Le château royal de Daidalos, depuis le balcon le plus haut qui s'y trouvait, offrait une vue ininterrompue sur la ville de Daidalos qui s'étendait en contrebas.
Ce n'était pas une capitale de démons incivilisés comme le pensaient les gens de la République, mais une cité civilisée et moderne, à l'image des villes humaines.
Deux personnes se tenaient sur le balcon, observant Daidalos s'assombrir lentement.
D'un côté, une petite fille ; de l'autre, un grand jeune homme ; tous deux portaient de magnifiques cheveux argentés ; au premier regard, on les aurait pris pour frère et sœur.
Cependant, aucun lien de sang ne les unissait ; le mot qui définissait leur relation était « compagnons de travail ».
La petite fille était la 7e Apôtre Sariel, le grand jeune homme le 2e Apôtre Abel ; tous deux étaient des êtres transcendants gratifiés de la Protection Divine du Dieu Blanc.
L'accueil chaleureux qui lui était réservé en tant qu'envoyé du Pape avait déjà pris fin, la foule avait été renvoyée, et le visage masculin d'Abel était découvert, sans plus aucune nécessité de le cacher.
En sa qualité de 2e Apôtre Abel, il s'adressa à Sariel, qui se tenait là en silence.
« J'ai entendu Misa ; il semble que tu aies eu pas mal d'ennuis. »
Bien que le ton fût indifférent et quelque peu froid, c'étaient, sans aucun doute, des mots de gratitude.
« Pas du tout. »
Sariel ne dit que cela et regarda Abel de ses yeux d'un cramoisi profond.
De l'autre côté se trouvait un couple d'yeux noir et bleu, semblables à la nuit et au jour ; les regards des deux ne se croisèrent qu'une seconde.
« Ses actions étaient clairement un abus de pouvoir ; je l'ai sévèrement "mise en garde". » (Abel)
La seule personne capable de mettre en garde une Apôtre ne peut être qu'une autre Apôtre.
Sariel ne pouvait pas savoir quel genre d'avertissement le « Héros Blanc » 2e Apôtre Abel lui avait donné.
D'autant plus qu'elle n'avait jamais reçu un tel avertissement, elle qui avait fidèlement obéi aux ordres de l'Église jusqu'à présent.
« Je ne veux pas d'autres ennuis de ce genre ; toutefois, compte tenu de sa personnalité, ce sera un cas difficile. »
Sariel vit Abel soupirer comme pour dire « Bon sang. »
Sariel eut soudain la pensée que, bien qu'Abel conservât toujours une expression impassible et restât calme, posé et maître de lui, il possédait des émotions humaines, contrairement à elle.
« Je pense que tu le sais déjà, Misa te considère comme une rivale. Bien que cela puisse t'être pénible, je souhaite que vous entreteniez de bonnes relations en tant qu'Apôtres. »
« Oui. »
Il n'y avait rien que Sariel pensât de Misa.
Les sentiments négatifs comme « embêtante » ou « agaçante » étaient inexistants ; mais les sentiments positifs l'étaient tout autant.
« … Peut-être cet avis était-il inutile pour toi. »
« Non, je vous remercie sincèrement pour cet avis, Monsieur Abel. »
Peut-être sentit-il que Sariel ne pensait vraiment rien au fond d'elle-même, c'est pourquoi il dit cela, mais Sariel ne put en saisir que le sens littéral.
« Pour ce qui est des problèmes, Ai est aussi venue ici, n'est-ce pas ? »
« Oui, elle est venue ici le 15e jour du mois de Hatsuhi. »
L'information qu'il n'aurait pas pu connaître par le seul rapport de Misa, Sariel la lui transmit avec les mots de l'affirmation.
Abel ne parut pas surpris.
« Passer les défenses pour apparaître sans crier gare, ça s'appelle "venir en visite" ? »
Et il le dit comme s'il avait vu les agissements d'Ai ; non, plus probablement avait-il fait la même expérience que Sariel.
Sariel avait des doutes sur sa capacité à franchir les défenses de la cathédrale d'Elysion, mais elle l'accepta soudain, car Ai aussi était aimée de Dieu ; pour elle, ce ne devait pas être bien compliqué.
« Qu'est-ce qu'elle a dit ? »
« Elle a demandé l'établissement de Guildes à Daidalos. »
Elle a fait une demande toute simple, hein, marmonna Abel comme impressionné, mais il n'avait aucun moyen de savoir qu'elle était passée à l'action pour embrasser Sariel après avoir énoncé sa requête.
« As-tu lancé la Guilde ? »
« Oui, pour l'instant les quêtes ne concernent que les environs de Daidalos, mais dans un futur proche elles s'étendront à tout le territoire. »
Les escouades de mercenaires recrutées depuis la République étaient encore employées comme force militaire pour la prochaine invasion, mais certaines avaient été dissoutes après la pacification du territoire de Daidalos.
