'Honnêtement, j'aimerais faire comme si je n'avais rien vu et rentrer.'
'…… Non, ça ne marche pas.'
'Haa, cela dit, un œuf transparent, hein.'
'J'avais envie d'un œuf, mais… c'est pas ça.'
'Décevant.'
Je retire ma main qui touchait l'œuf et j'observe à nouveau l'intérieur attentivement.
'De quelque côté que je regarde, ce ne sont pas trois chiens, mais un seul chien avec trois têtes ?'
'Non, un tel chien n'est pas censé exister.'
'Un monstre, peut-être.'
'Un monstre à trois têtes… c'est une phrase que j'ai déjà entendue quelque part.'
'Ma petite sœur ?'
'Hmm~, je me souviens pas.'
'Cependant… il est moche.'
C'est le visage d'un faux chien à l'intérieur de l'œuf, mais il n'est pas seulement effrayant, il est moche.
« Clac-clac, clac-clac, clac-clac, clac-clac… »
'Hm ?'
'C'est quoi ce bruit ?'
Clac-clac, clac-clac, clac-clac, clac-clac…
Quand je porte mon regard autour de moi, Parent-san claque des mandibules.
Les mères-araignées-san font la même chose.
'Si je me souviens bien, c'est de l'intimidation.'
« … Hein ! Intimidation ! Pourquoi ? »
Mon corps se raidit face à l'ambiance de Parent-san et des autres.
'C'est vachement flippant.'
D'ailleurs, je me rends compte que les fourmis-mères-san font aussi des bruits d'intimidation.
'Trop flippant.'
'Je peux fuir ?'
'Où ?'
'Ah ?'
'Cet endroit, c'est le fond de l'espace.'
'La sortie est derrière les fourmis-mères-san, impossible de s'enfuir !!'
« Calme-toi, moi ! Cela fait combien de fois que j'arrive dans ce monde. Haa~, bon, d'abord analyser la situation. »
'Et alors, pourquoi Parent-san et les autres intimident-elles ?'
'Ça a l'air dirigé vers moi… mais ?'
'Pas vers moi, vers l'œuf.'
'… Ah, je vois, l'œuf.'
« Phew~, ne me faites pas peur comme ça. J'ai cru un instant qu'on allait m'attaquer. »
Si je me fais attaquer par Parent-san, la possibilité de m'enfuir est nulle.
'Je peux affirmer que c'est absolument impossible.'
Soulagé de comprendre que l'intimidation ne me vise pas, mes forces me quittent et je m'affale contre l'œuf.
Clac-clac, clac-clac, clac-clac, clac-clac…
L'instant d'après, le bruit d'intimidation grossit.
Et à nouveau, mon corps tressaille.
'Ah~, c'est de ma faute tout à l'heure.'
Je décolle doucement mon corps de l'œuf.
'Cela dit, pourquoi intimident-elles autant cet œuf ?'
« Il y a quelque chose ? »
J'observe l'intérieur de l'œuf, mais pas le moindre mouvement.
Pourtant, d'après l'allure de l'intimidation, on sent qu'elles sont sérieuses.
'Mis à part sa laideur… bon, laissons de côté le fait qu'il a trois têtes.'
'À en juger par l'apparence, c'est encore un gamin.'
'Un chiot-monstre ?'
'Puisqu'il est dans l'œuf, il n'est pas né ?'
Clac-clac, clac-clac, clac-clac, clac-clac…
Même en sachant que l'intimidation n'est pas dirigée vers moi, c'est quand même trop flippant.
'Le bruit me distrait et je ne peux pas réfléchir.'
'Bon, essayons de calmer Parent-san et les autres.'
'Je ne comprends pas le sens de leur intimidation, donc je ne sais pas si c'est la bonne méthode.'
'Mais c'est flippant !'
« Parent-san. Calmez-vous, doucement doucement. »
'… Attends, c'est le cri pour calmer un cheval, non ?'
