‑ Équipe de garde de la barrière du royaume d'Entoru, point de vue du capitaine Swa ‑
Lorsque j'ai reçu ce contact, mon esprit est devenu complètement blanc.
Qu'est-ce que je viens d'entendre ?
Une erreur d'audition ?
Ah, une erreur d'audition.
Oui, c'est sûrement ça.
« Capitaine. Arrêtez de fuir la réalité, s'il vous plaît. »
À la voix du lieutenant qui avait écouté le contact avec moi, je reprends mes esprits.
Je regarde sur le côté et je sens peser sur moi la pression du « ne fuis pas » du lieutenant.
…… Je ne peux pas fuir.
« Borufo. »
« Je suis en service, donc c'est "lieutenant" ! »
Mon ami d'enfance est froid.
« Le dieu de la Forêt est là. Si le capitaine ne s'en occupe pas, qui le fera ? »
« Ah~, ce n'était pas une erreur d'audition ! »
« Si ! Vous le savez bien ! »
Je baisse la tête sous les paroles du lieutenant.
Je comprends, mais il y a des choses qu'on comprend sans vouloir les comprendre, non ?
D'ailleurs, le lieutenant est si désespéré parce que si je fuis, c'est lui qui devra s'en occuper.
Je répète dans ma tête le contact que je viens d'entendre.
« Le dieu de la Forêt vient ici avec son entourage. Il ne devrait pas mettre beaucoup de temps à arriver. » C'était ça, non ?
Et pour l'entourage,
« Dis, j'ai cru entendre qu'il y a un golem dans l'entourage. »
« Oui. C'est ça. Le dieu de la Forêt vient avec le roi Fenrir, un dire wolf, ce qui semble être le roi des Chuearenie et son enfant Almearenie, plusieurs d'entre eux. Et un golem. C'est ce qu'on a reçu comme contact. »
Vraiment ?
Ce golem, c'est celui dont on a parlé quand le chancelier a été capturé, non ?
Je ne l'ai pas vu, mais d'après ceux qui l'ont vu.
Apparemment, il a facilement battu des hybrides malgré l'absence de pilote, et il a parlé.
La première fois que j'ai entendu ça, j'ai pensé « impossible ».
Parce que je n'avais jamais vu un tel golem.
Mais comme tous ceux qui l'ont vu disent la même chose, j'ai compris que c'était vrai.
« Ah ! On n'a pas le temps de traîner. Il faut contacter le commandant Dadabis tout de suite pour qu'il vienne ! »
« Oui ! »
Un subordonné qui était là par hasard pour le rapport périodique répond et sort en courant du bureau.
Ensuite, que dois-je faire ?
« Puisque vous allez parler avec le commandant Dadabis, il faudra un endroit, non ? »
« C'est vrai. Et la salle de pause ? Là-bas, la vue est bloquée depuis l'extérieur. »
Attends, la salle de pause ?
« C'est bien levellement, mais c'est difficile de dire que c'est propre… Qu'est-ce qu'on fait ? »
Même si vous me demandez « qu'est-ce qu'on fait ».
« On n'a qu'à faire le ménage. Y a pas d'autre endroit convenable. »
Faire le ménage aujourd'hui, et préparer des friandises ?
« Dans le contact, il était dit "il ne devrait pas mettre beaucoup de temps". Ça veut dire qu'ils arrivent aujourd'hui, non ? »
C'est ça.
Le contact vient de le dire.
C'est une distance impossible en temps normal, mais pour le dieu de la Forêt, c'est possible.
Quelques jours après l'incident de la barrière, on a appris que les barrières des autres pays avaient aussi été réparées, et quand on a entendu la date, tout le monde est resté bouche bée.
Parce que les barrières des trois pays avaient été réparées le même jour, et sans y passer beaucoup de temps.
Même les hommes-bêtes aux jambes rapides mettent au minimum 5 jours pour aller d'Entoru à Emperas, et 8 jours pour Olsagas.
Et ça, sans aucune pause et sans réduire la vitesse.
« Ils pourraient arriver ici tout de suite. »
Si on pense à la vitesse du dieu de la Forêt le jour de l'incident de la barrière, c'est possible.
« Faites le ménage de la salle de pause tout de suite ! »
« Compris. »
Le lieutenant sort du bureau et peu après, j'entends sa voix qui rassemble les subordonnés.
Ça règle la préparation de la salle de pause.
« Reste les boissons et les friandises ? Mieux vaut en avoir, non ? »
Toc toc.
Hm ?
Qui ?
« C'est Gils. »
« Entrez. »
« La rumeur court que le dieu de la Forêt vient par ici, et des hommes-bêtes se rassemblent à la porte. »
« Hein ? »
La rumeur s'est déjà répandue ?
En plus, des hommes-bêtes se rassemblent à la porte ?
Je me précipite à la fenêtre pour regarder la porte.
Effectivement, pas mal d'hommes-bêtes semblent s'être rassemblés.
À ce rythme, il y en aura encore plus qui viendront.
« Qu'est-ce qu'on fait ? »
« Qu'est-ce qu'on fait… On les accueille tous ensemble, non ?
Quand le roi vient, on l'accueille tous ensemble. »
« Je pense qu'il vaut mieux éviter. »
« Pourquoi ? »
« J'ai demandé à un ami qui est à l'autre porte comment se passe l'arrivée du dieu de la Forêt. »
Gils est réactif.
