut-être que je pensais que sortir avec elle pour le fun, ça irait.

« Et puis, hier, j'ai enfin rassemblé mon courage. Donc j'ai demandé à tout le monde du club de nous laisser un peu de temps, à toi et moi. »

« Donc ça veut dire que, à part moi, tout le monde savait ? »

« Ouais, j'avais pas envie de leur dire, mais elles… »

On dirait que tous les tiers voyaient clair dans le jeu de Shirazaki-san à son comportement. Et moi, le gros naze que je suis, je croyais qu'elle avait peur de moi ; tout ce temps que je suis au club de littérature, plus d'un an entier.

« Ah, d'accord… »

Je suis à quel point lâche, putain. Et moi qui pensais toujours « Sois pas dense, capte les signes et fonce ! » Au final, tout était déjà plié.

« Mais maintenant, je suis enfin avec toi, je suis trop contente de l'avoir fait. Je me disais que j'abandonnerais si tu me rejetais… mais je pense honnêtement que j'aurais pas pu. Je t'aimais juste trop. »

Elle a affirmé ça et a pris ma main, mon rythme cardiaque s'emballant.

Chaque fois qu'elle dit des mots d'amour, chaque fois qu'on se touche, tous mes doutes, toutes mes inquiétudes, toutes mes réserves commencent à disparaître. Elle est dingue de moi, elle m'aime. Ça va pas tarder avant que je commence à le croire vraiment, de tout mon cœur.

« Merci. Que tu dises ça, ça compte vachement pour moi. »

Je peux pas continuer comme ça. Qu'elle m'aime vraiment ou pas, combien elle m'aime, pourquoi elle m'aime. Je peux pas continuer à perdre du temps sur des doutes pour me convaincre. Je dois répondre aux sentiments de cette fille douce sans plus délibérer.

« Shirazaki-san, je connais encore pas grand-chose de toi, mais je veux changer ça. Je veux tout savoir sur toi. »

« Moi aussi, Kurono-kun, je veux tout savoir sur toi aussi. »

En répondant par des mots d'amour, Shirazaki-san s'est blottie contre moi. Doigts entrelacés, bras et épaules qui se frôlent. Cette odeur salement sucrée ne cesse de m'attirer.

Je pourrais lui révéler mes secrets les plus profonds, à elle seule.

« Quoi, à ton sujet, Kurono-kun… quelqu'un que t'as aimé ? »

« Personne. Mais je me dis, peut-être que je m'intéressais à toi. »

J'aurais été con de pas l'être, avec une fille aussi magnifique toujours près de moi. On pourrait dire que j'ai laissé tomber, pensant qu'elle était hors de ma portée. Ou peut-être que, si j'avais été un peu plus proche d'elle, j'aurais pu vraiment tomber amoureux.

« Fufu, t'es gentil. »

Je veux dire, c'était pas exactement un mensonge que j'étais basiquement intéressé par sa mignonnerie, mais peut-être qu'elle s'en fichait. Elle a serré mon bras fort.

Merde, si ça continue, je vais être sous son charme en un temps record…

« Et pour un premier amour, y a quelqu'un comme ça ? »

Je devrais faire le malin, dire qu'elle est mon premier ? Franchement j'avais pas envie. J'avais pas envie de lui mentir.

J'ai vraiment eu un premier amour.

C'est un peu embarrassant, assez pour que je l'aie jamais dit à personne. Mais bon, je crois que je vais être honnête avec elle.

« Au primaire, y avait cette fille que j'aimais… en fait, je crois que je l'admirais. »

Ce jour-là, j'étais un wreck.

Pourquoi, c'est simple. J'avais écrit ma première fiction, et mon pote s'en est moqué.

J'étais super confiant, je lui ai montré fièrement, pour me prendre une douche de critiques acerbes et d'insultes. Ma fierté s'est effondrée et dès que la cloche de fin a sonné, j'ai foncé n'importe où sauf là, les larmes aux yeux.

J'avais pas du tout envie de rentrer, et j'ai fini par courir dans la direction complètement opposée. Vraiment gamin, quand j'y repense.

