Je m'appelle Purabu.
J'habite dans un certain village du Royaume des Démons.
Ça fait un peu prétentieux de le dire moi-même, mais je suis plutôt belle, et on me dit qu'une fois un peu plus grande, je pourrais monter à la Capitale des Démons pour devenir servante.
Mon village est loin de la Capitale, en pleine campagne, mais il prospère grâce à un donjon tout proche.
Le cristal noir qu'on y extrait abriterait la puissance magique d'un dragon, et une fois travaillé, il deviendrait un puissant talisman.
Les hommes du village vont souvent en chercher dans le donjon, et curieusement, ils reviennent toujours sains et saufs.
Parce que le dragon noir qui domine le donjon a un caractère large, et qu'il ne daigne même pas prêter attention à ce que font des démons comme nous.
C'est grâce à lui qu'on vit plutôt richement, malgré la campagne.
Mais ça ne veut pas dire qu'on peut baisser la garde.
L'adversaire, c'est un dragon.
L'être le plus puissant au monde, qui ne nous considère, nous les humains, que comme des vermisseaux.
Même s'il ne nous a pas dans le collimateur pour l'instant, on ne sait jamais quand un petit déclencheur pourrait le pousser à une destruction impitoyable.
Ne vous habituez pas au dragon. Craignez le dragon.
Le doyen du village le répétait souvent.
Et maintenant, ses paroles me reviennent avec une netteté cruelle.
Parce qu'un dragon a soudainement attaqué notre village.
Le dragon a dit :
« À partir de maintenant, celui qui domine cette terre est le noble général dragon, Agibendo du Glintz Dragon. J'informe les humains : offrez des sacrifices pour Agibendo-sama. »
On dit que depuis longtemps, c'était une dragonne toute noire qui régnait sur le donjon de la montagne.
Il s'est passé quelque chose ?
Il y a eu une prise de pouvoir chez les dragons ?
Bref, notre village est en plein chaos.
On nous a dit que si on n'obéissait pas, le village serait rayé de la carte, alors il faut bien offrir quelqu'un en sacrifice.
Refuser n'était pas une option.
Parce que l'adversaire, c'est un dragon.
L'idée d'appeler à l'aide le Roi Démon qui siège à la Capitale a été évoquée, mais on n'aurait jamais pu arriver à temps pour l'échéance fixée par le dragon, et même si on l'avait pu, l'armée des démons ne peut de toute façon pas battre un dragon.
Plutôt que de risquer de faire vaciller tout le Royaume des Démons si le Roi Démon nous arrivait malheur, on a décidé d'avaler nos larmes et de livrer un sacrifice.
Et ce sacrifice, c'est moi.
Je me suis portée volontaire.
Le dragon avait aussi exigé « une jeune vierge la plus belle possible », et en matière de mignonnerie, j'ai confiance en moi.
Pour le village, je mettrai mon corps en jeu avec joie ! me suis-je enflammée.
Outre moi, quelques filles de mon âge ont été choisies comme sacrifices, et le dragon nous a emmenées au donjon de la montagne.
Apparemment, le dragon prélevait des sacrifices dans les villages alentour, parce qu'à notre arrivée, il y avait d'autres pauvres filles.
Au final, on était une bonne quinzaine, et toutes, on finira sans doute en sacrifices pour le dragon…
Mais au fait, c'est quoi le traitement réservé à un sacrifice ?
Ils ne vont quand même pas nous bouffer, non ? Je me disais qu'on serait mises à travailler comme servantes, ou peut-être faites épouses du dragon, et j'optimisais bêtement, mais apparemment, on va vraiment nous bouffer.
Il parait qu'il y a un dragon avec un régime déviant qui adore la chair humaine, et qu'on nous a amenées pour lui.
Le pire scénario inimaginable.
Que faire, je panique, mais à cette heure, même fuir est impossible, alors il ne me reste plus qu'à entrer proprement dans le ventre du dragon ?
C'est au moment où j'atteignais cette résignation que…
Le sauveur est apparu.
………………
« Agiiiiii !? Ko, je me rends ! Je reconnais ! J'admets ma défaite ! Alors arrête ton souffle, je t'en supplieeeee !? »
« Non. »
Le sauveur, c'était encore un dragon.
Il écrasait de sa puissance phénoménale le méchant dragon qui voulait nous manger.
« Les dragons que je dirige ne doivent pas nuire au monde. Toi qui as tenté de blesser des humains, je te punis en tant qu'Empereur des dragons. »
« Iyaaa ! Au secours ! Arrêteeeeeee !? »
Le mauvais dragon a hurlé sa lamentable supplication jusqu'au bout, avant d'être coupé en deux et de disparaître.
Incroyable.
On dit que les dragons sont les plus forts, mais même parmi eux, il y a des forts et des faibles.
« Aaah, Agibendo a été tué !? »
« Impossible, c'était le plus fort d'entre nous ! C'est pour ça que Marie-sama a visé son absence pour se rebeller !? »
« Ce Ardhegg ou je ne sais quoi, c'était pas juste un coup de chance pour devenir un Gaizer Dragon !? »
Les autres dragons sont en panique !?