« Et ? »
« Apparemment, le dieu de la Forêt s'est montré et ça a causé un petit remue-ménage. Il semblerait que toute l'équipe de garde de service se soit rassemblée à la porte. »
C'est inévitable.
Ils ont dû être sacrément excités.
« Il a dit que le dieu de la Forêt, en voyant ça, s'est arrêté et ne s'est pas approché de la porte. Peut-être qu'il n'aime pas qu'on fasse du bruit autour de lui. »
Quoi !
Je revérifie la porte par la fenêtre.
Les hommes-bêtes rassemblés sont en pleine effervescence.
« Dans ce cas, cette effervescence, c'est pas bon, non ? »
« Probablement. Mais ce que je viens de dire n'est qu'une supposition. »
Une supposition.
Peut-être qu'il ne s'est pas approché par hasard.
Ou alors, comme il sait que le commandant Dadabis est dans ce village, il va bouger tout de suite… Non, dans ce cas, il serait venu directement ici dès le début.
Réfléchir ne donne pas de réponse, mais mieux vaut réduire les facteurs d'inquiétude.
« Tout de suite, faites déplacer les hommes-bêtes par les chevaliers hors service. Si on leur interdit de regarder, ils vont râler, donc autorisez-les à regarder de loin. »
Faut faire vite, on ne sait pas quand ils arrivent.
« Tout de suite ? »
« Oui, vu la vitesse anormale du dieu de la Forêt, ils peuvent arriver n'importe quand. »
Gils a dû se souvenir de l'incident de la barrière, il baisse la tête et sort en courant du bureau.
Il n'aime pas qu'on fasse du bruit, hein.
Même si c'est faux, on dira qu'on n'a pas pu répondre parce qu'ils sont arrivés trop vite.
Mais bon,
« Laisser Gils ici, c'est du gâchis. »
Qu'il aille tout de suite demander des nouvelles à son ami de l'autre porte, c'est vraiment compétent.
S'il n'avait pas cette apparence, il serait sûrement bien plus haut placé.
« Ces putains de nobles de la capitale. Ils jugent Gils sur son apparence. »
Cla cla cla cla.
« Excusez-moi ! »
« Lieutenant, toi… »
Tu as couru dans le couloir, et tu as ouvert la porte sans frapper.
Tu faisais gaffe à agir calmement, mais tu es revenu à ton naturel, c'est bon ?
« Le nettoyage est fini. En ce moment, les chevalières s'occupent de l'apparence. »
Ah, mode travail.
Même le lieutenant est paniqué, hein.
« Merci. J'ai demandé à Gils de déplacer les hommes-bêtes rassemblés. »
À mes mots, le lieutenant fait une tête bizarre.
Lui aussi devait vouloir accueillir le dieu de la Forêt avec les hommes-bêtes rassemblés.
« Gils a demandé à son ami de l'autre porte, et apparemment, on n'aime pas le bruit. »
La vérité n'est pas encore confirmée.
« C'est ça ? Compris. »
Il doit trouver ça bizarre.
Les hommes-bêtes aiment avant tout le bruit et l'animation.
« Heu ? La porte est ouverte ? Capitaine, lieutenant. »
À la voix molle de l'adjoint, la tension se détend un peu.
La voix de ce type fait toujours un peu relâcher.
« Qu'est-ce qu'il y a ? »
« Oui. Le guetteur dans la forêt vient de signaler qu'ils pourraient arriver à la porte dans quelques minutes. »
« « Vraiment si vite que ça » »
Je croise le regard avec le lieutenant.
Et je souffle, soulagé.
On a fait à temps.
« Ah, et les hommes-bêtes rassemblés ? »
« Tous les chevaliers sont mobilisés pour les déplacer. Ce sera fini quand le dieu de la Forêt arrivera. »
« Bien. Reste plus qu'à les recevoir en attendant le commandant Dadabis. »
Yosh.
On y va.
Je sors du bureau et me dirige vers la porte.
« Excusez-moi ! »
« Quoi ? »
Un imprévu ?
Arrêtez.
« Les enfants ont repoussé l'arrêt des chevaliers et sont partis vers la porte. »
« J'y vais. Capitaine, accueillez le dieu de la Forêt à la porte. Je reviens au plus vite. »
Je vois le lieutenant partir en courant avec le subordonné venu le prévenir.
« Capitaine, je surveille l'état de la forêt. Il y a une possibilité que des espions d'autres pays bougent. »
Plus que possibilité, c'est sûr qu'ils bougeront.
Le fait que le dieu de la Forêt ait des relations avec Entoru est déjà connu.
À cause de ça, le nombre d'espions a doublé.
« Je compte sur toi. »
Je vois partir l'adjoint, et je prends une grande, très grande inspiration.
« Lieutenant, reviens vite, hein ? »
Je franchis la porte et me poste à l'endroit d'où on voit la forêt.
Je jette un œil vers le village depuis la porte, mais pas de signe du lieutenant.
Je vais devoir l'accueillir tout seul ?
Je remarque que l'état de la forêt a changé.
Le dieu de la Forêt doit approcher.
« Je n'aurais jamais cru devoir l'accueillir tout seul… »
Ah, une silhouette sort de la forêt… Oooh, c'est vraiment les Chuearenie.
Une sacrée présence.
Le roi Fenrir, le dire wolf.
Comme on me l'avait dit.
Et le golem… il est là.
Comme on me l'avait dit, il est petit.
Il a vraiment battu facilement les hybrides ?
Hein, ils se sont arrêtés ?
« Que faire ? »
Faut bien engager la conversation.
Allez, y allons !