J'ai abouti dans un parc où j'étais jamais allé. Je le cherchais pas, j'y suis juste arrivé après m'être fatigué à fuir.

C'est là que je l'ai rencontrée.

« Cette fille avait l'air vachement abattue, assise sur une des balançoires. Je me serais pas occupé d'elle si c'était juste ça, mais j'ai remarqué qu'elle tenait un paquet de papier manuscrit. »

C'était le même type que celui que j'avais utilisé pour la mienne, donc je l'ai reconnu direct. Je me suis dit, tiens, peut-être qu'elle est comme moi, et je l'ai abordée.

Il s'est avéré que j'avais raison.

« Je me souviens plus de ce que je lui ai dit là-bas, mais d'une façon ou d'une autre, j'ai fini par lire son histoire. »

Je me suis assis sur la balançoire à côté de la sienne, et j'ai lu. C'était bien.

« ―― J'ai été vraiment choqué. Elle avait l'air du même âge que moi, peut-être même plus jeune. Mais malgré ça, son intrigue, ses personnages, son style littéraire, tout était parfait. »

Putain, c'est vraiment bon, me souviens lui avoir dit, presque en sanglotant.

C'est là que j'ai enfin compris. J'ai compris que mon pote avait raison de descendre mon boulot.

Je l'ai accepté, non, on me l'a fait accepter, et puis j'ai balancé mon manuscrit par terre. Je m'en souviens encore. Les pages qui peignaient le sol du parc en blanc.

« J'ai réalisé qu'elle était meilleure que moi, comme le ciel et la terre. J'étais frustré, j'étais jaloux… et puis je suis rentré en courant, en pleurant. »

Mais je dois admettre qu'en gamin, j'avais encore assez de cran pour pas lâcher mon stylo pour toujours.

Je voulais écrire aussi bien qu'elle. Le gamin que j'étais a bossé sans relâche, essai après erreur, réécriture sur réécriture.

Et avançons de quelques années, j'avais enfin fini. Mes Aventures du héros Abel. Le fond de l'histoire était le même que celui que j'avais balancé ce jour-là. C'était un remake en fait.

« J'ai même réussi à faire dire à mon pote que c'était une bonne lecture… Même s'il a ajouté "pour un ado". »

« Moi aussi je trouvais que c'était vraiment bien. »

Donc elle a lu ça. C'est un peu gênant en fait. Bon, tous les membres du club de littérature gardaient leurs œuvres en salle de club donc tout le monde pouvait les lire. Bah si elle m'aimait depuis là, c'était pas un si grand saut d'imaginer qu'elle aurait essayé de lire ma fiction merdique style light novel.

« Kurono-kun, tu étais toujours super sérieux au club de littérature, non ? J'aime vraiment cette partie de toi. »

« M-merci… »

Ses yeux étaient si sincères, si innocents en me louant que, plutôt que d'être content, j'étais plus gêné. Même si ça a fait monter mon rythme cardiaque tout pareil.

« Hmm… Mais je suis un tout petit peu jalouse, de cette fille je veux dire. »

« V-vraiment ? J'ai dit premier amour, mais c'était plutôt que je m'étais fixé sur elle comme objectif, quoi. Et en plus, je me souviens même plus de sa tronche. »

« Mais tout le temps que tu as passé à écrire, tu pensais juste à elle, non ? Même maintenant, je parie. »

M-merde t'es perspicace. C'est ça qu'on appelle l'intuition d'une fille amoureuse ?

Cette fille était comme mon origin story pour comment j'en suis venu à écrire comme j'écris, et je me souviens d'elle à chaque fois que j'écris.

Mais alors, j'ai rien écrit du tout récemment… Non, attends attends, est-ce que j'écrivais pas juste hier ? Alors pourquoi mes doigts se souviennent pas de la sensation de taper sur mon portable ?

« Fufu, je voulais juste te taquiner un peu, désolée. Je m'en fiche pas mal en fait. »

Et une fois de plus j'ai admis ma défaite totale face au sourire radieux de Shirazaki-san qui avait l'air de dire, et voilà à quel point je suis une copine géniale.

