« Voici l'entrée. Désolé, il n'y a pas de serrure. Au rez-de-chaussée, la cuisine et la salle à manger. Un salon où tout le monde peut se réunir, avec toilettes et salle de bain. Les chambres de chacun sont au deuxième étage. »
J'ai ouvert la porte d'entrée et donné une explication simple, mais pas de réaction.
Ils devraient être derrière moi.
Intrigué, je me retourne, et Dadabis comme Gils restent plantés là, ahuris dans l'entrée.
Par rapport aux maisons qu'ils ont vues au village, celle-ci est bien différente, ils doivent être surpris.
Mais Dadabis et Gils sont chevaliers.
Ils ont déjà vu le château royal, et même dû y entrer.
Comparé à ça, je ne pensais pas qu'il y avait de quoi être surpris.
« Hein, euh… On peut vraiment utiliser cet endroit nous-mêmes ? »
Aux mots de Dadabis, j'acquiesce, et un son bizarre s'échappe de sa bouche.
Ça va ?
« Bon, allons d'abord au salon. »
De l'entrée au salon, on passe par un large couloir.
Assez large pour que le grand corps de Gils puisse croiser quelqu'un sans peine.
Cela dit, il n'est pas aussi large que le couloir de ma maison.
J'ouvre la porte, et un espace vaste et lumineux s'étend devant nous.
Une grande chaise et une table assortie.
Même un canapé où l'on peut s'affaler confortablement. Les Monœils sont vraiment impressionnants.
« Incroyable. »
« Heu, on va vraiment habiter ici ? »
À la voix surprise de Dadabis et à celle, un peu inquiète, de Gils, un sourire me vient.
« Voici le salon. Utilisez-le comme bon vous semblera. Et à côté, la salle à manger. Au fait, où mange-t-on le soir ?
Nous, on mange sur le deck en bois. Si vous pouvez manger avec nous, ça allégera la charge des Monœils. »
« Maître, ce genre de chose, ne vous en faites pas. »
Pendant que j'explique à Dadabis et Gils, un Monœil intervient pour dire qu'il n'y a pas de problème.
Ouais, j'aimerais qu'il arrête d'apparaître d'un coup, ça fait peur !
« Ce n'est pas une charge ? »
Le nombre de bouches à nourrir augmente, quand même.
« Absolument pas. »
Le Monœil le dit en bombant le torse.
Si lui le dit, c'est bon, mais je me dis que la préparation et tout le reste doivent être un sacré boulot.
« Euh, le dîner, on le prendra avec tout le monde, c'est bon. »
Je me tourne vers la voix pressée de Dadabis, et Gils hoche aussi la tête.
« Vraiment ? Alors, quand l'heure du dîner sonnera, venez là-bas, ce qu'on voit depuis ici, ce deck en bois. S'il pleut, entrez dans la maison, c'est bon. »
« « Hein ! » »
Hm ?
J'ai dit un truc bizarre ?
« Euh… Y a-t-il quelque chose que vous voulez demander jusqu'ici ? »
Dadabis secoue la tête.
Gils a l'air de vouloir dire quelque chose, il bouge la bouche.
« Dites tout, hein. »
« Au dîner, qui mange avec nous ? »
« Les enfants et les anges-enfants participent à coup sûr. S'ils sont épuisés et qu'ils se sont endormis, c'est à part. Le reste, c'est libre. Donc on ne sait qu'au moment du dîner. Ah, mais le Dragon Volant, lui, est là presque tous les jours. Si vous voulez savoir des trucs sur la maison ou les camarades, demandez aux Monœils. Ils savent tout. »
Ils sont plus fiables que moi.
Si vous demandez aux Monœils, pas d'erreur.
« C'est… c'est ça. »
Hé ?
La voix de Gils semble trembler, mais j'ai pas dit de truc effrayant, non ?
…… Ouais, j'ai rien dit.
Tiend, j'ai l'impression d'avoir oublié un truc pour le dîner… Ah !
« Une fois par semaine, y a la soirée beuverie. Ceux qui sont en forêt peuvent pas venir, mais tous les autres camarades y participent. Dadabis, Gils, si vous pouvez venir, j'aimerais bien que vous participiez. »
« Soirée beuverie ? Euh, c'est quoi ? »
À la voix perplexe de Dadabis, je ris jaune.
Mince, j'ai fait une gaffe.
« La soirée beuverie, c'est juste le jour où on boit de l'alcool. »
« Ah, de l'alcool. »
À l'air convaincu de Dadabis, je souffle.
J'avais oublié que « soirée beuverie » ne marchait qu'entre moi et mes camarades.
« S'il n'y a pas d'autre question, je continue l'explication ? »
Finissons la visite de la maison pour l'instant.
« « Oui. » »
« Ici, la cuisine. J'ai préparé de quoi faire des plats simples. Là, la chambre froide et la chambre de congélation. »
Je désigne la petite pièce à côté de la cuisine.
Tiend, j'avais dit qu'on y mettrait des ingrédients, y en a ?
