C'est un don, pas une compétence, donc le « Porteur Suprême » n'a pas réagi à la lecture des paramètres par les prêtres ?
La vérité m'échappe, mais le résultat a été indéniablement une chance pour moi.
La puissance du don « Porteur Suprême » s'est imposée avec évidence rien qu'en fauchant l'herbe à la faucille et en retournant la terre à la bêche.
Si le roi apprenait que je possède un tel pouvoir, il m'applaudirait à tout rompre. On me fourrerait une épée légendaire dans les mains et on m'enverrait sans discussion sur le front de bataille.
Plutôt crever.
Que je puisse me consacrer au travail de la terre dans un coin paumé, loin des hommes, je le dois à mon don qui s'est abstenu de toute revendication superflue, restant discret.
Je n'ai que de la gratitude.
Ruminant ma reconnaissance envers les dieux, avançons dans le défrichement.
Avant tout, assurer le minimum vital : vêtement, nourriture, logis.
C'est la base indispensable pour qu'un homme vive en homme.
L'agriculture, qui garantit un approvisionnement alimentaire stable, en est la pierre angulaire ; c'est pourquoi j'ai d'abord créé un champ pour tester l'efficacité du « Porteur Suprême ».
Un champ.
Du travail agricole.
Si je sème ici et parviens à récolter toutes sortes de légumes, je n'aurai plus de souci pour l'alimentation.
« Cela dit, c'est impossible tout de suite. »
J'avais acheté des graines en même temps que quantité d'outils agricoles à la capitale, mais je m'inquiétais de savoir si le sol de cette terre contenait assez de nutriments pour faire pousser correctement des cultures.
Bien sûr, semer plus tôt aurait signifié des récoltes plus précoces et une situation alimentaire stabilisée, mais si je rate le coup et que tout sèche, ce sera peine perdue.
L'échec n'est pas permis.
Je vais prendre le temps d'amender le sol avec de l'engrais pour le faire mûrir.
Reste à voir où me procurer cet engrais…
Faut-il faire une fosse à purin, après tout ?
Bon, je réfléchirai posément.
Je décidai de porter mon attention ailleurs.
Du trio vêtement-nourriture-logis : le logis.
Pour vivre ici, il me faut un toit contre la pluie et la rosée.
Sur place, le climat était clément, l'ensoleillement doux. C'était le genre d'endroit où l'on aurait envie de dire « Dormir à la belle étoile ? Fais-moi signe ! » — mais rien ne garantit que cette facilité de vie dure toute l'année.
Une averse pourrait survenir dès ce soir et me faire voir l'enfer.
Autre source d'inquiétude : la côte visible depuis ici.
Le vent salin venu de la mer sera sûrement rude une fois l'hiver venu.
Une maison est indispensable pour couper le vent nocturne, mais…
« Je ferais bien de réfléchir aussi à l'endroit où la construire ? »
Pour commencer, on ne bâtit pas là où le vent marin tape en plein.
Et la même règle vaut pour l'emplacement du champ.
Le vent soufflant de la mer n'a aucune influence positive sur la croissance des cultures, et si un tsunami submerge le champ d'eau salée, c'est fini sur l'instant.
« J'aurais dû labourer un coin plus en retrait… »
C'était pour tester l'effet du « Porteur Suprême », mais je me suis laissé emporter et la zone labourée s'étendait à perte de vue.
« Bah, j'expérimenterai au fur et à mesure. »
Peut-être m'étais-je attaché à ma propre terre labourée : j'enfonçai la bêche et ramassai directement à pleines mains la terre ameublie.
« Je compte sur toi. Fais pousser plein de bons légumes. »
Avec ce vœu, je remis la terre prélevée dans le champ.
Un geste bien sentimental, de quoi prêter à rire pour qui regarderait. Pourtant, je devais apprendre plus tard que cet acte portait une signification capitale.
…………
Quoi qu'il en soit, la maison.
J'ai correctement acheté les outils de charpentier, donc avec du bois, monter une maison est un jeu d'enfant.
Après tout, j'ai le « Porteur Suprême ».
Et l'approvisionnement en bois ne posait pas de problème non plus.
La terre au bout du monde que j'ai choisie pour domicile : la mer est proche, mais la montagne l'est tout autant.
J'entrai en forêt, brandis la hache et sécurisis du bois de qualité, bien droit, pour l'immédiat.
Et quand je transportai le bois, le « Porteur Suprême » fit encore des merveilles : un tronc qui aurait nécessité plusieurs hommes pour être soulevé, je le portai seul, léger comme une plume.
Avec ça, je pourrais même me battre en utilisant un tronc comme arme.
Et pour l'instant, je construis la maison à un endroit d'où je domine le champ fraîchement fait.
Grâce au don « Porteur Suprême », il me suffit de tenir scie et marteau pour devenir un maître artisan. La construction ne posa aucune difficulté sérieuse.
N'ayant pas l'intention d'en faire une résidence permanente, une simple cabane de fortune.
Ça suffira pour s'abriter de la rosée nocturne.
Malgré tout, quand le travail fut terminé, il était déjà passablement tard et le soleil touchait l'horizon.
J'en reste là pour aujourd'hui.
Je me cale le ventre avec les rations de route apportées de la capitale. Dès demain, il faudra que je me débrouille pour la nourriture.
Heureusement, cette terre a à la fois montagne et mer.
Un moment, j'irai et viendrai entre les deux, cueillant les produits de la mer et de la montagne pour survivre.
Jusqu'à ce que les cultures du champ donnent et puissent être récoltées.
Du triplet vêtement-nourriture-logis, le vêtement est aussi un problème majeur.
J'ai acheté et emmené un maximum de vêtements de rechange à la capitale, mais ça s'épuisera un jour.
D'ici là, je dois trancher : trouver le moyen de me procurer moi-même des habits en fibres, ou me rabattre sur l'achat en ville.
C'est en songeant à tout ça que je m'endormis, bouclant ma première journée de vie de pionnier dans l'autre monde.
…………
Le lendemain matin.
Quand je me réveillai et sortis de la cabane, un événement stupéfiant s'était produit.
« Des pousses !? »
Dans le champ que je venais à peine de labourer hier.
Dans un champ où je n'avais semé aucune graine.
Il y a des pousses.
« Pourquoi !? Comment !? »
Des racines de mauvaises herbes étaient-elles restées dans la terre labourée ? Ou des graines sauvages avaient-elles été portées par le vent depuis quelque part ?
Mais les pousses, étrangement, ne poussaient pas en désordre : elles étaient alignées avec une logique impeccable.
Une chose pareille peut-elle arriver naturellement ?
« Pas possible !? »
Je me souvins.
Hier, j'avais ramassé directement à mains nues la terre fraîchement labourée et lui avais parlé : « Fais pousser de bons légumes. »
Et je l'avais remise telle quelle dans le champ, mais à ce moment-là, la terre était en contact avec mes mains.
Des mains porteuses du don « Porteur Suprême » qui fait atteindre le niveau maître à tout ce qu'on saisit, ou tire le potentiel maximal de tout ce qu'on touche.
Le « Porteur Suprême » n'aurait-il pas agi sur la terre que j'ai serrée, faisant germer des graines que je n'avais pas semées ?
L'instant où j'ai pris la terre en main, le « Porteur Suprême » m'a-t-il fait devenir le suprême nourricier de cultures !?
C'est trop fort, tout compte fait.
Tout est permis !?
Tout confus que je sois, ce qui a germé a germé ; je n'ai plus qu'à le chérir et l'élever.
Ma vie de pionnier dans l'autre monde semble avoir démarré sur les chapeaux de roues.