« Moi, je n'ai même jamais embrassé Anastasia sur le dos de la main ! Toi.......! »
Mon frère regardait Mikhail avec un visage terriblement lésé.
« ......Tu ne me l'avais pas dit. »
« Quand même ! Tu n'aurais pas dû toucher la petite sœur de quelqu'un d'autre comme ça. »
« C'est pourtant Damian qui m'a dit d'être poli.... »
Mikhail aussi regardait mon frère avec un visage de victime.
En spectatrice, j'étais simplement stupéfaite.
'Dire que mon frère se comporte comme un enfant....'
Ça dépassait mon imagination que mon frère crie fort, au contraire, il n'était pas du genre à montrer le moindre signe de gêne comme ça.
Parce qu'il m'était arrivé de penser que les mots « calme » et « poli » avaient été inventés pour mon frère.
Devant une scène aussi rare, le premier baiser sur le dos de ma main, ce n'était rien.
Je suis encore un bébé, de toute façon.
'Vous savez, normalement, les moments comme celui-là quand on est bébé, ça ne compte pas.'
Normalement, les bébés ne s'en souviennent même pas.
Comme Mikhail est encore petit (il avait un an de moins que mon frère, un tout jeune enfant de six ans, même s'il semble que son anniversaire soit en février), il est possible qu'il oublie tout ça d'ici une dizaine d'années.
Bref, la dispute entre Mikhail et mon frère n'a pas duré longtemps.
En gros, ce que je veux dire, c'est qu'aucun des deux ne se comporte comme son âge.
'Il faut être comme ma grande sœur pour se comporter comme son âge.'
À vrai dire, c'était plutôt une chance qu'ils ne soient pas puérils.
Parce que c'était moi la moins puérile.
Ce n'est qu'après un sévère avertissement de mon frère, interdisant tout contact physique, que Mikhail a de nouveau eu le droit de s'approcher de moi.
À moitié allongé, il a croisé mon regard.
« Comme c'est fascinant. C'est si petit. »
Mikhail a murmuré ça comme si j'étais une créature inédite qu'il venait de voir.
« Notre petite dernière, ne la touche pas n'importe comment. »
« J'ai dit que je ne le ferais pas. »
Mikhail a regardé mon frère d'un ton las, puis a de nouveau tourné la tête vers moi.
« C'est vraiment petit. »
Je sais très bien que je suis petite, alors tu peux arrêter de me le dire ?
Il me regardait, le menton posé au creux de ses deux mains.
Des yeux violets emplis de curiosité étaient tournés vers moi.
Alors je me suis mise à regarder Mikhail de la même manière.
Il y avait quelque chose que je voulais savoir, de toute façon.
Cependant.....
'Je ne sais pas. Ça s'est empilé pendant deux mille ans, alors évidemment que c'est plus difficile de se souvenir.'
Si j'avais été à ce point marquante, je me serais tout de suite rappelé de qui il s'agissait quand j'ai ressenti ce fameux 'manque' au départ.
J'ai décidé de laisser tomber pour l'instant.
Parce qu'après tout, jusqu'à maintenant, les choses importantes me sont toujours revenues au bon moment.
Mikhail continuait de m'observer, alors j'ai tourné la tête la première parce que je commençais à fatiguer.
« Waouh, tu sais bouger la tête ? »
Bien sûr que je sais bouger. J'ai l'air d'une poupée ou d'une statue ou quoi ?
« Bébé, tu sais te lever ? Tu sais bouger les mains ? Regarde par ici. »
Puis il a déversé un tas de questions.
Il s'est approché un peu de moi comme s'il rampait, puis il a regardé ma main, et il s'est encore émerveillé.
« Comment ça peut être aussi petit ? On dirait des chamallows collés. »
Mikhail avait l'air d'avoir envie de toucher mes mains et mes joues, et il a fini par redemander à mon frère.
« Je ne peux pas toucher la demoiselle juste cette fois ? »
« Non. »
« Je crois que ça va être tout doux. »
« Notre Anastasia n'est pas de la pâte à modeler. »
« Je n'ai pas dit ça. C'est juste qu'elle est vraiment petite, qu'elle bouge partout et que c'est fascinant. Elle ne pleure même pas. »
Mon frère a soupiré aux mots de Mikhail.
« Mère s'en inquiète. Notre Anastasia est si douce qu'elle ne pleure jamais. »
« C'est une raison de s'inquiéter, ça ? »
« Bien sûr ! »
Malgré les paroles de mon frère, Mikhail avait simplement l'air perplexe.
J'étais d'accord avec sa curiosité, moi aussi. Enfin, tu ne me connais sans doute pas très bien, ni lui, ni les bébés.
