« Bienvenue, héros !! »
Ah, c'est la deuxième fois que j'entends cette réplique.
La première fois aussi, c'était dans la salle du trône de ce château, et la même princesse m'avait servi les mêmes mots.
Mais la différence avec la première fois, c'est qu'alors, l'homme à mes côtés était un parfait inconnu, alors qu'aujourd'hui, ce sont une quarantaine de camarades de classe.
Mes camarades sont passablement bouleversés, et certaines filles affichent même une expression terrifiée.
Moi, comme c'est la deuxième fois, je garde mon calme.
D'ailleurs, cette situation est ce que je « souhaitais depuis longtemps », alors pas question de paniquer.
Le nom de ce monde est <Éclat>. Jadis, la guerre entre humains, démons et hommes-bêtes s'y était intensifiée, plongeant le monde dans le chaos.
Et... c'est aussi un monde que j'ai sauvé une fois.
Avant de parler plus en détail de ce monde, laissez-moi vous parler de moi, .
Le temps remontait à quelques dizaines de minutes avant l'invocation.
« Hé ! Va m'acheter un pain aux nouilles sautées, !! »
La pause déjeuner au lycée... Je me fais soudainement donner un coup de pied dans le dos et je suis expulsé de la classe.
Le responsable, c'est sûrement un certain . Ces temps-ci, c'est trop la peine de retenir le nom de tout le monde.
« Moi, je veux un pain à la crème ! »
« Un pain au curry pour moi ! ! »
Tchi, quel ennui... Même des gars dont je n'arrive plus à me rappeler le nom me passent commande. Je les appellerai « sbire 1 et 2 d' », ça ira bien.
Je pourrais leur tenir tête, mais les types qui ont l'âme d'harceleurs au centre de la classe viendraient sûrement me convoquer après les cours en criant à l'« insubordination ». Pour moi, c'est ce qu'il y a de plus pénible et de plus détestable.
Je prends mon portefeuille en silence et décide de me rendre à la coopérative.
Dit-on, « » est mon surnom. Mes cheveux longs cachent mes yeux, et je suis plutôt petit. Vu ma tête d'otaku, je comprends qu'on m'appelle « introverti ».
Quant au « »...
« -kun ! Tu fais quoi ? »
C'est une fille aux cheveux bruns, coupe carrée un peu évasée, qui accourt depuis la coopérative. Ma voisine, mon amie d'enfance et camarade de classe, . Elle est un peu plus petite que moi, avec une silhouette bien proportionnée, une jolie fille.
« Ouais, . J'allais à la coopérative... Tu ne vas toujours pas arrêter de m'appeler "" ? »
« Mais -kun, c'est -kun ! »
Vous l'aurez peut-être deviné, le « » de « » vient du fait qu'elle m'appelle « » au lieu de « ». Apparemment, comme elle m'a appelé « » la première fois, elle n'a plus pu m'appeler « ». Mais pour et sa bande, voir l'idole de la classe appeler un introverti par son surnom doit leur paraître bizarre... C'est sans doute par jalousie mal placée que je subis une forme de harcèlement.
Les regards de la classe sont aussi pénibles. Jalousie chez les garçons, malaise chez les filles... Enfin, peu m'importe.
Tandis que je suis la cause de ce surnom sans le savoir, se fait interpeller par derrière par un garçon et une fille.
« , tu fais quoi ? On y va ? »
« Dépêche-toi ! J'ai super faim~ »
« , t'as pas changé. »
Les voix qui s'immiscent dans la conversation, je les reconnais : ce sont des figures centrales de la classe.
Le premier, c'est le soi-disant « two-block » comme coiffure, un beau gosse au visage sauvage, . Son nom est austère, mais son look est dans l'air du temps.
La seconde, c'est une fille plus petite que avec des couettes, . Personnalité active, bons réflexes sportifs... mais pas très futée, m'a confié en se plaignant.
Le dernier, c'est un beau gosse aux cheveux bruns mi-longs qui dégage une image de garçon doux. .
Le surhomme parfait, le type populaire par excellence, un « riajû ».
Ce sont tous mes camarades de classe, les amis de . Ils sont toujours tous les quatre au centre de la classe. « », c'est le surnom qu'ils donnent à .
« Ah, oui ! Alors, à plus, -kun ! »
Elle me fait un signe de la main et retourne probablement en classe.
