« Elka, tu es forte, mais... il te manque quelque chose de décisif en tant que soldate. »
« Qu... qu'est-ce que ça veut dire ! »
J'ai réagi vivement face au chef d'escouade.
Pour devenir soldate du royaume de Destinia, je m'étais engagée comme recrue.
Malgré mon statut de femme, j'avais du talent pour l'épée.
S'ajoutait à cela un talent pour la magie.
Je ne pense pas que ce soit si étrange qu'une simple fille de village, qui ne voulait pas finir sa vie comme telle, ait visé le métier de soldate.
« Ton talent à l'épée arrive en second, juste derrière Grain qui ne cherche qu'à maîtriser la lame. Ton talent pour la magie arrive aussi en second, derrière Tia qui ne vise que la maîtrise de la magie. Toi qui possèdes les deux, tu es invaincue en combat simulé. Ton palmarès est écrasant et tu conserves la première place. C'est impressionnant. »
Le chef d'escouade, qui d'ordinaire ne flatte personne, me complimentait.
Il n'y avait pas de raison de ne pas être contente.
C'est précisément pour ça que je ne pouvais pas accepter.
« Alors... pourquoi je ne peux pas devenir soldate !? Grain et Tia le peuvent, eux ! Pourquoi ! »
« ... »
Je n'ai pas pu obtenir mon diplôme de recrue cette année.
D'autres recrues, aux résultats inférieurs aux miens, l'ont obtenu, mais moi seule je ne pourrai pas combattre en tant que soldate à partir de l'an prochain.
Le combat en lui-même, je ne l'aime pas particulièrement.
Si je ne peux pas me battre, tant pis.
Simplement, ces dernières années d'entraînement ont fait éclore mon talent, qui a enflé jusqu'à un certain point, et ma fierté ne peut s'empêcher de ressentir un accroc.
« ———— Si tu veux connaître la réponse, viens plus tard au terrain d'entraînement. Je t'expliquerai tout là-bas. »
« ... Compris. »
Apparemment, il n'avait pas l'intention de me l'expliquer ici.
J'ai acquiescé à contrecœur et quitté les lieux pour l'instant.
***
Le temps a passé, et guettant le bon moment, je me suis rendue sur le terrain d'entraînement.
Ceint de murs, il offrait une surface amplement suffisante pour croiser le fer.
Le long des murs étaient alignées des épées d'entraînement, ainsi que des boucliers et des armures appuyés contre la paroi.
C'est nostalgique.
Moi aussi, j'y ai versé des larmes, du sang et de la sueur.
« Tu es venue. »
« Chef... »
Au centre du terrain, le chef d'escouade se tenait debout.
Un doute m'a traversée.
Pourquoi me regardait-il avec des yeux chargés d'intentions meurtrières ?
« ———— Allons-y. »
« Hein ? »
Le chef a frappé le sol et comblé la distance en un instant.
Prise au dépourvu, j'ai esquivé réflexivement.
Son épée a fendu l'air là où se trouvait mon buste une fraction de seconde plus tôt.
« Noun ! »
« Tch, ah ! »
L'épée du chef est une bastos, une grande épée à deux mains.
Puissante, et longue.
Après avoir vu l'arme passer au-dessus de ma tête, j'ai bondi en arrière de toutes mes forces.
J'avais vu le chef lever son épée par pure force brute.
J'ai suivi des yeux la lame qui s'abattait à grande vitesse et l'ai évitée de justesse.
Quelques mèches de cheveux ont volé dans les airs.
« Bien esquivé ! »
« At, attends ———— »
C'est inutile, elle vient pour me tuer c'est sûr.
L'épée chargée de killing intent me glaçait d'effroi.
Faut que j'agisse, sinon je me fais avoir ?
Le chef pointe son épée vers moi.
J'ai tourné le corps, plié en forme de « 九 » pour esquiver.
C'est une combinaison qu'il m'infligeait souvent pendant les combats d'entraînement.
Mais là, la netteté des mouvements est incomparable.
Évidemment, à l'entraînement il se retenait.
Mais la moi d'aujourd'hui...
« Ha, ha... »
J'évitais en les lisant, les coups amples et rapides.
En reculant pour esquiver, je maintenais une distance où ça ne m'atteignait pas de justesse.
Et puis.
( ! C'est là ! )
J'ai senti sous mon pied la présence de l'objet que j'avais repéré à l'avance, et je l'ai fait sauter de toutes mes forces.
« Quoi !? »
C'était une épée.
J'ai attrapé d'une main l'épée qui avait sauté derrière moi.
Je l'ai tenue prête le long du corps et j'ai dévié l'attaque du chef qui fonçait sur moi.
« Ha ! »
En la déviant, la posture du chef s'est forcément effondrée.
C'était une occasion que je ne pouvais pas laisser passer.
J'ai enfoncé mon épée dans son torse grand ouvert.
Enfon... cer.
« Tch ! »
« ———— Trop naïve. »
Mais l'imprévu survient.
Le chef tenait mon épée d'une main.
