C'est pourquoi le banquet pour apaiser la rancœur du dieu antique de l'agriculture, Chronos, se poursuit encore.
On se demande tout de même si les dieux ne veulent pas simplement boire et faire la fête.
Mais nous, qui souhaitons ardemment la paix dans le monde, n'avons d'autre choix que d'offrir saké et mets selon les désirs des dieux.
On se fait plumer, hein...
« Fii... Hic... Je n'aurais jamais cru que viendrait le jour où j'échangerais des coupes avec mes fils... »
Le dieu Chronos, vedette du jour, est complètement saoul et a l'air satisfait.
« En y repensant, cela me rappelle les jours où je jouais avec eux enfants... Hadès et Poséidon couraient après des chiots avec passion... Fufufu... »
« Quand nous étions petits, nous avons été avalés par notre père et avons vécu dans son ventre, non ? » « Des souvenirs qui n'existent pas refont surface... ! »
Mais dans les détails, le fossé semble encore profond.
« Au fait, Père, c'est bien que vous soyez sorti du Tartare pour vivre librement, mais où comptez-vous habiter après votre libération ? La surface est ouverte aux êtres vivants, alors nous aimerions qu'on la laisse tranquille. »
« Hum, alors que diriez-vous du monde des enfers où tu vis ? »
« Nguh!? »
Le dieu Hadès s'étouffe avec son saké à moitié bu...
« Gugeh goho goho...!! Non, mon monde des enfers est aussi un lieu pour apaiser les âmes des morts... ! C'est pourquoi mes serviteurs y travaillent sans relâche. Il se pourrait qu'ils troublent votre quiétude, Père...!! »
« Ah bon ? Alors je vais m'installer chez Poséidon ? »
« Noooooooooon!! »
Le dieu de la mer pousse un hurlement.
« ... Ce n'est pas "non" dans ce sens...!! Le monde de la mer est particulier, Papa ! Comme vous n'êtes pas adapté à la vie sous-marine, cela ne ferait que vous causer des désagréments...!! »
« Heein, c'est comme ça... ! »
Chez les deux dieux de la génération active, on devine clairement leur vrai sentiment : « On n'a pas envie de vivre avec notre père à notre âge ! »
En plus, le dieu Chronos a avec lui ses serviteurs, la race divine des Titans, ce qui fait une grande troupe.
Personne n'a envie d'accueillir une telle bande sur son territoire.
« ... C'est ça ! Et le monde céleste, Père ? Le monde du ciel où vit Zeus ! »
« Il doit y avoir plein d'espace libre là-haut, et Zeus comme ses serviteurs les dieux célestes ne font d'habitude que glander sans rien faire, alors vous pourriez y passer des jours paisibles!! »
Les deux dieux des deux mondes s'unissent pour essayer de refiler leur père encombrant à un autre frère.
Profitant de l'absence du dieu Zeus, ils tentent de pousser le dieu Chronos dans cette direction, comme si c'était l'occasion rêvée...
« Cela est impossible. »
« « Pourquoi!? » » »
« L'avez-vous oublié, mes fils ? Ce Chronos est le dieu de l'agriculture, celui qui grave le flux du temps de la terre. Si j'habite le monde céleste, loin de la terre, comment pourrai-je réagir immédiatement si quelque chose arrive à la surface ? »
« Uguugu... ! »
Les dieux ne peuvent répliquer face à cet argument inattendu mais juste.
« Et puis, même si nous nous sommes réconciliés, vivre avec Zeus, c'est hors de question. »
« Zeus est en résidence surveillée, donc il y a peu de chances que vous le croisiez... » « Hors de question. » « C'est pour ça que... » « Noooooon...!! »
« ... »
Les dieux fils restent sans voix face au refus catégorique du dieu Chronos.
Eux non plus n'ont pas envie de vivre avec le dieu Zeus, donc ils ne peuvent pas insister sur ce point.
« Uumu, c'est embêtant. On m'a enfin laissé sortir du Tartare, et pourtant il n'y a nulle part dans le monde où je puisse aller. »
« Non mais, Père, c'est... ! »
« En pensant à la race divine des Titans qui me voue une affection, je n'ai pas envie de m'installer dans un endroit trop exigu non plus... ... Ah ! J'ai une bonne idée ! »
Ce genre de type n'a jamais eu une vraie bonne idée quand il dit ça.
« C'est parce que vous essayez de déménager maladroitement que ça crée des tensions ! Nous, la race divine des Titans, continuons simplement à vivre au Tartare même après avoir obtenu notre liberté ! »
Ça va vraiment comme ça ?
« Ça fait des dizaines de milliers d'années qu'on y vit, c'est plus confortable que de déménager maladroitement. Et puis, si on n'est plus enfermés mais qu'on peut aller et venir librement, le confort sera complètement différent. »
« U, unu...!? » « Si Papa dit que ça lui convient...!? »
Les dieux sont perplexes, mais au final, les Titans libérés continuent de vivre au Tartare, leur lieu de détention.
... On se demande quand même si c'est vraiment bon comme ça.
« ... La prochaine fois, j'apporterai un coussin à mémoire de forme, Père. »
« De mon côté, je ferai refaire le papier peint... »
Les dieux Hadès et Poséidon semblent tous deux ressentir un certain étouffement.
« Quoi, ne vous en faites pas, mes enfants ! Voyez-vous, mon domaine le Tartare est encore plus profond que le monde des enfers dirigé par Hadès ! En d'autres termes... c'est une maison à deux ménages!! »
« Guhaa!? »
Le dieu Hadès crache du sang et s'évanouit.
