— Monœil, point de vue de Batchu —
Grâce au Maître, nous avons atteint le pays des elfes en quelques secondes à peine.
C'est typique du Maître.
Ses actes sont d'une ampleur incroyable.
Mais cette triple barrière...
Le Maître a-t-il envisagé la possibilité que je sois attaqué par quelqu'un ?
Y aurait-il donc, au pays des elfes, un ennemi puissant encore inconnu ?
Ou bien est-ce un avertissement pour ne pas baisser la garde ?
« Bon, serrons les boulons et allons-y. »
À mes mots, mes compagnons qui m'accompagnent lèvent leurs pattes antérieures en guise de réponse.
Sans eux, nous n'aurions pas pu sonder le pays des elfes en si peu de temps.
Une fois que le clan Oppul sera réglé, il faudra que je les remercie comme il se doit.
Mais commençons d'abord par traiter ce qui est sous nos yeux.
À mesure que nous approchions du pays des elfes, nous aperçûmes des elfes qui faisaient du vacarme depuis tout à l'heure.
Bloqués par la barrière du Maître, ils ne peuvent entrer dans leur propre pays.
Selon le Dragon Volant : « S'ils changent d'état d'esprit, ils pourront entrer. »
En d'autres termes, ce sont des imbéciles qui ont rejeté la chance que le Maître leur a offerte.
Aucune pitié n'est nécessaire !
« On y va. »
« Le Maître a dit de laisser le jugement au roi des elfes... »
Ah !
Les paroles de Parent-fourmi, à mes côtés, me rappellent un point important que j'avais un peu oublié.
J'aurais pu l'oublier encore un peu... non, non, c'est hors de question.
La promesse avec le Maître est absolue !
« C'est compris. ...On les endort ? »
Quand je lève une main, Parent-fourmi et Parent-araignée se jettent d'un trait sur les elfes.
Des cris d'agonie et le bruit de corps qui s'effondrent résonnent dans la forêt.
Enfin, ils n'avaient qu'à ne pas s'approcher !
Bon, tant pis.
C'est réglé.
Nous approchons du mur ceinturant le pays des elfes pour observer la situation.
Il est protégé par la barrière, mais comment dire...
« Pas la moindre trace d'attaque. »
Ils ont dû subir maintes attaques, pourtant le mur n'a pas une égratignure !
La barrière du Maître est vraiment solide.
Bon, ensuite, je devais déclarer au roi des elfes que nous coopérons.
« Au fait, où est le roi ? »
« Il est parti secourir la famille du demi-sang et est en plein combat. Un de mes camarades qui se trouve dans le pays des elfes nous a contactés. »
Un fourmi gosse désigne de la patte la direction où se trouve le roi des elfes.
« Merci. Courir en bas serait encombrant, alors allons-y par-dessus la barrière. »
« « « « « Compris ! » » » » »
Nous courons sur la barrière créée par le Maître, menés par le fourmi gosse qui connaît l'endroit, progressant par le chemin le plus court vers le roi.
Dès qu'apparaît une zone où volent des attaques de feu et d'eau, on entend aussi le *cling* net d'épées qui s'entrechoquent.
« Les fourmis, partez secourir la famille du demi-sang qui est captive ! »
À mes mots, les fourmis traversent la barrière, entrent dans le pays des elfes et descendent droit au sol.
Les petites-fourmis courent au sol vers le secours, tandis que les fourmis gosses et Parent-fourmi percent des trous dans le sol pour s'y faufiler par le sous-sol.
« Nous, on va vers le roi. »
Puisqu'il y a des araignées près du roi, un signal suffira... ah, elles sont là !
Une fois la position du roi confirmée, nous traversons la barrière et entrons dans le pays des elfes.
Arrivés juste au-dessus du roi, nous descendons au sol.
« Bonsoir. »
« Hein ? Waa ! »
Le roi elfe, Derous, tombe de sa chaise.
J'aurais dû atterrir un peu plus loin.
S'il est blessé, le Maître va me gronder.
...S'il est blessé, je ferai passer ça avec un Soin.
« Excusez-moi. Pas de blessure ? »
« Oui. Euh, Leader... »
« Non ! Je m'appelle Batchu ! »
Moi aussi j'adore le Maître, mais je sais garder la mesure !
Je ne suis pas Leader !
« Le Maître, euh. Le Dieu de la Forêt, notre Maître, a dit de coopérer avec le roi des elfes. Donc dites-moi ce qu'il faut. Pour l'instant, j'ai dit d'arrêter les attaques. Ah, ça a l'air fini. »
« Hein, ah, les attaques se sont arrêtées. ... Le Dieu de la Forêt qui coopère... Merci. »
« De rien. Au fait, avez-vous pu confirmer les mouvements du clan Oppul ? »
À ma question, le roi Derous secoue la tête.
C'est embêtant.
Il faut d'abord savoir comment ils comptent bouger.
« C'est bon ~. J'ai sécurisé tous ceux qui attaquaient et ceux qui donnaient des ordres en se la jouant. »
« Merci ~ »
Une petite-araignée vient faire son rapport à l'endroit où se trouve le roi.
Sont-ce des chevaliers qui gardent le roi ?
Au moment où la petite-araignée s'approche, on en voit plusieurs s'effondrer.
Ahaha, faut être plus solides.
« Merci pour tout. »
Le roi Derous incline légèrement la tête.