Ceux qui étaient là depuis qu'on nous a amenées, dont celui qui a menacé notre village et m'a emmenée en sacrifice.
« Bon, votre chef a disparu. Par mon grand maître dragon. »
« Hiiiiiiiiiiiiii ! Bu-bu-bu-bu, Bloody Mary-samaaa !? »
Et voici qu'apparaît un autre dragon, qui les pousse encore plus loin. Du bout du museau aux ailes, aux griffes, au bout de la queue, un dragon entièrement noir sans la moindre faille.
« Alors, que devriez-vous faire ? Vous avez comploté avec l'insensé Agibendo, vous avez mené une rébellion, vous n'êtes que des gens sans jugeote. Voulez-vous suivre le même sort que votre chef ? »
Hein ?
Un dragon entièrement noir, c'était pas le maître du donjon dont la légende parle dans le village depuis toujours ?
« Mo-mo-mo-mo-mo-mo, pardon Bloody Mary-sama !! »
« C'était pas notre faute ! Pendant votre absence, personne ne pouvait battre Agibendo ! »
« On a eu n'ai d'autre choix que de lui obéir à tousuuuuu !! »
Et la déroute de tous les autres dragons.
Ils ressemblent exactement aux gamins du village. À quand la vieille du quartier découvre leurs bêtises.
« Flatter le fort en vendant votre fierté. Apprendre la survie du faible. Un dragon qui fait ça n'est pas un dragon. Je vais vous effacer d'ici moi aussi. »
« Pardonnez-noooooooooooo !? »
Les dragons ont capitulé sans condition devant le dragon noir.
Zéro résistance.
« Ne vous trompez pas. Ce n'est pas moi qui décide de votre sort. C'est le véritable dominateur de notre clan, le nouveau Gaizer Dragon, Ardhegg. »
Le dragon qui se battait tout à l'heure s'est posé.
Bien sûr, le vainqueur. Le vaincu n'est plus de ce monde.
« Heeeeeeeee !? »
« Nouveau Empereur ! Je vous en prie, ayez pitiéyyyyy !? »
« On ne doutait pas de votre puissance ! C'est Agibendo l'idiot qui a fait n'importe quoiiiii !? »
Tous les autres dragons plaident désespérément, mais l'important, le dragon fort, les ignore totalement et s'avance vers… nous ?
Quoi ?
Ce dragon aussi, il compte nous manger ?
Je l'ai cru un instant, mais le dragon s'est mis à se transformer… et a pris forme humaine.
Un bel homme comme on en voit à la Capitale.
« Pardonnez à tous. Cette fois, un dragon d'une bêtise exceptionnelle parmi les nôtres vous a causé du tort. »
Et il a baissé la tête.
« Je suis Ardhegg, le Gaizer Dragon. Celui qui unit tous les dragons de ce monde. Je le jure sur ce nom. Tant que je serai sur le trône d'Empereur Dragon, les dragons n'attaqueront pas l'humanité. Si un impudent enfreint cet interdit, je le punirai moi-même. »
« Quoi ? Tu te plies en quatre pour des humains ? »
Cette fois, c'est la dragonne toute noire qui arrive !?
Et elle se transforme !?
En une sœur d'une beauté hallucinante !?
« Je comprends que tu sois pro-humains, mais faut pas te faire marcher sur les pieds, non ? Écoutez bien, humains. Moi aussi, je suivs basically la ligne d'Ardhegg, mais si c'est vous qui commencez, je riposte à fond, alors gravez-le bien dans vos têtes. »
Hiiiiiiii !?
Cette sœur dragon, elle resserre la largesse du beau dragon comme une épouse qui tient la maison.
« Rassurez-vous. Je vais vous raccompagner à vos villages. »
« Et vous le direz à vos semblables. Celui-ci est le nouveau dominateur du clan dragon, l'Empereur Dragon portant le titre de Gaizer Dragon, son nom est Ardhegg. Si vous voulez bénéficier de la clémence des dragons, louez-le, servez-le. »
La femme qui appuie sans faille son homme pour le faire respecter, c'est fort !
Vraiment une épouse qui tient la maison !
« C'est compris ! On rentre, et on répandra ce qu'on a vu aujourd'hui ! »
« Qu'il existe un couple de dragons forts et gentils qui protègent l'humanité ! »
Ah.
Les autres filles aussi ont eu l'impression que c'était un couple.
« Fuu-fuu !? »
Et la sœur dragon a réagi de façon excessive.
« Mais oui, voyons ? Vous faites si bien ensemble depuis tout à l'heure ! »
« On dirait une épouse compétente et un mari qui l'écoute, non !? »
Les jeunes filles sauvées louent à l'envi leur harmonie, mais celle qu'on loue semble, elle, perplexe.
« Qu-qu-qu'est-ce qu'elles racontent, ces gamines !? Si vous dites n'importe quoi, je vous crame, moi ! C'est ça, je vous donne du cristal noir en souvenir !? »
Et ainsi, nous sommes toutes rentrées saines et sauves dans nos villages, et l'histoire du couple de dragons harmonieux qui protège l'humanité s'est répandue dans le monde entier.