'Je ne suis toujours pas calme, moi.'
*Soupir.*
« Parent-san, je pense que ça va. En plus, il n'est pas… né ? Enfin, il n'y a rien… probablement. »
'Si les mots passent, c'est une persuasion bien pathétique.'
'Mais rien d'autre ne me vient.'
'Je ne sais pas si c'est vraiment okay.'
Parent-san arrête le bruit d'intimidation et me fixe intensément.
'Et bien, pour l'instant.'
« Ça va, alors on pensera aux contre-mesures quand un problème surviendra. »
Je supplie en fixant l'un des yeux de Parent-san.
Parent-san incline la tête.
'La posture d'une araignée géante qui incline la tête avec un air perplexe, c'est bizarre et marrant.'
'L'escapisme, c'est pas bien, ça.'
'Et bien, la persuasion… non, rien ne me vient.'
Un moment, Parent-san observe mon état, mais il semble qu'elle ait arrêté l'intimidation.
Voyant l'attitude de Parent-san, les autres gamins arrêtent aussi leurs bruits d'intimidation.
'Bien.'
'Maintenant je peux réfléchir calmement.'
« Bon, qu'est-ce qu'on fait ? »
'Le fait que Parent-san intimide veut dire que c'est peut-être un monstre dangereux.'
'Plutôt que de ne pas se réveiller… non, vaut mieux qu'il ne naisse pas.'
'On le laisse ici comme ça ?'
'Non, ça aussi c'est dangereux.'
'Même quand il naîtra, je m'en rendrai pas compte.'
'Finalement, faut l'emmener.'
« Haa, les trois idiots. Faites en sorte qu'on sache ce que c'est, bon sang ! »
'… Dis-moi, y a rien d'autre ?'
'Peut-être qu'il reste quelque chose ?'
Je promène mon regard dans tout l'espace où est posé l'œuf.
Pas de truc ressemblant à un bureau.
Juste, j'ai trouvé une boîte.
« Il y a peut-être quelque chose ! »
En m'approchant de la boîte, le couvercle est juste fermé par un loquet à pression, ça a l'air facile à ouvrir.
J'ouvre le couvercle, un peu le cœur battant.
« Beurk… ah, non, c'est pas ça. »
Dans la boîte, des os.
Au premier regard, ça m'a rappelé la malédiction et mon corps a frémi.
Mais en y regardant de plus près, ce ne semblent pas être des os humains.
'Pourtant, des os.'
'Espèces de connards !'
Je soulève les os dans la boîte en bois.
Ce sont des os d'animal ou de monstre.
La structure osseuse diffère du faux chien dans l'œuf, donc c'est une autre créature.
'Ça ressemble aux os de cheval que j'ai vus à la télé, mais les chevaux n'avaient pas de cornes.'
L'os a une corne sur le front.
'Est-ce que, maintenant que je l'ai trouvé, je dois aussi le ramener ?'
« Bon, réfléchir c'est chiant. Je ramène tout. »
Je compare la boîte en bois et l'œuf transparent.
'L'œuf, c'est lui qu'il faut ramener en priorité.'
'Pour la boîte, Parent-san pourrait la porter ?'
Je désigne la boîte du doigt à Parent-san.
« Tu peux pas la ramener jusqu'à la maison ? »
'… Bon, ça ne passera pas.'
'Comment faire pour me faire comprendre ?'
J'apporte la boîte devant Parent-san.
Et j'essaye de baisser la tête.
C'est le geste pour supplier.
Parent-san me fixe intensément.
'… Raté ?'
En observant un moment, deux de ses huit pattes bougent et elle pose la boîte sur son dos.
« Ça a marché ! »
Je fais un poing de victoire involontaire.
'La communication est difficile, alors quand ça marche du premier coup, ça fait super plaisir.'
« Je compte sur toi. »
On dirait qu'elle a hoché la tête à mes mots.
