- Point de vue du chef de l'ordre des chevaliers du royaume d'Entoru -
L'excitation d'avoir vu le phénix semblait avoir émoussé le sens du danger des chevaliers.
Si nous continuons l'enquête dans cet état, quelqu'un risque de se blesser.
Il y a justement une clairière par ici, on s'arrêtera là.
Avec un peu de temps, les chevaliers reprendront leurs esprits.
« Halte. On fait halte ici pour aujourd'hui. »
Nous avons pas mal marché, mais l'excitation fait que je ne ressens pas la fatigue.
Comme tout le monde, je dois moi aussi me calmer.
« Vice-commandant, adjoint, vous m'accompagnez pour la reconnaissance des alentours ! »
« « Entendu ! » »
Au moins, ces deux-là répondent bien.
Un vice-commandant qui part au quart de tour et un adjoint un peu à côté de la plaque.
… Pourquoi ai-je choisi ces deux-là, déjà ?
« En un mois, les choses ont bien changé. »
« … Ah, tu participais déjà à l'enquête d'il y a un mois. »
« … Chef, vous n'avez pas oublié les faits et gestes de vos subordonnés, quand même ? »
« Bien sûr que non… »
Le regard du vice-commandant me transperce.
En regardant autour de moi, je distingue plusieurs cours d'eau entre les arbres.
En me penchant au-dessus de l'eau, je devine quelque chose de transparent.
Invisible à l'œil nu, ce pourrait bien être ce qu'on appelle des esprits.
« Il y a quelque chose, non ? »
À en croire les mages, si ma puissance magique était plus élevée, je pourrais voir distinctement la forme des esprits.
Mais avec mon niveau actuel, c'est impossible.
J'aimerais bien ne serait-ce qu'une fois apercevoir leur apparence.
Au moment où un souffle de vent passe, je perçois une présence qui approche.
Le vice-commandant et moi posons la main sur nos épées, l'adjoint band son arc, et nous scrutons les environs.
Quelque chose vient vers nous.
Beaucoup de monde, et impossible d'en saisir l'ensemble.
L'influence du mauvais œil s'est affaiblie, mais la lecture de la puissance magique reste difficile.
Du coup, je ne peux pas juger si ce qui approche est une bête magique, un monstre ou un serviteur.
D'après ce qu'on m'a dit, les serviteurs ne se déplacent pas en grande horde.
Alors une horde de monstres ou de bêtes magiques ?
L'adjoint décoche une flèche.
Ça approche.
Le froissement des feuillages et le battement de mon propre cœur résonnent dans mes oreilles.
Presque au même instant où quelque chose jaillit de l'ombre d'un arbre, l'adjoint tire.
Son visage se fige.
Ce qui est sorti de l'ombre, c'est un enfant bête.
J'essaie de parer par la magie, mais je n'arrive pas à temps !
Le pire me traverse l'esprit, mais l'enfant s'enveloppe d'une lumière blanche et la flèche, à deux doigts de le percuter, est repoussée.
« Heureusement. »
J'entends la voix de l'adjoint.
Le vice-commandant pousse lui aussi un grand soupir.
Mais moi, je ne peux pas détacher les yeux de la réalité qui s'étale devant moi.
… Devant le nombre d'enfants qui surgissent les uns après les autres depuis le fond de la forêt.
……
« Je suis crevé. »
Cent quatre-vingt-dix-huit enfants.
Des gamins de cinq, six ans, tous esclaves.
Sans lui, l'ancien esclave, on n'aurait peut-être pas pu gérer la situation.
C'est ironique que les ordres qu'il donnait quand il était esclave servent ici.
Quelques heures plus tard.
Le soleil du matin illumine la forêt.
Une nuit blanche, hein… Haa…
« Excusez-moi. »
C'est Caju, l'ancien esclave, qui entre.
Il a calmé les enfants et les a fait parler.
« Merci. Heureusement que Caju était là. »
Caju sourit, ravi.
Les enfants sont des esclaves du royaume d'Emperas, confirmés par les marques d'esclavage dans le dos.
Mais les mages ont vérifié : toutes ces marques ont perdu leur effet, comme celles de Caju.
Seulement, ces enfants ont une différence majeure avec Caju et les siens.
Ils sont protégés par quelqu'un.
C'est cette force qui a dévié la flèche de l'adjoint.
Qui les protège ?
C'était une lumière blanche, alors les mages s'enflamment.
J'espère juste que les enfants n'ont pas trop peur.
« … Hein ? »
Qu'est-ce qu'il vient de dire ?
Un monstre a apporté de la nourriture ?
Euh… ? … D'après le récit des enfants, un monstre leur aurait apporté des vivres.
… C'est possible, ça ?
« Ex-excusez-moi ! »
Un des mages déboule dans la tente, surexcité.
« La puissance qui protège les enfants, c'est, ah~, la même puissance magique que celle contenue dans le vent qui souffle à travers la forêt ! »
Hein ?
Il va bien, lui ?
« … Calme-toi. Recommence lentement. »
« Euh, euh… Fû~.
La puissance magique qui protège les enfants et celle qui souffle dans la forêt se ressemblent, disons plutôt qu'elles sont identiques ! »
Lequel des deux ?
« Elles sont identiques ? Ou elles se ressemblent ? »
« Impossible de les distinguer, elles se ressemblent trop ! … Non, si c'est ça, on peut dire qu'elles sont identiques… »
… Dans cet état d'excitation, impossible d'en tirer un jugement serein.
Le vent qui souffle dans la forêt ?
Les ouvrages disent que le vent qui traverse la forêt porte la puissance magique de l'arbre-monde.
… Hein ?
Attends… Ça veut dire que c'est la puissance de l'arbre-monde qui protège les enfants ?
Non, ce n'est peut-être qu'une ressemblance.
Une puissance magique qui ressemble à celle de l'arbre-monde… Le Roi de la Forêt ?
……….
« On rentre au pays ! »
C'est au-dessus de mes forces !