Une lettre de sa mère qui pulvérise d'un seul coup la volonté obstinée de Platy.
Au point que pour elle, sa mère est une adversaire à qui on ne peut pas désobéir ?
Voici un extrait de la lettre de sa mère.
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« Platy-chan.
Félicitations pour ta grossesse.
Avec ça, tu fais ton entrée dans le monde des adultes. En tant que ta mère, il n'y a rien de plus fier.
Prends-tu soin de ton corps ? Ne dors-tu pas en laissant ton ventre découvert ?
Ton corps ne t'appartient plus à toi seule, alors tu dois faire encore plus attention qu'avant.
J'aurais voulu accourir sur-le-champ pour te féliciter de vive voix, mais je ne peux pas quitter les plus petits qui sont plus jeunes que toi, alors j'ai confié cette lettre à Carp-chan.
(Passage omis).
Donc, je compte sur toi pour la création de l'annexe.
De ta mère.
À ma précieuse Platy. »
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« Devant les doux mots de maman... ! Je ne peux pas dire NON !!!! »
Platy sanglotait, submergée par l'émotion.
Je vois.
Une ennemie naturelle qui attaque par le flanc, en quelque sorte.
J'ai l'impression que la partie omise contient un contexte politique assez cruel, mais bon, on y reviendra plus tard.
« Bon, tant pis, qu'on fasse une annexe ou ce qu'on veut ! Si c'est une demande de maman, j'accepterai n'importe quoi ! »
Ainsi, même Platy a capitulé.
Alors, puisqu'il n'y a plus personne pour s'opposer...
« J'approuve la création de l'annexe de l'Académie des Sorcières Sirènes à la ferme. »
« « « « C'est gagné ! » » » »
Les élèves sirènes sont aux anges.
Les Anges du groupe initial bien sûr, mais aussi les nouvelles recrues à bras ouverts.
... Pourquoi sont-elles si émues ?
« Calmez-vous ! Tout le monde ! »
L'injonction de l'enseignante Carp fusa, et le silence retomba instantanément.
Chut...
« En tant que dames sirènes, vous devez vous abstenir de tout comportement inconvenant. Vous n'êtes pas ici seulement pour apprendre la magie pharmaceutique. Vous devez aussi acquérir une conduite noble, dont aucune lady n'aurait à rougir. »
« « « « Compris, prof... » » » »
L'enseignante Carp est stricte.
J'en ai connu des comme ça à l'école. Ces profs qui vous cassent les pieds sans raison...
... Derrière moi, Platy était collée à mon dos, faisant gronder sa gorge.
J'ai l'hallucination d'une queue qui partirait de ses fesses, gonflant sa fourrure d'un coup.
En réalité, elle n'a pas de queue, Platy est une sirène.
Une seule personnalité féline, Veil, suffit amplement chez nous.
« À ce propos, Saint, j'aimerais discuter de l'emploi du temps. »
« L'emploi du temps ? »
« La vie d'étudiant, c'est la régularité avant tout ! Ici, à la ferme aussi, les élèves suivront l'emploi du temps quotidien que nous, les enseignants, avons minutieusement établi ! »
Et l'enseignante Carp me tendit une large algue.
Apparemment, dans le monde des sirènes, on l'utilise à la place du papier. Y était inscrit un emploi du temps détaillé...
Heure de lever, plages de cours, horaires de travail, tout était consigné avec une précision minutieuse.
Une minutie au niveau de la minute près.
« ...... »
Je jetai l'algue sans hésiter dans la marmite pour en faire un bouillon.
« Ah !? »
« Cet emploi du temps, tu le jettes. »
La quiétude, c'est notre marque de fabrique à la ferme.
Si on y importe une vie esclave de l'horloge, l'ambiance est foutue.
Chacun travaille quand il veut, comme il veut. C'est comme ça que c'est facile et amusant.
Tant que les heures des repas communs, du lever et du coucher sont fixées, le reste est libre.
Et tant que l'heure où tout le monde boit le lait distribué par les Satyros est décidée.
L'efficacité ?
Je m'en fiche. Je suis dans cet autre monde pour être libre de ce genre de trucs.
« Mais... ! Dans ce cas, l'éducation de notre école... ! »
« C'est une annexe *dans* ma ferme. Si vous ne pouvez pas suivre les règles de la ferme, il n'y a qu'à partir. »
Derrière moi, les princesses sirènes acclamaient : « Comme attendu de mon mari ! » « Mon beau-frère est trop cool ! »
« C, c'est compris... ! Nous sommes vos hôtes, après tout. Nous ferons des compromis. »
« Merci de votre compréhension. »
Derrière, des cris exultants : « Tu as vu ! C'est ça, la puissance de mon mari ! » « La puissance de mon beau-frère ! »
« Bon, maintenant qu'elles vont vivre chez nous... Il va falloir des bâtiments pour dormir et manger. »
Évidemment, on ne peut pas les laisser dormir à la belle étoile.
Et comme elles arrivent une bonne dizaine d'un coup, il va falloir construire un nouveau bâtiment.
« Mon seigneur... ! De la construction ? Encore en urgence ? »
Orubo et l'équipe des Orcs se mirent à frétiller d'impatience.
Ces types sont devenus de vrais fanas de construction.
« Mes gamins veulent assouvir leur passion, alors on va illico vous construire un lieu de séjour... »
« Cela ne sera pas nécessaire. »
Hein ?