« Je vous en prie. Petite-araignée, peux-tu vérifier les mouvements actuels du clan Oppul ? »
« OK. Mes camarades sont dans le coin, je peux vérifier tout de suite. »
« Compte sur toi. »
*Boc.*
Tandis que je regarde la petite-araignée repartir vers ses camarades, un bruit retentit à mes pieds.
Je baisse les yeux : un trou d'une dizaine de centimètres de diamètre s'est ouvert et un fourmi gosse en sort la tête.
« Secours terminés. Les guetteurs sont capturés. »
« Merci. Les familles sont saines et sauves ? »
« Au moment du secours, la moitié environ s'est endormie. Mais pas de blessés. Les elfes guetteurs ont juste un peu morflé. »
Des blessures légères, pas de graves, donc pas de souci.
« Roi Derous, le secours de la famille du demi-sang est fini. On les amène ici ? Ou on va à leur village ? »
« Jusqu'au secours... euh, amenez-les ici, s'il vous plaît. Leur village, on va le fermer. »
« C'est ça. Si on le laisse tel quel, les méchants risquent de le réutiliser. Si vous le fermez, on peut l'enterrer sous la terre ? »
« Vous pouvez faire ça ? »
« On peut, non ? »
« Bien sûr. »
Je confirme auprès du fourmi gosse qui sort du trou, et il répond immédiatement.
S'ils disent qu'ils peuvent l'enterrer, c'est sûr.
« Alors, je compte sur vous. »
« Ouais. Pour l'instant, amenez les gens secourus. Les guetteurs capturés, confiez-les à Parent-araignée et aux siens, au même endroit. »
« Compris. »
Le fourmi gosse qui sortait du trou disparaît dans ses profondeurs.
On entend le roi Derous laisser échapper un petit soupir.
Il avait l'air tendu, pour une raison quelconque.
Il n'y avait pourtant aucune raison d'être tendu, à mon avis.
« Qu'on fait des capturés ? »
Soudain une ombre se forme ; je lève la tête et Parent-araignée est à mes côtés.
« Roi Derous, vous décidez ? »
« Hein ? »
« Les elfes qui attaquaient tout à l'heure. »
À l'explication de Parent-araignée, le roi Derous acquiesce gravement.
Hé ?
Il a l'air moins tendu qu'avant ?
« Remettez-les aux chevaliers. »
Je le demande à Parent-araignée, qui transmet l'ordre au chevalier à côté d'elle.
« On leur a dit de ne pas résister, donc ça devrait aller. Mais par sécurité, emmène quelques petites-araignées avec toi. »
À ces mots de Parent-araignée, un « hein » s'échappe du chevalier.
Je regarde : il tripotait ses cheveux, pour une raison quelconque.
Trouvant ça bizarre, je continue d'observer, et nos regards se croisent.
« ... Où se trouvent les petites-araignées ? »
« Ici. »
Parent-araignée désigne son propre corps de la patte antérieure.
Sur elle, trois petites-araignées de cinq centimètres environ.
Au moment où le chevalier les voit, il retire sa main de ses cheveux.
Qu'est-ce que c'était que ça ?
« Merci. »
Pour une raison quelconque, le chevalier sourit, et Parent-araignée lui rend un salut très poli.
Du coup, Parent-araignée et moi penchons la tête en même temps.
Je ne comprends pas bien, mais bon, tant pis.
Tout de suite, les elfes capturés sont amenés.
Ah, certains ont les yeux révulsés.
On pourrait croire qu'on a exagéré. Je jette un œil au roi Derous, mais il ne semble pas s'en formaliser.
Le Maître m'a dit « n'en fais pas trop », donc je suis soulagé.
« Mettez-les en prison. »
« Attendez ! Nous avons seulement riposté après avoir été attaqués injustement ! Le roi Derous nous a agressés sans preuve ! Cette attaque est illégale ! »
Un elfe homme, mieux vêtu que les autres, regarde le roi et hurle.
Illégal ?
Alors il suffit de montrer la preuve que ce n'est pas illégal ?
« Il est établi que votre clan est du côté du clan Oppul. Nous avons averti avant d'attaquer, donc ce n'est pas illégal. »
« Y a-t-il des preuves ? »
« Il y en a. Il y a 21 jours, vous avez dîné avec Bachute, le chef du clan Oppul, dans un restaurant appelé Cox, dans la capitale elfe. Qu'en est-il du reçu de ce jour-là ? »
Je sors quelques feuilles de papier de mon Sac magique de type West.
« Hein ? »
L'homme qui hurlait voit ses yeux s'écarquiller.
« Le reçu ne suffit pas ? Alors, il y a 34 jours, vous avez remis un enfant demi-sang de moins de 10 ans à un hôpital géré par le clan Oppul comme "sujet d'expérience". Vous avez signé le "document de remise" à ce moment-là. Vous vous en souvenez, vous avez signé. D'ailleurs, vous avez signé d'autres documents. Nous en avons récupéré 4451 au total. Ah, mais là j'en ai seulement 17. Tiens, je ne les ai pas encore tous lus, mais votre clan a livré plusieurs enfants demi-sangs au corps faible comme sujets d'expérience au clan Oppul. »
Bon, quelle preuve le satisfera ?
« Ah, tiens. Les enfants à l'hôpital sont sous protection, donc il y a aussi des témoins. »