'Je vais croire que ça a marché.'
Je soulève doucement l'œuf des deux mains, et un poids solide se transmet.
'Il est plus lourd que je l'imaginais.'
'Faut faire gaffe à pas le lâcher et le casser.'
J'aperçois dans le coin de mon œil les fourmis-mères-san qui prennent une posture de vigilance.
« C'est bon. »
Je le tiens serré des deux mains pour pas le lâcher.
« Courir pour rentrer, c'est impossible. On y va à pied, tranquillement. »
J'emporte l'œuf vers l'extérieur.
L'œuf tiède ne semble pas poser de problème quand on le bouge, pas de changement visible.
'Maintenant que j'y pense, quand j'ai pris l'œuf, y'avait pas de piège non plus.'
'Pour les trois idiots, cet œuf n'est pas si important ?'
Le seul piège dans cet endroit, c'est la porte pour entrer dans la grotte.
'Le couloir aussi, maintenant que j'y pense, était crasseux.'
'Mais au début, quand j'ai essayé de détecter la puissance divine, elle était cachée, pas de lumière.'
'C'était pour qu'on ne trouve pas cet œuf ?'
'Hmm~, je pige que dalle.'
'Réfléchir, c'est peine perdue.'
'Bon, disons que c'est bien qu'il ne se soit rien passé.'
'Plus que ça, le problème c'est cet œuf, où le poser.'
'Ma chambre ?'
'Euh, s'il naît pendant que je dors, je fais quoi ?'
'… Le salon.'
'Non, le deck en bois ?'
« Clic-clic-clic, clic-clic-clic »
'Hm ?'
'C'est pas le son d'intimidation, mais qui ?'
Au moment où je sors, un son plus léger que l'intimidation me parvient.
Je regarde : l'une des mères-araignées-san fait du bruit juste à côté de moi.
'Elle a pas mal grandi, même si c'est pas au niveau de Parent-san.'
« Clic-clic-clic, clic-clic-clic »
'Et bien, elle veut sûrement me dire quelque chose, mais je pige que dalle.'
'Bon… essayons de se fixer.'
'Si ça marchait comme ça, ce serait trop facile.'
La mère-araignée-san approche doucement deux pattes et s'empare de l'œuf d'un mouvement vif.
« Hein ! »
Je suis l'œuf des yeux : il est fixé sur le dos de la mère-araignée-san par de la soie.
'Ah, cette gosse sait produire de la soie.'
'Cela dit, elle intimide tout à l'heure.'
« C'est bon ? Ça va ? »
« Clic-clic-clic »
Le mot « ça va » est souvent utilisé, donc ça commence à passer.
'Donc ce clic-clic-clic, c'est la réponse « ça va ».'
'… Faisons comme si elle disait « ça va ».'
« Merci. »
Je lui caresse doucement la tête.
« Clic-clic-clic »
'Hm ?'
'J'ai cru entendre une légère différence de hauteur, mais c'est mon imagination ?'
En fixant la mère-araignée-san, elle balance son corps de gauche à droite pour une raison quelconque.
'Apparemment, elle vérifie que l'œuf est bien fixé en se dandinant.'
Après s'être dandinée un moment, satisfaite, elle me regarde et hoche la tête.
'C'est apparemment le signal « préparations terminées ».'
« C'est ça. Alors, on rentre ? »
Parent-san démarre en courant, la boîte en bois maintenue par ses pattes.
'Habituée.'
Je cours pour la suivre.
Apparemment, au retour aussi, on peut courir à la même vitesse qu'à l'aller.
'Bien.'
'Fatigué par la tension de l'intimidation, je veux rentrer vite et me reposer tranquillement.'
'Cela dit, un œuf, hein.'
'Y en a pas d'autres dans d'autres endroits ?'
'Les os de malédiction, c'est non merci, mais les œufs non plus~.'
'Haa~, le nettoyage des trois idiots, ça fatigue vraiment.'