Elles auraient deux choix : rester sur le continent de Pandora, ou retourner vers la République ; elles choisiraient cette dernière option car une autre guerre pourrait éclater sur cette terre.
C'est parce que ce genre de gens étaient présents qu'il n'y avait pas de pénurie d'aventuriers.
Une fois la Guilde des Aventuriers lancée, le nombre de personnes augmenterait naturellement.
« Je vois ; c'est une bonne nouvelle que tout se passe bien ; on dirait qu'il était judicieux de confier le poste de commandante suprême des Croisés à Sariel. »
« Je vous remercie. »
Il y avait parmi les Apôtres des gens capricieux comme Misa et Ai ; aussi les gens comme Sariel étaient-ils précieux.
En pensant ainsi, le compliment d'Abel n'était pas un compliment superflu.
« Bon, alors, passons au vif du sujet. »
Il était impossible que ces deux-là se retrouvent ensemble par un hasard naturel.
La seule raison pour laquelle ils avaient écarté les gens pour être seuls signifiait qu'ils avaient quelque chose à dire qui ne devait pas être entendu par d'autres.
« C'est la raison principale pour laquelle je suis venu sur le continent de Pandora ; au lieu de le dire à Mlle Sariel par lettre, j'ai pensé qu'il valait mieux le dire de vive voix. »
En d'autres termes, cela signifiait qu'il ne voulait pas que le contenu soit vu par son adjudant Liuchrome non plus.
Bien qu'Abel n'eût pas dit que la divulgation était interdite, Sariel comprit qu'elle devait garder l'information pour elle seule.
« Le 13 du mois de Hatsuhi, j'ai reçu un oracle disant : "Un Roi Démon va naître." »
Au moment où elle entendit ces mots, le visage d'un seul homme apparut dans le cerveau de Sariel.
C'était l'homme aux yeux noirs, aux cheveux noirs, numéro d'expérience 49, Kurono Mao.
Pourquoi Kurono était apparu, la raison, Sariel elle-même ne la connaissait pas.
Était-ce parce que son apparence noire ressemblait à un Roi Démon ? Ou était-ce parce qu'il avait accompli des actes à Alsace qui lui avaient valu le nom de « Diable » ?
« Je ne sais pas ce que cela signifie exactement, mais je pense qu'une personne qui contrôlera les démons sur le continent de Pandora va apparaître, et je suis venu ici pour la repérer. »
Les oracles du Dieu Blanc ne s'expliquent jamais d'eux-mêmes ; c'est le travail des prêtres que d'interpréter ce que le dieu veut en réalité.
Bien qu'il n'y ait aucune preuve que l'interprétation d'Abel soit correcte, en considérant les diverses possibilités, c'était la plus facile à comprendre.
Dans ce cas, la personne qui « contrôlerait les démons sur le continent de Pandora », serait-ce ce Kurono ?
« Bien sûr, d'après les endroits où je suis allé, il ne semblait pas y avoir de personne qui serait un Roi Démon ; il est donc probable que le Roi Démon naisse dans ce monde comme un enfant. »
Pour ce qui est de l'avertissement, elle devrait informer au sujet de l'homme nommé Kurono ; bien qu'il n'y ait pas de preuve définitive, elle devrait le faire.
« … Oui. »
Cependant, hormis ces mots, aucune autre parole ne sortit de la bouche de Sariel.
La légère hésitation, le silence d'une seconde, ne fut pas remarquée par Abel, qui continua d'une voix calme.
« Si un Roi Démon apparaît vraiment, ce sera à toi, Mlle Sariel, de faire le premier contact avec lui ; et ce Roi Démon doit être une grande existence puisqu'il a été annoncé par un oracle. Juste au moment où nous pensions que notre travail de conquête du continent de Pandora serait aisément achevé après avoir repoussé l'armée de Daidalos, tout a basculé. Agis avec vigilance. »
« Oui. »
Après cela, ils échangèrent encore quelques mots, puis Abel quitta les lieux.
« Kurono… Maou »
[ET : Ce n'est pas son nom. Maou = Roi Démon, Satan, Seigneur Démon. Mao (son nom) = bienveillant, aimable (son visage ne le montre pas), fort, et sincère. En d'autres termes, Mao = mauviette qui ne peut pas être cruel.]
L'image du Roi Démon, que chaque citoyen de la République porte en lui, Sariel la porte aussi.
Un ciel voilé de sombres nuages menaçants, un château lugubre dressé dans la nuit noire, et sur le trône placé au sommet, un homme à l'air diabolique attendant le Héros en riant ; voilà l'image.
Devenus adultes, ils en riraient, disant qu'un tel Roi Démon ne saurait exister.
Cependant, Sariel imagina la scène de Kurono assis sur le trône, ordonnant à une armée de démons d'anéantir les Croisés en riant aux éclats. Ce fut la première fois qu'elle eut le sentiment que son imagination était anormalement réelle.