Litesiuse, c'est moi.
……Ah, euh, Litesiuse, président de la République humaine.
Je n'ai toujours pas l'habitude de ce titre.
Aujourd'hui, c'est le jour de ma visite de courtoisie au Royaume des démons.
Jadis, nous étions des pays ennemis qui se sont longuement fait la guerre, et nous avons même été occupés après notre défaite, mais nous avons réussi à nous rétablir en tant que nation, et c'est la première fois que nous allons saluer officiellement notre voisin en tant que pays souverain.
Le Royaume des démons et la République humaine.
Marcher ensemble officiellement en tant qu'amis, ce sera notre premier pas.
Dès notre arrivée dans la capitale du Royaume des démons… la Capitale démoniaque, le Roi-démon en personne est venu nous accueillir.
« Quelle joie de vous voir venir ! Jeune guide du peuple humain ! »
J'ai répondu à sa salutation, et nous avons immédiatement échangé une solide poignée de main.
Autour de nous, il y avait beaucoup de hauts dignitaires du Royaume des démons et de simples spectateurs, une foule immense.
On sentait une volonté claire d'accueillir les visiteurs du pays voisin avec le plus grand faste.
« C'est la première fois dans l'histoire qu'un dirigeant humain vient en ami. En tant que représentant du Royaume des démons, je vous accueille de tout mon cœur. Ce soir, un bal a été préparé au château du Roi-démon, amusez-vous bien ! »
L'hospitalité du Roi-démon était sincère, sans l'ombre d'un doute.
Il aurait pu nous traiter en vassaux, et pourtant son attitude restait celle d'un égal face à un égal.
C'est sans doute cette largesse d'esprit qui fait de lui un hégémon.
Si puissant qu'il fût à la guerre, sans cette qualité, il n'aurait pas pu gouverner sans heurts les deux pays, le Royaume des démons et la République humaine.
« Tu t'en tires bien, on dirait, président de la République humaine. »
« Ha ! C'est un honneur !! »
Et moi qui n'arrive toujours pas à me départir de mon air de subalterne.
« Tu es celui qui est venu lors du premier recrutement d'étudiants pour la ferme, n'est-ce pas ? En te voyant aujourd'hui, je suis convaincu que cette politique était la bonne. Ce sont les nouveaux talents qui ouvrent une nouvelle ère… c'est bien ainsi que les choses se passent. »
Il m'a même adressé des paroles chaleureuses.
« Mettre en pratique tout ce que tu as appris à la ferme, il n'y a pas de poste plus taillé sur mesure que celui que tu occupes maintenant. Pour répondre aux attentes du Saint qui t'a guidé et de ton maître, donne le meilleur de toi-même, et fais prospérer nos deux pays ensemble. »
« Oui, monsieur ! »
« J'avais hâte de te voir avancer aux côtés de Dalkish, mais faire le choix radical de ne promouvoir que de jeunes talents était aussi une méthode. L'avenir s'annonce vraiment passionnant. »
C'est exact.
Dalkish-sama, l'un des seigneurs humains, avait amplement le profil pour viser la présidence par son rang et son talent, mais il a quitté cette voie sans la moindre hésitation.
Sur les terres de Dalkish-sama, l'événement du château d'Orcbol bat son plein chaque année, et le Roi-démon y participe aussi.
C'est par ce lien qu'ils se sont rapprochés, mais leur relation ne brille-t-elle vraiment qu'au château d'Orcbol ?
En tout cas, j'ai reçu à la Capitale démoniaque un accueil bien au-delà de mes espérances.
Le trajet depuis l'entrée de la capitale jusqu'au château du Roi-démon a été une véritable parade.
Côte à côte avec le Roi-démon, j'ai salué la foule qui nous acclamait.
Cela seul a dû suffire à montrer l'intimité entre le Royaume des démons et la République humaine.
Les humains ne sont plus les ennemis des démons.
La République humaine n'est plus le Royaume humain qui menaçait jadis le Royaume des démons.
Cette visite de courtoisie, destinée à faire passer ce message, a atteint son but dès le départ.
………… Arrivé au château du Roi-démon, j'ai également rencontré la Reine, les princes et princesses, et nous avons signé une déclaration d'amitié devant une grande assemblée.
Un beau résultat diplomatique.
Ensuite, le Roi-démon et moi avons discuté en tête-à-tête, passant en revue les politiques menées conjointement par nos deux pays, et cherchant de nouveaux domaines de coopération.
De mon côté, j'ai à nouveau fait part de la pénurie chronique de personnel du gouvernement actuel… notamment du manque de personnes capables de s'adapter au concept nouveau qu'est la démocratie, et j'ai sollicité la coopération du Royaume des démons.
« Hmm… Nous ne lésinerons pas sur la coopération, mais le système même de la démocratie est peu familier ici, au Royaume des démons… Après tout, cette façon de penser vient de la Ferme. Ne serait-il pas plus rapide de consulter le Saint et les siens, à la source ? »
C'est aussi votre avis ?
Moi aussi, je le pressentais vaguement, mais faire intervenir le Saint dans la politique profane me semble présomptueux…
D'autant que récemment, un groupe appelé « Alliance du Saint Kidan » est apparu spontanément pour tenter de tirer le Saint sur la scène politique…
Le moment venu, j'en parlerai.
Pour l'instant, je fais de mon mieux avec ce que je peux faire.
« Alors, pour ce soir, détends-toi au bal. Les nobles et notables du Royaume des démons se sont réunis pour te recevoir. Profite-en pour te faire choyer. »
Sa façon de le dire, tout de même… me suis-je dit, mais moi non plus je suis maintenant le chef d'État qui représente la République humaine. Il faut peut-être que je m'habitue un minimum à me faire choyer.