Entre elle et moi, les trois s'interposent comme pour la protéger. J'ai l'impression qu'ils me dévisagent tous les trois.
Je me dis que je suis pas mal détesté, et je me dirige vers la coopérative.
—— Hé, pourquoi traîne-t-elle avec un type aussi introverti ?
—— Eh ? -kun n'est pas introverti !
C'est la conversation qui parvient à mes oreilles en dernier.
J'achète tous les pains qu'on m'a commandés de ma propre poche. C'est aussi pour ne pas qu'on me fasse perdre du temps plus tard.
En passant, je tente d'acheter une boisson et me dirige vers le distributeur automatique à l'extérieur.
J'achète mon café au lait sucré préféré — ou est-ce un café au lait ? — et retourne en classe.
Soudain, je porte mon regard vers la cour de l'école. Des élèves plus âgés y jouent au football. Il y a l'air d'y avoir des membres du club de football, et un gars incroyablement doué dribble la défense et se met en position de tir.
Avec un cri de détermination, le ballon est propulsé vers le filet... mais il passe au-dessus, décrivant un bel arc de cercle pour venir droit sur moi.
De mon côté, les mains pleines avec les pains et la boisson, je ne peux pas l'arrêter de la main.
« Haa... pas de chance. »
Mais le ballon qui fonce sur moi perd soudainement son élan juste devant mon nez, alors que je râle, et rebondit au sol.
Bon, faut que je livre ces pains vite fait.
La pause déjeuner se termine et les cours de l'après-midi commencent.
Par chance, je n'ai pas contrarié et sa bande. Je peux donc tranquillement allumer mon smartphone pendant le cours comme d'habitude. Je cache le regard du prof derrière mon manuel et j'ouvre un site de web-novels sur Internet.
Ce que je cherche... ce sont les romans d'invocation ou de transfert dans un autre monde.
... Il y a une dizaine d'années, j'ai été invoqué dans un autre monde et j'ai sauvé ce monde. Personne ne me croirait, alors je n'en ai parlé à personne.
Il y a une dizaine d'années... Moi qui avais sauvé le monde, j'en ai été chassé par le pays humain qui m'avait invoqué.
Ils voulaient probablement me tuer, mais j'avais grandi en tant que héros et atteint le domaine de l'immortalité, alors je ne suis pas mort si facilement. Je pense qu'ils m'ont renvoyé de force avec un sort de retour ou quelque chose du genre.
... Pourquoi je me suis réincarné en un autre humain en revenant dans le monde moderne, ça m'a quand même surpris...
Maintenant que j'y pense, le roi a dû me trouver gênant. Il a peut-être craint que je ne lui vole sa place...
Enfin, comme c'était soudain, j'ai laissé trop de choses là-bas.
C'est pour ça que depuis l'enfance, je cherche désespérément un moyen de retourner. J'ai dévoré les livres, écumé le net.
Heureusement, tous mes pouvoirs d'époque de héros avaient été transmis, alors je passe presque tout mon temps libre à lire des livres. La raison pour laquelle mes pouvoirs sont restés est aussi un mystère. Selon les web-novels, ce genre de chose s'appelle du « deus ex machina ». Un terme bien commode.
Malgré tout, je n'ai pas trouvé le moyen de retourner. Pourtant, je gâche ma vie et ma scolarité dans ce monde, sans la moindre piste.
Mais je ne peux pas abandonner. C'est pour ça que je plonge dans le net. Les web-novels sont pour l'instant ma meilleure piste. Je continue mes recherches à l'école, et après les cours sur le PC de la maison. C'est aussi pour ça que je ne veux pas qu'on m'embête après les cours.
J'écoute le cours du prof d'une oreille distraite, tout en suivant du regard les lignes de texte.
C'est par là que j'ai ressenti une gêne.
(... Un flux de mana ?)
Je perçois soudain un flux de mana que je n'avais pas senti depuis longtemps.
Le mana ne s'éveille que dans l'autre monde, et je n'ai jamais rencontré d'existence capable de l'utiliser dans le monde moderne. Pourtant, je sens ce flux de mana dans la classe... qui plus est, à mes pieds.
(Non... !?)
« Waa ! C'est quoi ça !! »
Un élève bondit sur place.
Ça enclenche une réaction en chaîne, et des cris s'élèvent de toute la classe.
À nos pieds, un immense cercle magique lumineux...
Sans le vouloir, c'est exactement le même que lors de ma première invocation...