Mikhail m'a regardée et a ouvert la bouche, comme s'il était seulement étonné des paroles de mon frère.
« Quand même, à part ça, elle ressemble à un bébé normal. Elle est petite, petite..... »
« Quoi ? »
Mon grand frère a lancé à Mikhail un nouveau regard abasourdi.
« Pourquoi ? »
Oui, qu'est-ce qui ne va pas chez mon frère ?
Je l'ai regardé avec les mêmes yeux pleins de questions que Mikhail.
Alors, mon frère a froncé les sourcils et a ouvert la bouche d'un air sérieux.
« En quoi notre Anastasia serait un bébé normal. »
« Alors ? Quoi, si elle ne pleure pas, c'est qu'elle est mal... mmpf ! »
« Surveille ta bouche, Mikhail. Ce n'est pas ça. »
Mon grand frère a fixé Mikhail et a parlé avec un visage plein d'assurance.
« Notre Anastasia n'est pas un bébé ordinaire, c'est un bébé très mignon, adorable et angélique. »
« ....... »
Mikhail et moi avons fermé nos bouches en même temps.
Je suis désolée, grand frère.
Je ne peux pas prendre ton parti, là, tout de suite.
Mikhail était l'unique héritier du Grand-Duc de Leventis.
Contrairement à mon grand frère, qui a été désigné comme successeur mais dont le cas n'est pas encore tranché avec certitude, Mikhail était vraiment appelé « le jeune duc ».
C'est le meilleur ami de mon frère, et il est encore petit, mais il montre un talent remarquable pour l'épée.
Ce n'est pas incroyable, ça : je l'ai rencontré il y a peu et j'en sais déjà autant sur lui.
'Entre toutes les choses, pourquoi c'est ce genre d'informations que j'obtiens si vite !'
Je ne sais toujours pas grand-chose sur cette maison.
Je l'ai appris parce que les servantes, qui ne parlaient jamais de la maison du duc, parlaient de Mikhail de temps en temps.
C'est dire à quelle fréquence Mikhail se rendait à la résidence ducale.
En particulier.
« Bébé, je suis là. Tu as bien joué ? »
Dans ma chambre.
Les cheveux de Mikhail étaient légèrement humides, sans doute parce qu'il s'était lavé après son entraînement à l'épée.
Ses cheveux d'ordinaire si tranquilles retombaient davantage, ce qui créait une atmosphère étrange.
'Rien qu'à l'atmosphère, il ne fait vraiment pas six ans.'
D'une manière très différente de mon frère.
Mikhail Leventis n'avait pas de parents.
Sa seule famille, c'était son grand-père, l'actuel Grand-Duc de Leventis.
Le Grand-Duc était très occupé.
Pour cette raison, je ne le savais pas jusqu'à maintenant, mais Mikhail disait qu'il séjournait dans cette maison environ la moitié du mois.
Sous prétexte d'étudier avec mon frère.
Mais ces derniers temps, ce n'était plus la moitié du mois, c'était vingt jours qu'il semblait passer à entrer et sortir de la maison du duc.
« Bébé, et si tu prenais ça et que tu souriais, aujourd'hui ? »
Et comme ça, quand son temps d'étude est terminé, il vient me voir et me donne toutes sortes de choses.
'Encore un bijou.'
Des bijoux aux armes, parfois des fleurs, et des jouets, de la dentelle et de la soie.
L'offensive des cadeaux a commencé avec une question lâchée par Mikhail.
« Pourquoi le bébé ne sourit pas ? »
« Oh là là, jeune duc. Ce n'est pas donné à tout le monde de voir le sourire de notre demoiselle. »
« C'est vrai, c'est vrai. On ne peut le voir un tout petit peu qu'après être devenu très proche ! »
Les servantes qui avaient vu mon sourire deux mois plus tôt ont répondu fièrement.
Même si j'avais hissé le drapeau blanc, j'étais toujours un bébé au sourire rare.
C'est parce que je n'ai pas l'habitude d'exprimer mes sentiments.
Bref, depuis, Mikhail m'a apporté des choses qu'il juge bonnes pour moi.
Mon frère et ma sœur, eux aussi, en parlaient fièrement à Mikhail, allez savoir pourquoi.
« Chacha, elle souwit souvent à Lawa ! Pas vwai, Chacha. »
« Anastasia ne sourit qu'à son vrai frère. »
Mikhail avait l'air légèrement boudeur à ces mots.
Mais il ne se fâchait pas et ne me pressait pas de rire vite.
'Il n'est pas comme un enfant... Non, même les adultes ne montrent pas ce genre de patience.'
Les gens attendent ce qui leur plaît et se fâchent quand les choses ne vont pas dans leur sens.
