L'histoire se poursuit.
Toujours sous mes yeux, de grandes femmes adultes se livrent à une dispute hideuse.
« C'est bon, rentrez au travail illico, espèce de rigide ! N'oubliez pas votre rôle au moment crucial ! »
« Quand l'amour m'éveille, je fonce tête baissée ! C'est ça, ma façon d'être sérieuse ! »
Zos Saira et Carp-san s'empoignent.
Quand des femmes d'un certain âge se mettent à se battre, c'est d'une laideur insupportable. Mais je comprends bien que si j'interviens, je n'en sortirai pas indemne.
« Hum, que faire… »
« C'est devenu amusant, dis donc. »
« Wah, vous m'avez fait peur !? »
Je me demandais qui était cette personne qui surgissait tout à coup, et c'était une dame âgée qui ressemblait à Platy……, avec un calme tout à fait adulte.
« La reine Sheila !? »
« Non mais, mon gendre ! Je ne suis plus la reine des sirènes, vous savez. Puisque Darling a cédé la place à Arowana-chan, je suis libérée de mes fonctions depuis belle lurette. »
C'est vrai !
Mais le fait qu'elle soit la mère biologique de ma femme Platy, et donc ma belle-mère, n'en change pas moins !
Mêlée à sa propre personnalité, me retrouver face à elle me impose une pression infinie !?
« Certes, être libérée de la charge de reine qui a duré si longtemps m'a rendue plus légère. Mais comme Puffa-san assure la succession de manière étonnamment solide, je peux me promener l'esprit tranquille. »
« Ah ah ah !? »
L'actuelle reine des sirènes, Puffa, semble bien gérer les problèmes entre belle-mère et belle-fille.
Je sais pertinemment, moi qui suis aussi dans une relation belle-fille/belle-mère par alliance, que si je gâche mes relations avec cette belle-mère, ma vie de couple s'effondrera.
« Alors mon gendre, aujourd'hui mes sœurs cadettes t'ont causé bien des tracas, excuse-nous. »
« Hahiiiiiiii !? »
Pas possible !
Recevoir des excuses de Sa Majesté la reine Sheila, ma belle-mère, c'est bien trop d'honneur !?
« Grande sœur !? Désolée, désolée ! Vraiment désolée ! »
« Gyaaaaaah !? La grande sœur Sheila est làaaaaa !? Ma liberté s'arrête là, c'est le bad end ! »
Zos Saira et Carp-san hurlaient et s'excusaient à tour de rôle.
Apparemment, c'était leur réaction à l'apparition de Sheila.
« Mes sœurs cadettes ont fait tout ce vacarme. Qui plus est, devant le mari de Platy-chan, c'est d'une honte… »
Ah, je me demandais qui elle appelait « sœurs cadettes ».
C'était Zos Saira et Carp-san.
Ces trois-là sont amies ou quelque chose comme ça ?
« C'est un peu datant, à l'époque où on faisait les folles…… Bon, Carp-chan ? »
« Byeeeeeeeeh !? »
Répondre par des pleurs, c'est comment dire…
« Carp-chan, on a reçu un message de l'Académie des Sorcières Sirènes disant qu'elle avait abandonné son poste et ne rentrait pas. Zos Saira-chan et moi sommes venues voir la situation. Si tu te mets à résister sérieusement, nous sommes à peu près les seules à pouvoir te remettre en ligne. »
« Grande sœur ! Faisons chauffer ce rigide qui se la pète ! »
Zos Saira fait figure de petit sbire.
« Taisez-vous, Zos-chan. Vous connaissez vous aussi la douleur du cœur d'une jeune fille amoureuse, non ? »
« Désolée ! »
Se taire illico sur un ordre de sa supérieure, c'est aussi très petit sbire.
……
………… Une jeune fille amoureuse ?
« Quoi qu'il en soit, que cette Carp-chan si sérieuse s'éveille à l'amour, c'est inattendu. Du coup, je comprends qu'elle ne suive pas les directives de l'école. »
« C'est vraiment bien comme ça, ancienne reine ? »
« Les sentiments amoureux priment sur tout. »
L'amour chez les sirènes est toujours style fort, hein.
« Celle qui a renoncé à la fin du monde pour s'unir à l'homme qu'elle aimait, c'est la grande sœur Sheila, non ? Pour elle, tout ce qui n'est pas l'amour est accessoire. »
« Hé, Zos-chan, c'est pas pareil pour toi ? »
« Si je ne priorisais que l'amour, j'aurais quitté mon poste de chancelière des sirènes depuis longtemps ! »
« Choisir le travail plutôt que l'amour, c'est que tu es drôlement sérieuse, Zos-chan. »
« C'est pas ça ! C'est juste que j'ose pas désobéir à la grande sœur Sheila ! »
Apparemment, ce qui prime le plus au monde pour Zos Saira, c'est la peur qu'elle a de Sheila.
C'est pas incompréhensible, c'est ça qui m'embête.
« Alors alors ? L'élu du cœur de Carp-chan, c'est ce Gobukichi ? Un visage qui a l'air pur et rafraîchissant. »
Et voilà qu'on passe à l'évaluation de l'être aimé de Carp-san.