Comme j'avais porté un coup mortel, du sang coulait de sa main qui la bloquait.
Il a lâché son épée à deux mains d'une seule main et l'a stoppée en la renforçant avec sa magie.
Une prouesse qu'on ne tenterait jamais normalement, l'échec signifiant la perte de la main.
« Tu ne comprends toujours pas ce qui te manque ! »
Le chef, face à moi qui'étais déstabilisée, a levé son épée.
D'une main.
Il brandit son épée à deux mains d'une seule main.
On ne peut que dire :さすが chef d'escouade.
Mais ce n'est pas le moment de l'admirer.
Si je ne fuis pas maintenant, je vais mourir.
L'épée est fermement coincée dans sa main, impossible de m'enfuir avec.
Sans choix, j'ai lâché l'épée et mis immédiatement de la distance.
Le simple passage de la grande épée a généré une pression d'air qui m'a assaillie.
« Je ne te laisserai pas fuir ! »
« He !? »
Alors que je prenais de la distance, le chef m'a lancé l'épée qu'il tenait en main.
Mon corps 흔들é par la pression d'air, je n'ai pas pu l'esquiver correctement.
Je me suis tordue, mais j'ai senti l'épée s'enfoncer dans mon épaule.
« Gah... »
Clouée au mur du fond, le dos plaqué contre la paroi.
Un souffle m'a échappé, je me suis tordue de douleur.
Une chaleur intense irradie de mon épaule.
Quand j'ai essayé de bouger pour m'extraire, la douleur et le sang ont jailli.
« Pour... quoi... »
« Si tu ne veux pas mourir, rebelle-toi. »
Le chef se dresse devant moi.
Cette fois, il lève son épée à deux mains.
Je vais mourir.
Ici, sans même avoir obtenu mon diplôme de recrue ?
( Non... )
La mort me fait peur.
Je ne veux pas mourir.
Alors ————.
« ———— Je vais te tuer ! »
J'ai injecté ma magie dans l'épée plantée dans mon épaule et l'ai gelée jusqu'au cœur.
Puis, en y mettant la force, j'ai bougé mon corps, et avec un bruit de bris, les débris de l'épée se sont dispersés.
La blessure à l'épaule, je l'ai laissée gelée en guise de premiers soins.
« Funn ! »
L'épée s'est abattue.
Je me suis jetée dans sa direction sans la moindre hésitation.
« Nu !? »
J'ai passé sous son flanc par une roulade avant et j'ai commencé à courir.
Mon objectif : les épées alignées le long du mur.
Sans arme, impossible de tenir tête au chef en face-à-face.
Quoi qu'il en soit, il me faut d'abord une épée.
« Quel manège ! »
Le chef me poursuit par derrière.
C'est bon, en vitesse pure je suis légèrement au-dessus.
J'ai atteint les épées appuyées et saisi celle qui était la plus proche.
Et je l'ai lancée droit sur le chef.
« Mesquin... »
Le chef l'a déviée avec sa propre épée.
Un choc métallique a retenti.
Mais c'est déjà mat.
« Fuh ! »
« Qu... ———— ! »
J'avais déjà une autre épée en main.
Et, cachée dans l'ombre de l'épée lancée, j'ai fondu sur le chef à toute allure.
Il a dû s'en rendre compte, mais c'est trop tard.
Mon cœur est calme.
Pourtant je m'apprête à ôter la vie du chef, et je suis d'un calme effrayant.
Comme si mon cœur avait gelé.
« Mourrez. »
« Espèce d'idiot ! »
Mon estoc est stoppé par l'épée du chef.
Mais c'est parfait.
Au moment où les lames se touchent, les deux épées gèlent instantanément.
Et l'instant d'après, comme la précédente, elles se pulvérisent avec un bruit de bris.
« C'est fini. »
Seule moi sais qu'elles vont se briser.
C'est pour ça que j'ai pu bouger la première.
Je me suis jetée sans hésiter, j'ai enveloppé ma main de glace et façonné une épée de fortune.
Bien sûr, elle est gainée de magie.
Si je la plante telle quelle, je pourrai le transpercer.
Je l'ai exécuté sans hésiter.
Vise le cœur.
J'ai tendu le bras vers cet endroit.
« ———— Magnifique. »
— En réalité, l'endroit transpercé était le sein droit.
Le cœur n'a pas été touché.
Le chef a bougé son corps pour l'éviter, semble-t-il.
Mais l'issue du combat est évidente.
Le chef ne peut plus se battre.
« C'est fini. »
« ... Grain ? »
De notre côté, Grain est apparu.
Sans un mot, il a hissé le chef sur son épaule et a quitté le terrain d'entraînement.
« Faut amener le chef à l'infirmerie. »
Le chef ne dit rien.
Il a dû s'évanouir.
« C'était un bon combat. Je regardais de l'extérieur. »
« ———— Moi... »
Pourquoi n'ai-je pas pu obtenir mon diplôme ?
Je l'ai demandé à Grain.