Pour tester ce ressenti, j'ai décidé d'assister au bal.
………… Ce soir-là.
L'endroit où l'on m'a conduit avait une atmosphère que je n'avais jamais connue.
En un mot : somptueux.
Murs et plafonds brillaient de mille feux dorés. Les gens qui s'y pressaient, en robes de soirée ou en costumes luxueux, étincelaient tout autant.
« Mesdames, messieurs, ce soir nous tenons un banquet pour accueillir le jeune roi Litesiuse, venu de la République humaine. »
Et le Roi-démon lui-même était sur son trente-et-un.
Par-dessus sa tenue habituelle, il portait une veste aux manches brodées d'or clinquant.
Mais m'appeler « roi »… Même le Roi-démon n'a pas saisi les subtilités du régime démocratique.
« L'ère de la haine est close. Voici venu le temps où le pays des humains et le pays des démons marcheront main dans la main. Le jeune Litesiuse en sera le porte-étendard. Tous, ce soir, tissez sans retenue vos liens avec lui. Amusez-vous bien. »
Le discours à peine fini, le bal a commencé.
Les habitués se sont mis à danser sur la musique.
Une danse de cour élégante, portée par l'orchestre.
Mais moi, comme on pouvait s'y attendre, je ne pouvais pas suivre ce rythme, et je restais planté là, hébété. Instantanément, je me suis retrouvé encerclé.
Par des gens qui avaient l'air d'appartenir à la haute société du Royaume des démons.
« C'est un honneur de vous rencontrer, nouveau dirigeant du peuple humain. »
« Arriver au sommet de l'État à un si jeune âge… Vous devez avoir un talent exceptionnel… Ou bien le peuple humain manque-t-il tant de personnel qu'il doit s'en remettre à un enfant ? »
« Il ne faut pas le dire si crûment ? Quoi qu'il en soit, on dit que la République humaine a perdu toutes ses figures de proue, massacrées lors de la défaite. Il est normal qu'elle souffre d'une pénurie de talents. »
« Si vous voulez, ne pourrions-nous pas vous prêter quelques-uns des nôtres ? Même des gens ordinaires chez les démons seraient précieux dans la République humaine, j'imagine ? »
Certains affichaient une condescendance évidente.
C'était prévisible, inévitable.
Quelle que soit la volonté de bâtir de bonnes relations, le Royaume des démons et la République humaine restent d'anciens ennemis qui se sont battus férocement.
Et ce conflit s'est soldé par un résultat clair.
Il est naturel que le vainqueur méprise le vaincu.
C'est pour cela qu'on s'est battus avec acharnement : on ne peut pas passer du jour au lendemain à « faisons la paix et soyons égaux », les émotions ne le permettent pas.
« Il est vrai que notre République humaine ne dispose pas encore de tous les talents nécessaires. »
Mais je ne me laisse pas entraîner dans une escalade verbale.
Je ne dois pas le faire.
Cette visite vise à approfondir l'amitié ; si une bagarre éclate ici, tout sera ruiné.
C'est pourquoi je tire parti de l'art de la conversation sans aspérités que j'ai cultivé en maints endroits !
« Après tout, le pays que je veux construire à présent est d'un genre inédit. Beaucoup de gens ne comprennent pas mon idéal, et j'en suis frustré. »
« C'est… heu !? »
Les démons ne savaient que répondre par des réactions vagues.
C'est normal, mes propos sont eux-mêmes nébuleux. À force de viser un idéal trop haut, le contenu s'est évaporé, et l'autre ne peut faire que « heu, bon… » comme réponse.
Mais c'est très bien ainsi. Mieux vaut noyer le poisson que de s'engager dans une vaine dispute, pour tout le monde.
« C… c'est bien, mais le nouveau roi des humains est bien jeune. Avez-vous des projets de mariage ? »
« Je suis le président de la République, pas un roi. »
Eux aussi changent de sujet ouvertement.
C'est dans mes cordes, mais la direction que prend la conversation est diablement délicate.
« Je suis encore célibataire, et je n'ai pas de projets de mariage pour l'instant… La consolidation des bases de la nouvelle République me prend tout mon temps, je n'ai aucune marge pour ma vie privée… »
« Ce n'est pas bien ! Un homme n'est un homme à part entière que lorsqu'il a un foyer ! Et si vous n'avez pas de marge, c'est encore plus une raison de vous marier ! Soutenir dans l'ombre un mari accablé par le travail, c'est le rôle de l'épouse ! »
On me pousse violemment au mariage.
En fait, ce genre d'ingérence m'arrive tout le temps autour de moi.
De nos jours, quoi qu'on dise, on n'est pas reconnu comme un adulte tant qu'on n'est pas marié.
En tant que président, au sommet de l'État, on me dit de me marier convenablement pour devenir un être humain respectable, au minimum.
… Certains y mettent même une once de convoitise de pouvoir.
J'en entends tous les jours dans mon propre pays, la République humaine, et voilà qu'on me le ressert même en visite officielle, de quoi me lasser sérieusement.
« Si vous le souhaitez, je peux vous présenter une bonne partie de chez moi ? Cela renforcerait encore les liens entre la République humaine et le Royaume des démons !! »
… Et voilà qu'un des hauts démons qui m'entourent lance cette phrase.
Je suis écœuré.
Je n'aurais jamais cru qu'on me proposerait une épouse depuis le camp des démons.
La candidate que me suggère un noble du Royaume des démons…