Pourtant, Mikhail m'offrait des cadeaux en silence, que ce soit parce qu'il ne voulait pas abandonner ou parce qu'il trouvait ça naturel.
Jusqu'à aujourd'hui.
'C'est fascinant, mais.....'
Tu as beaucoup d'argent ?
Enfin, ça doit sans doute déborder, mais... Puisque c'est celui du grand-duc.
Non, même comme ça.
J'ai soupiré en regardant le rubis de la taille de ma paume.
'Enfin, qui apporte ça en cadeau à un bébé.'
Bien sûr, je n'avais aucune intention de recevoir quoi que ce soit.
« La petite soupire ? »
Ça fait déjà un mois que j'ai rencontré Mikhail, et il me regardait toujours comme si j'étais une créature étrange.
En plus, l'expression « petite » semble de plus en plus appuyée.
Oui, c'est parce qu'il n'arrête pas de dire que je suis petite. C'est justement pour ça que j'ai encore moins envie de rire !
'Je me disais déjà que je grandissais moins, c'est à cause de lui ?'
Parce qu'il a du mana.
Bien sûr, je savais mieux que quiconque que ça ne servait à rien d'accuser ça.
Mikhail a du mana, mais il ne savait pas du tout se servir de la magie.
'Dommage, avec une quantité pareille, ça sera bien utile plus tard.'
Parce que toutes sortes d'affaires arriveront avant même l'heure de la destruction.
Enfin, ce n'était pas une chose dont je me souciais depuis plus de huit mois.
Si j'en ai vraiment besoin, je pourrai réveiller mon mana en douceur plus tard, une fois que j'aurai un peu grandi.
'Ce que je dois faire maintenant, c'est me lever !'
Ce n'est pas pour rien que je disais que je ne grandissais pas.
À ce stade, ça devrait être facile d'attraper quelque chose et de me mettre debout, ou de babiller davantage, mais.
Mes progrès restaient lents.
'Ce canapé, quand est-ce que je le conquerrai ?'
Peut-être parce que ma sœur avait été tardive elle aussi, personne chez le duc ne pressait mes pas ni mes progrès en babil.
Mais moi, j'en suis à ma centième expérience de bébé !
C'est vraiment normal d'être aussi en retard ?
Pendant que je réfléchissais, j'ignorais Mikhail
(le contact physique lui était toujours interdit) qui me suivait par-derrière à genoux.
Ses observations ne duraient pas depuis un jour ou deux, alors ça m'était égal.
Cependant.
'Euh ?'
Au moment où j'ai essayé de me lever en m'accrochant au canapé.
Mon corps a basculé vers l'arrière.
Bam, badaboum !
'Aïe...'
Même s'il y avait un tapis, j'ai senti la douleur dans mes fesses toutes molles.
Et pas seulement : mon dos et ma tête...
« Ah, bébé ! »
« Kyaa, Mademoiselle ! »
J'ai failli tomber à la renverse, mais Mikhail a fait preuve de son agilité inut... utile.
Je sentais la main de Mikhail posée en appui sur mon épaule.
'J'ai....... J'ai perdu l'équilibre ?'
C'était un choc.
Sachant que mon corps grandissait tardivement, je faisais attention à beaucoup de choses.
Parce que je ne voulais pas voir ma famille triste après que je me sois blessée, même un tout petit peu.
'Mais, à cause du poids de cette tête. Moi..... ?'
Sous le choc de ce constat ridicule, je suis restée dans le vide, et les servantes se sont précipitées pour me serrer contre elles.
« Mademoiselle, vous n'avez pas mal ? »
« Vous avez été très surprise ? Vous n'arrivez même pas à pleurer... »
Ce n'est pas ça, mais bien sûr que j'ai été surprise !
Ce n'est pas que je suis surprise au point de ne même pas pouvoir pleurer !
'C'est juste que c'était tellement ridicule...'
C'était un moment où je me suis sentie lésée.
« Je, je suis désolé. Bébé. »
J'ai entendu la voix de Mikhail.
Il a levé la main avec précaution, comme s'il avait péché.
Tenant le gros rubis qu'il n'avait pas pu me donner.
'C'est donc toi, le coupable de mon déséquilibre !'
J'ai compris la situation tout de suite.
Pas étonnant que ma nuque m'ait paru si lourde au moment où je me suis levée !
« C'est parce que je voulais te le donner, vraiment. Je ne pensais pas que tu tomberais..... »
Ce garnement avait posé le lourd rubis sur ma cape à capuche, celle que les servantes m'avaient mise en disant que c'était mignon.
J'ai crié sur Mikhail, de honte et de colère.
« a a eu... ! »
Je te déteste ! Voilà ce que j'ai dit.