J'étais sur le point de me perdre et de juste continuer à la fixer, mais j'ai repris le contrôle. J'ai paré la séduction de son sourire et j'ai tenté de changer de sujet.

« Ah ouais, merci pour le déjeuner. C'était vraiment bon, je le pense. »

J'avais Somehow fini tout le bento que Shirazaki-san m'avait fait. Comme elle tenait, ou plutôt s'accrochait à mon bras gauche, je pouvais pas vraiment m'en servir pour manger, donc j'aurais été dans de beaux draps si le sandwich était pas l'élément principal de la boîte.

Bref, j'ai eu aucun mal à tout finir, donc tout va bien.

« Du coup, on peut refaire ça demain, non ? Tu m'en voudrais pas ? »

« Non, en fait… J'aurais pitié de te le faire faire. »

« Hé, je suis ta copine non ? Ce serait mon plaisir. »

Merde, et moi qui croyais que ma Sœur était la seule à s'investir autant. Ça me fait me demander s'il y a pas un boom Yamato Nadeshiki qui se trame ou un truc du genre. Non, je m'emballe. Shirazaki-san est juste une fille aussi bien. Son girl power était hors des charts.

« Merci, j'accepte l'offre alors. En fait, mes parents sont partis pour un moment, donc je stressais pour quoi faire pour le déjeuner. »

« Ah, c'est pour ça que t'avais pas apporté le tien aujourd'hui. »

Elle m'a vraiment sauvé aujourd'hui. Hier, quand il s'est avéré que mes parents avaient déguerpi d'un coup, j'étais tellement sidéré par le fait que j'ai oublié de penser à quoi que ce soit pour le déjeuner.

« C'est tombé comme ça, tu vois ? Et en plus, ma sœur a profité de l'occasion pour squatter chez son mec, tu peux croire ça ? »

« Hum hum… Donc ça veut dire que tu vis seul maintenant ? »

« Ouais, pour un moment, je suppose. »

J'ai failli commencer à tout lui déballer, mais en respirant une fois, j'ai décidé de pas le faire.

« OK, du coup tu… t'importunerais pas que je passe chez toi parfois… ? »

J'étais pas assez pur pour accepter cette dernière phrase au premier degré. Je suis un lycéen, qui vient enfin de se choper une copine. Je serais simplement fou si je m'attendais pas à ce-que-vous-savez à partir de ces mots.

Des mots qui exprimaient clairement qu'une fille était prête et disposée à venir chez un mec qui vivait seul.

« Euh, ça, bon… »

Et me revoilà, le loser qui ne sait réagir à ce genre de situation qu'avec une réponse paniquée en vrac.

« Je… peux pas ? »

« Mais bien sûr que si ! Je veux dire, bah… t'es sûre ? »

Connard, c'est elle qui demande si c'est ok ou pas. Moi qui lui redemande, ça a juste servi à rendre cristallin que j'avais certaines attentes sur sa visite demandée.

« … Mm. »

Et malgré qu'elle l'ait réalisé, elle, Shirazaki-san, a acquiescé. Malgré son visage complètement rouge écarlate, elle a hoché la tête en réponse.

« O-OK… »

Je pouvais plus rien dire. Aussi, je pouvais pas la regarder dans les yeux non plus. J'ai détourné le regard.

Mais Shirazaki tenait toujours mon bras fort, cette douceur, cette chaleur, j'arrivais pas à arrêter de la sentir, pas du tout.

Infiniment tenté par son charme sincère, mon cerveau avait arrêté de marcher correctement. C'était quoi, comment même, qu'est-ce que je―― Mes pensées étaient en vrac.

Mais mon mauvais état a été nettoyé vite. La cloche familière a sonné à mes oreilles.

« Ah, y a la cloche. »

« Oh, t'as raison, on y retourne ! »

J'ai été relâché de l'étreinte tendre de Shirazaki-san. Pour l'instant.

La promesse était déjà faite. Elle viendrait chez moi.

On dirait que ça va pas tarder avant que je ne devienne complètement captif d'elle…

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