C'était à ce point un paramètre détestable ?
« Fuhahahaha... ! Être libéré de ma détention et pouvoir m'entendre avec mes fils, quel bon monde ! »
Le dieu Chronos boit son saké de bonne humeur.
« C'est grâce à l'humanité qui a prospéré sur cette surface que nous en sommes arrivés à cette situation idéale. Car grâce à elle, nous avons pu apaiser le cœur des dieux avec de si bons plats et un si bon saké ! Et c'est à vous, Hadès et Poséidon, qui avez créé cette humanité, que revient le mérite ! »
« H, hai... ! » « Tout à fait exact... ! »
Le dieu Hadès et les autres ont l'air mal à l'aise.
Cela doit leur peser sur le cœur que cette ferme soit le fruit de mon travail, moi qui viens d'un autre monde, et non de l'humanité qu'ils ont créée.
« Moi aussi, je suis grandement admiratif des exploits de mes fils. ... C'est pourquoi j'ai décidé ! »
Quoi ?
« Ce dieu Chronos va, lui aussi, essayer de créer une nouvelle humanité, à l'exemple de ses fils ! »
« « Qu'est-ce que tu diiiiiis!! » » »
Encore un dieu qui sort une idée farfelue.
« Attendez un peu, Padre ! »
« C'est exact, Papa ! Créer une nouvelle vie sur la surface, ce n'est pas si simple ! Pourrez-vous vraiment vous en occuper jusqu'au bout!? »
Les deux fils hurlent face à l'acte inconsidéré de leur père.
C'était aussi choquant que si on leur avait dit : « Papa, à partir d'aujourd'hui je vis en écrivain ! »
« Ne vous inquiétez pas tant, mes fils. Vous n'avez pas confiance en votre propre père ? »
« Absolument pas ! »
« Il est vrai qu'ajouter une nouvelle vie dans un monde qui a atteint l'harmonie parfaite grâce aux vies que vous avez créées est source d'inquiétude. Il arrive souvent qu'un équilibre achevé s'effondre juste à cause d'un petit nouvel élément. Ce père en est bien conscient!! »
« Si tu en es conscient, révise ton jugement...! »
« C'est précisément pour cela que ce grand dieu Chronos a l'intention de créer une nouvelle vie parfaite, qui ne nuira pas aux vies déjà présentes sur la surface ! Réfléchissez bien ! S'il existe une vie sage, parfaite, qui ne commet jamais d'erreur, alors il n'y aura absolument aucun conflit ! »
« Le postulat de départ est déjà faux. »
« Les vies imparfaites doivent être gérées par nous » ou quelque chose du genre, on dirait qu'il va dire ça.
« Voici donc le profil de la vie ultime que ce grand dieu Chronos va créer ! »
- Le plus fort du monde. Plus fort que les dieux. - Durée de vie infinie, continue de vivre même après la fin du monde. - Peut voler dans le ciel. - Ne contracte aucune maladie. - Beau. - Belle voix. - Intelligent. - Obéissance absolue aux ordres des dieux.
C'est exactement « la vie la plus forte que j'ai imaginée ».
En voyant cette liste de caractéristiques démente, je me suis aperçu de quelque chose.
« S'il s'agit d'une vie qui correspond à ces caractéristiques, elle existe déjà, non ? »
« Quoi!? »
« C'est l'ange Horkosfon. »
Horkosfon s'avance, présenté par moi.
« Voulez-vous du nattō ? »
Elle n'oublie jamais de proposer du nattō, quoi qu'il arrive.
« Les anges sont des vies que Zeus a créées auparavant. Cela fait déjà près de quatre mille ans. »
« Naaanii!? Zeus!? »
Le dieu Chronos reçoit un choc.
Ignorant l'émoi du père, le dieu Hadès continue son explication.
« C'était une race que l'idiot de Zeus avait envoyée pour dominer la surface. Comme c'était une vie bourrée d'idéaux sans aucune mesure, tout le monde a eu bien du mal. Au final, pour les repousser, le monde a été détruit une fois. »
« Mon... la conception de ce dieu de l'agriculture Chronos chevauche complètement celle de ce Zeus...!? Uoooooooo...!? »
« Zeus ressemble à Père sur ce point. »
« Iya ! Être pareil à ce type, iyaaaaaaaaa!! »
Le fait que sa propre conception chevauche celle du fils qu'il déteste le plus semble être un choc qu'il ne peut cacher.
Comme on s'y attend de parents et enfants.
C'était une similarité qui nous causait un ennui infini à nous, humains de la surface, mais elle faisait sentir l'épaisseur du sang divin entre parent et enfant.
« On dirait que mon existence est devenue une tache pour les dieux, ce qui ne me satisfait pas. »
Ce que dit Horkosfon est tout à fait juste.
« Si on dit ça, les dragons non plus, en tant que créatures les plus fortes imaginées par la déesse mère Gaïa, ne sont-ils pas nos semblables ? »
« Nanda to-!? Nous, les dragons, sommes les souverains légitimes de la surface ! Ne nous mettez pas dans le même sac que vous, les créatures de convenance!! »
Vīl en colère.
Ce sujet risque de faire des étincelles un peu partout, alors je voulais en finir là.
Que les dieux se disputent ou se réconcilient, ils répandent le malheur dans le monde