Au final, je n'ai pas su pourquoi je n'avais pas pu être diplômée, même ici.
Le temps que le chef guérisse par magie de soin, cette conversation attendra.
« ... Tu sais, Elka, t'es trop gentille. »
« Hein ? »
Grain a parlé sans me regarder.
« C'est comme si tu ne pouvais pas être impitoyable. Dans le combat tout à l'heure, quand tu as dévié l'épée du chef, le sort en était jeté. Si tu n'avais pas hésité à ce moment, le chef n'aurait pas pu attraper ton épée. C'est ça qui l'inquiétait. »
« ... »
Je n'ai pas pu répondre.
Parce que c'était juste.
Ce n'était pas conscient.
Non, c'est parce que je n'en avais pas conscience que c'est d'autant plus grave.
« Mais le dernier échange était différent. L'intention de tuer ———— non, tu n'avais même pas d'intention de tuer. Tu avais l'air d'un automate qui n'aurait gardé que le but à accomplir, toutes émotions retirées. Pourquoi ce changement soudain ? »
« ... Je ne sais pas. J'avais juste la sensation que mon cœur avait gelé. »
Maintenant, je ne ressens rien.
Mais tout à l'heure, j'étais glaciale.
« Je pense que ta gentillesse est aussi un atout. Alors on ne veut pas que tu la perdes. Mais cette sensation, je crois qu'elle deviendra ton arme à l'avenir. »
« He... »
En disant ça, Grain a sorti un papier de qualité de sa poche.
Il me l'a tendu.
« "Donne-lui ça quand elle me battra", qu'il a dit le chef. Félicitations pour ton diplôme, qu'il a dit. »
« ... Oui. »
Je l'ai reçu.
Avec gratitude envers le chef qui s'était battu contre moi au péril de sa vie.
***
« Pourquoi... pourquoi le feu s'est-il éteint !? »
« ... »
Léviathan hurle.
L'expression d'Elka, qui souffrait encore tout à l'heure, est d'un calme terrifiant.
Comme si elle avait gelé.
« 〈 Esprit de sang-froid 〉 ———— Actuellement, mon cœur est gelé. »
Elka ne ressent aucune émotion pour l'instant.
On peut dire qu'elle est dans un état proche de divinisé.
Son but : tuer l'épée sacrée qui est devant elle.
« Ni la jalousie, ni la colère, je ne les ressens plus maintenant. »
« C'est parce que le sentiment de jalousie a disparu que... la flamme s'est éteinte !? »
Elka s'enveloppe de froid et pose doucement la main sur sa poitrine.
« 〈 Dépassement des limites 〉 ———— »
La température ambiante chute brutalement.
Le froid explosif gèle le sol, les arbres, tout.
« 〈 Sommet du démon de glace 〉 »
Elle est vérituellement la souveraine des glaces.
On dirait que l'élan des flammes de Léviathan faiblit.
« Kku... »
Léviathan recule d'un pas.
Entre-temps, la température baisse encore, et malgré ses flammes, Léviathan ressent un froid glacial.
« Finit-en. La moi actuelle ne prendra aucun plaisir à ça. »
« Ne, ne t'avise pas de te croire victorieuse ———— »
« 〈 Prison de glace 〉 »
Elka plante son épée dans le sol.
Alors, le sol aux pieds de Léviathan tremble, et d'immenses stalagmites de glace surgissent tout autour.
Puis un toit de glace se forme, l'enfermant complètement.
« Tu crois pouvoir m'enfermer dans une cage pareille ! »
Léviathan frappe un pilier de son poing enveloppé de flammes.
Mais ————.
« Eh... po, pourquoi... »
Au moment de l'impact, son avant-bras, à partir du coude, se brise avec un bruit sec.
Regardant les débris de son bras s'effondrer en morceaux, Léviathan recule.
« Qu'est-ce qui... »
« Savez-vous que les basses températures ont une limite ? »
Elka lui parle depuis l'extérieur de la cage.
« Quel que soit l'abaissement de la température, elle s'arrête à un certain point. C'est ce qu'on appelle le zéro absolu. Mon 〈 Dépassement des limites 〉 ———— »
——— Enlève cette valeur limite qu'est le zéro absolu.
« A, aaaaah ! »
Le corps de Léviathan se met à trembler.
La vigueur de ses flammes n'est plus que l'ombre d'elle-même.
Ses pieds gèlent et se brisent.
Léviathan s'effondre face contre terre.
Son corps colle alors au sol.
« Le défaut, c'est qu'on ne peut abaisser la température que dans la zone enfermée... mais bon, tes oreilles n'entendent presque plus rien, l'explication est inutile. »
« U... »
Léviathan ne peut que gémir.
Enfin, même les flammes qui enveloppaient son corps ont gelé.
« Dors misérablement dans ce froid glacial. »
La prison de glace se brise.
Sous la pluie de blocs de glace qui s'abattent, Léviathan est écrasé.
Le bruit de la glace qui se brise résonne tout autour.
La flamme de la jalousie ne s'allumera plus, jamais.