« Exact, exact ! Pas étonnant que la grande sœur Sheila ait l'œil ! »
« Et l'autre, c'est Orkbo-san, non ? J'ai vu son portrait dans le bureau de Zos-chan plus souvent que le visage de mes parents. »
L'intérêt s'est porté jusqu'à Orkbo, l'être aimé de Zos Saira.
« Lui aussi a l'air vif et large d'esprit. C'est inattendu que Zos-chan aime ce genre de type. »
« Pas du tout ! Orkbo est l'homme numéro un des trois royaumes ! »
« Mais quand même, notre Darling est le numéro un mondial. »
« « Haï…… !? » »
Là, c'est le « seul » qui devient « numéro un ».
Déjà que le sujet était pénible et délicat, voilà que Platy arrive en plus……
« Qu'est-ce que vous racontez !? Le plus fort du monde, c'est notre mari, c'est décidé ! En intelligence, force physique, capacité de combat, il est le numéro un invincible de l'univers, du multivers, à fond la caisse ! »
« Platy, calme-toi, calme-toi !? »
C'est flatteur qu'elle me porte aux nues, mais si elle s'en mêle aussi, ça va devenir ingérable !
« Cependant, quelle coïncidence. Zos-chan, Carp-chan, les deux êtres aimés de mes adorables sœurs cadettes sont au même endroit…… tiens, j'ai une idée. »
La loi du « j'ai une bonne idée » qui n'est jamais une bonne idée.
« Carp-chan, le but de notre visite, c'est de te ramener de force vu que tu obéis pas aux directives de l'école…… »
« Yadaaaaaaa !? La grande sœur Sheila n'a jamais eu d'autre moyen que la force ! »
Carp-san hurle son refus.
C'est ça, le travail d'enseignante ?
« Mais je suis pas un démon. Si tu remplis la condition que je vais poser, j'accepterai que tu restes à la ferme. Ça te va ? »
« Vraiment, grande sœur !? »
« Tu me fais pas confiance ? Même si j'ai quitté le trône de reine des sirènes, je suis encore la mère du roi des sirènes actuel. J'ai encore assez de pouvoir pour faire taire une école, tu sais ? »
« Dans le cas de la grande sœur Sheila, c'est pas le pouvoir, c'est la force brute ! »
C'est vrai aussi, mais bon……
Rester à la ferme, c'est bien, mais mon avis en tant que responsable du lieu ?
« Alors, quelle condition vous sortez, grande sœur ? D'habitude, elle fait la morale à tout va, traite les gens de criminels ou de voyous, et là elle capote égoïstement. Si c'est pas une condition drastique, moi non plus j'accepte pas, et les autres non plus. »
« Qu'est-ce que tu dis, Zos-chan ? Ma condition, c'est que toi aussi tu donnes un coup de main. Tu peux pas rester spectatrice. »
« Hein ? »
Et la condition posée par l'ancienne reine des sirènes, Sheila Cannu, fut……
« Zos-chan, tu vas te battre contre Carp-chan, une bonne fois. Si Carp-chan gagne, j'exaucerai son vœu. »
…………
Ainsi commença abruptement.
Le duel du destin, Zos Saira contre Carp-san, un contre un, combat sans limite, une manche.
Match à mort : courant explosif, grillage électrifié, enterré vivant, cercueil explosif.
Comment on en est arrivé là ?
« Parce qu'il n'y a rien au monde où le résultat soit aussi clair que dans un combat. »
Arrêtez votre idéologie de peuple guerrier.
« Carp-chan, si tu veux quelque chose, bats-toi et arrache-le. Ici, y a plus l'enseignante Carp de l'Académie des Sorcières Sirènes, y a seulement la jeune fille amoureuse Carp ! Montre l'élan de ton amour avec tes poings ! »
« Je remercie la grande sœur Sheila pour sa bienveillance ! Cette Carp va mettre l'adversaire en pièces et lui faire connaître mes sentiments ! »
Pas en pièces.
Tu parles de qui comme adversaire ?
« Kuhuhu, pour moi aussi c'est souhaitable. »
Tu le souhaites !?
De son côté du ring, Zos Saira se tient fièrement, brûlant d'un esprit combatif silencieux.
Pourquoi ?
« Si l'occasion se présentait d'écraser cette Carp qui fait la parfaite, j'ai toujours pensé y mettre toute ma force. La grande sœur Sheila a trouvé un bon divertissement. Elle me donne des friandises de temps en temps, alors je peux pas lui désobéir. »
Là, Carp-san prend la parole avec l'aplomb d'une performeuse au micro.
« Zos Saira-san ! Pourquoi vous avez autant la pêche ! Ce combat, vous n'avez aucun intérêt à le gagner !? »
Effectivement, vu comme ça.
Zos Saira, soudainement embarquée dans ce combat ; même si elle gagne, elle n'a aucune récompense, non ?
« Kuhuhu… qu'est-ce que tu dis ? Ce combat, pour moi, y a rien de plus à gagner. »
« Qu… quoi !? »
« Si je peux juste te gêner, y a rien de plus jouissif pour moi ! »
« Cette femme venimeuse ! »
Zos Saira et Carp-san.
Pourquoi ces deux-là s'entendent-elles aussi mal ?
On entrevoit ça et là une rancune tenace, mais qu'est-ce qui s'est passé dans leur passé ?
Peut-être que ce match va le révéler.
La suite.