« Si on vous encombre pour tout, on ne pourra pas cultiver la fierté du peuple sirène. Nous souhaitons nous assurer nous-mêmes notre lieu de vie. »
Ça veut dire qu'elles vont construire leur maison elles-mêmes ?
« Vous n'allez pas faire venir des charpentiers du royaume des sirènes, par hasard ? »
« Inutile. Nous, les sirènes, avons ceci. »
L'enseignante Carp sortit quelque chose qui ressemblait à un petit caillou blanc.
De la taille d'un bout de doigt.
« ... Du corail ? »
D'après l'apparence, c'est probablement un fragment de corail.
« Ce n'est pas du simple corail. C'est l'une des grandes inventions de la princesse Platy. Le prototype du corail d'hypertrophie cultivée. »
Corail d'hypertrophie cultivée ?
« Tu ressorters encore un vieux truc ? »
Dit Platy elle-même, qui intervenait dans la conversation.
C'est elle qui l'a inventé, mais c'est quoi, ce corail d'hypertrophie cultivée ?
« Si tu y ajoutes un philtre magique de croissance dédié, c'est un corail qui pousse à une vitesse explosive. Et en plus, tu peux décider à l'avance quelle forme il prendra en grossissant. »
« Donc on peut le faire pousser en forme creuse avec un toit, utilisable comme maison. Grâce à ça, les sirènes peuvent mener une vie civilisée instantanément dans n'importe quel domaine maritime ! »
Une maison en corail ?
Mais le corail ne peut vivre que sous l'eau, donc ça veut dire qu'inévitablement, la maison sera sous l'eau ?
« Vous ne dormez pas à la ferme ? »
« Nous sommes des sirènes, notre vie de base doit se dérouler en mer. Nous établirons notre dortoir dans les eaux voisines et y vivrons. En journée, pendant les travaux, nous prendrons le médicament d'humanisation pour monter sur terre. »
Quelle corvée.
Si elles vivent chez nous, qu'elles dorment sur terre, ce serait plus simple.
« Et puis, la maison en corail cultivé, c'est au final un logement de fortune ? La structure est simple, y a un gouffre par rapport à une maison construite par un vrai charpentier corallien ? C'est juste pour rendre le bivouac un peu plus confortable pour une nuit, pas pour une utilisation permanente... »
« Non, c'est en chérissant la vie en mer que se cultive la fierté du peuple sirène. »
Ces échanges suffisaient amplement pour comprendre.
L'obstination de Carp en tant qu'enseignante, son côté prise de tête.
Si c'était juste elle, passe encore, mais les élèves qui doivent la suivre n'ont pas de chance.
« Pour ne pas être un fardeau pour Platy-sama et les siennes, nous gèrerons aussi nos repas nous-mêmes. Nous comptons sur votre bienveillance ! »
………………
Ainsi démarra l'annexe de l'Académie des Sorcières Sirènes à la ferme.
D'abord, suivant les instructions de l'enseignante Carp, elles construisirent un dortoir dans la mer près de la ferme, y passaient la nuit, le matin elles débarquaient, prenaient le médicament pour s'humaniser, assistaient aux cours ou aidaient aux travaux des champs, et au crépuscule, reprenaient leur forme de sirène pour retourner à la mer.
C'était la répétition de cette vie.
Jusqu'à ce que...
« Hein !? Sur terre, on porte des vêtements aussi mignons pour dormir !? »
« Ça s'appelle un pyjama ! Ici, y a que des vêtements faits par le meilleur artisan des démons ! »
Les élèves de l'école des sirènes sont toutes des filles en âge de marier.
L'aspiration à se parer de jolis vêtements ne s'efface pas.
En plus.
« ... Le déjeuner à la ferme, c'est bon... »
« Ça n'a rien à voir avec le dîner qu'on mange sous l'eau... »
« J'en ai assez ! Je ne veux plus manger du poisson cru sans cuisson ! »
« La mentalité "on survit en buvant de l'eau de mer", j'en ai marre... »
Un jour, une élève, puis une autre, restèrent sur terre, et il ne fallut pas longtemps pour que toutes refusent de retourner au dortoir marin.
Et finalement... Carp elle-même...
« Je me mets à votre charge... »
Avec une brochette de tonkatsu maison à la main, Carp, l'air embarrassé, proposa de s'installer vraiment à la ferme.
À ce moment-là, toutes les nouvelles sirènes étaient déjà captives de la vie à la ferme.
« La bouffe de la ferme, c'est trop boooon !! Le lait pressé par les Satyros, c'est trop boooon !! »
« L'onsen, c'trop bôôôn ! Le futon moelleux, c'trop bôôôn !! »
« Le pyjama, trop mignoooon ! »
« L'alcool brassé par Bacchus, c'trop boooon !!! »
« Hein ? »
« T'es encore étudiante !? »
Ainsi, toutes les sirènes s'étaient fait remodeler en corps incapables de vivre sans les vêtements, la nourriture et le logis produits par ma ferme.
...
Une fois l'installation officialisée...
« Équipe des Orcs, rassemblement ! Allez, bougez-vous, la construction que vous attendiez est lancée ! Construisez un dortoir confortable pour les sirènes ! »
« C'est déjà en construction, mais ? »
« Déjà !? »
« Puisque c'était une question de temps avant qu'elles ne craquent. »
Même sans attendre mon feu vert, ils attaquent le chantier... ces impatients !
Ainsi, malgré quelques péripéties dues à l'entêtement d'une enseignante sérieuse.
L'annexe sirène démarra officiellement.