J'ouvre la porte et regarde dedans.
Ils ont tout mis, on dirait.
« Les ingrédients là-dedans, servez-vous librement. »
« C'est bon ? »
Depuis à côté de moi, Dadabis qui jetait un œil dans la chambre froide fait un pas dedans et saisit un bocal.
C'est de la confiture faite avec des noix et du miel.
« Ouais, ce qui est ici, les Monœils l'ont préparé pour les hommes-bêtes. Y a pas de souci. »
« Merci. »
« Le petit-déjeuner… »
Si le petit-déj aussi est ensemble, les hommes-bêtes vont se sentir obligés de faire attention.
Le matin au moins, ils voudront être tranquilles.
« Le petit-déjeuner, c'est bon si on laisse faire les hommes-bêtes ? »
« Ah, oui. C'est bon. »
Je vérifie aussi l'intérieur de la chambre de congélation à côté.
Il y a de la viande, de la glace.
Et des fruits congelés.
« C'est… »
Gils prend un fruit congelé, surpris.
Dadabis l'est un peu aussi.
Ils font pas de fruits congelés, chez eux ?
« Ces fruits, mangés à moitié décongelés, c'est délicieux. Essayez. »
« Hein, ah oui. »
Je penche la tête devant Dadabis et Gils qui ont l'air embarrassés.
Bah, si c'est leur première fois avec des fruits congelés, c'est normal comme réaction.
« Reste les toilettes et la salle de bain. C'est par ici. »
Les toilettes de cette maison sont un peu incroyables.
Figurez-vous qu'il suffit de passer la main devant la poignée de la porte pour qu'elle s'ouvre toute seule.
Quand j'ai découvert la fonction, moi qui connais la capacité des Monœils, je suis resté bouche bée.
D'ailleurs, les toilettes de ma maison ont évolué pareil.
« Cette porte, faut pas l'ouvrir exprès. Il suffit de passer la main. »
J'explique en le montrant en vrai.
« « Incroyable. » »
Dadabis et Gils ont l'air d'aimer, tant mieux.
J'explique vite fait comment utiliser les toilettes.
Ils sont une fois de plus surpris que l'eau se tire toute seule.
Bonne réaction.
« Ensuite, la salle de bain. Chaque chambre a une douche, mais la baignoire, y en a qu'une, ici au rez-de-chaussée. Ici, c'est le bain hommes, à côté le bain femmes. C'est séparé, attention. L'eau est toujours pleine, et la magie de nettoyage la garde propre en permanence. C'est fait assez grand pour qu'on puisse s'étirer, donc même avec la taille de Gils, cinq personnes peuvent y entrer ensemble, je pense. »
Je jette un œil dans la salle de bain depuis l'entrée.
« Baignoire ? »
« C'est ça ? »
D'après la tête de Dadabis et Gils, ils n'ont pas l'habitude des baignoires.
« Vous y êtes jamais entrés ? »
Ils hochent la tête à mes mots.
Pas l'habitude, hein.
« Quand on est fatigué, se tremper tranquillement dans l'eau chaude, ça enlève la fatigue. Je recommande. Essayez une fois. »
« Compris. »
Dadabis le dit avec une mine résolue.
Non, faut pas se crisper autant, je pense.
« Si c'est trop, y a pas de souci. »
L'explication du rez-de-chaussée, c'est à peu près tout.
« Maintenant, le deuxième étage. J'ai préparé une petite pièce pour chacun. C'est un peu étroit, mais ça va ? »
On monte au deuxième étage, et je me fais montrer une pièce inoccupée par un Monœil.
« Je vais utiliser cette pièce pour l'explication. »
Dans chaque chambre, un lit, une table, une chaise.
Une étagère, et deux petites pièces qui donnent sur la chambre.
L'une est des toilettes, l'autre une douche.
Il y a même une mini-cuisine, c'est comme un studio.
« Si vous avez des questions jusqu'ici, dites-le. »
Dadabis et Gils regardent autour de la pièce et secouent la tête.
« Rien ? »
« Oui. Merci d'avoir préparé une si belle chambre. »
Dadabis baisse la tête, je l'arrête en panique.
« C'est nous qui vous demandons de venir, c'est normal. »
Cela dit, en faisant la visite, je me rends compte à nouveau que les Monœils, l'équipe agricole, les Tricoles, ils sont trop forts.
« Ah, une seule confirmation. »
Dadabis a l'air de se rappeler un truc, il me regarde.
« Quoi ? »
« Le loyer ici, ça coûte combien ? »
À la question de Dadabis, je penche la tête.
Gils aussi a l'air curieux, il me fixe.
Enfin, loyer ?
« Non, y en a pas. »
« Hein, c'est gratuit ? »
Gils a l'air surpris, sa queue fait un grand mouvement vif une fois.
« Vous êtes venus jusqu'au fin fond de la forêt, c'est le minimum. Utilisez-le sans vous en faire. »
À mes mots, Gils hoche la tête tout content, et Dadabis a l'air un peu gêné.
Dadabis est du genre prudent, lui.