Du moment qu'on l'a découvert, impossible de laisser faire.
Il fallut donc accueillir le nouveau dragon, Seidour.
« Ara, c'est vraiment bon ? Alors que l'alcool n'est même pas fini ? »
Une fois fini, ce sera un truc dangereux.
De l'alcool de dragon dans lequel a macéré à fond l'essence de dragon.
Si on le boit, on devient immortel, enfin il faut une sacrée résolution pour oser le boire.
Ce que j'ai bu, c'était encore un alcool léger, à peine macéré, donc je ne suis pas devenu immortel mais……
…… C'est bon, hein ?
On peut croire que c'est sans danger, hein ?
Bref, pour partir à la recherche du fruit d'ambroisie que Seidour poursuit, je la fis aussi sortir de la bouteille d'alcool.
Et pour qu'on puisse discuter facilement, je lui demandai aussi de prendre forme humaine.
Sous forme humaine, Seidour était une belle femme, comme son allure le laissait deviner, grande et élancée, aux proportions prêtes à éclater.
En résumé, un corps de rêve.
« …… »
Je la comparai involontairement à Véar sous forme humaine.
« Dis, elle appelle Véar "grande sœur" mais…… »
« T'as un problème ? »
Pas du tout.
J'avalai mes mots bien au fond de ma poitrine.
Bon, passons à l'ambroisie en question.
Puisqu'on parle de « fruit », c'est forcément un fruit, qui pousse sur les branches d'un arbre.
Apparemment, c'est une plante déjà éteinte, qui n'existe plus sur terre.
Avec mon « Porteur suprême », quand je caresse la terre, poussent aussi des plantes d'autres mondes qui n'existaient pas à l'origine dans ce monde.
Du coup, même une plante éteinte, théoriquement, il serait possible de la faire germer mais……
« Même comme ça, faire fructifier un truc qu'on ne connaît pas du tout, c'est possible ? »
C'est une première.
Comment ça va tourner, on ne le saura qu'en essayant.
D'abord, je n'ai jamais vu cette plante, donc même si une pousse sort et qu'un beau fruit se forme, je ne saurai pas dire si c'est un succès ou un échec.
C'est un arbre que je n'ai jamais vu, donc un fruit que je n'ai jamais vu poussera, c'est joué à la lettre.
« Umu mu……!? Comment faire !? »
Pour ce qui est des fruits, c'est le verger du donjon, alors je suis venu sur place, je regarde divers arbres fruitiers et je réfléchis.
« Ara ara, il y a des arbres de toutes les couleurs, c'est un donjon vraiment merveilleux. »
« Bien sûr ! C'est le donjon que je domine et que mon maître a remodelé ! »
Elles sont venues ensemble, les sœurs dragons Véar et Seidour.
« Je peux faire un tour ? Visiter le donjon d'un humain, c'est pas tous les jours …… »
« Fais comme tu veux ! Et réalise la grandeur de mon maître et la mienne ! »
Véar, toute fière.
Et Seidour, sur un « je ne me fais pas prier », se met à regarder partout mais……
« Kyaaaaaaa !? »
« Qu'est-ce qui se passe !? »
Un cri soudain, je me précipite.
Cette voix, c'est bien Seidour.
Un dragon qui crie, c'est qu'il y a un truc grave !?
« Quoi !? Qu'est-ce qui s'est passé !? »
Je relève Seidour, qui s'est effondrée les fesses par terre juste à côté.
« Il y en a…… »
« Hein ? »
« C'est bien l'ambroisie !! »
Quoi ?
L'ambroisie, c'est pas censé être éteinte et introuvable !?
En suivant le doigt tremblant de Seidour, ce qui s'y trouvait, c'était des fruits bien rouges qui poussaient sur un arbre touffu……
« Une pomme ? »
Oui, une pomme.
Pour moi, un fruit banal s'il en est.
« C'est ça l'ambroisie ? Chez moi, on appelle ça une pomme, mais ? »
« Absolument ! Les caractéristiques de l'ambroisie, je les ai bien entendues de mon père avant de partir ! »
Dites-le plus tôt.
Mais une plante disparue dans ce monde qui prospère sous un autre nom dans mon ancien monde, ça arrive ?
« S'il y a des pommiers, le verger du donjon en est plein, et on en mange presque tous les jours. Celui-ci aussi…… »
Je cueille une pomme bien mûre, je l'essuie avec mon torchon.
« Tenez, une pour vous. »
« Eeeeh !? Mais c'est un fruit précieux qu'il faut offrir à mon père !? »
« Y en a plein d'autres, c'est bon — »
Seidour fait nager ses yeux un moment, montre une mine hésitante, puis finit par se décider et croque.
J'ai un peu l'impression du serpent qui a fait manger le fruit défendu à Ève.
« C'est délicieux !! Comme attendu du fruit choisi par mon père pour l'épreuve ! »
Quand je rentrerai, je lui ferai aussi une tarte aux pommes.
« Quelle surprise ! Non seulement vous cultivez l'ambroisie, mais elle était déjà là ! Comme attendu du maître de ma grande sœur…… Et puis, euh…… »
« Prenez-en autant que vous voulez. »
« Merci ! Je n'oublierai pas cette grâce ! Je viendrai forcément vous remercier…… »
Seidour, prête à redevenir dragon et à s'envoler sur l'instant.
…… Mais.
« Attendez un peu. »
Une voix calme l'arrête.
La sœur de Seidour, notre dragon familier, Véar.
« Si tu ramènes ça, est-ce qu'on te croira vraiment que c'est de l'ambroisie ? »
« Hai ? »
Véar regarde la pomme dans sa main et dit :
« En fait, c'est une pomme, non ? Si on te dit que c'est juste une espèce qui ressemble à l'ambroisie, comment tu prouveras que ce n'est pas le cas ? »
« Ano…… son…… !? »
« Si tu rates l'épreuve, sur-le-champ on te retire ta puissance magique et ton intelligence pour te transformer en dragon inférieur ? Si tu reviens avec un "ça devrait aller", tu deviendras direct un gros lézard ? »
Qu'est-ce qui lui prend ?
Véar n'a jamais été aussi sérieuse ?
« En fait, j'ai entendu une rumeur récemment…… »
« Une rumeur ? »
« Notre père, en vrai, il n'a peut-être pas l'intention de décider du successeur par l'épreuve ? »
« Qu'est-ce que vous dites, grande sœur !? Pour décider du nouveau Gaizar Dragon, notre père nous impose des épreuves, non !? »
Hein ? Quoi ?
C'est du sérieux ?
« D'abord, pourquoi décider du successeur par une épreuve ? Le successeur légitime de notre père, c'est le dragon Grauglinz Alexander, mon grand frère, c'est déjà réglé. »
« C'est parce que grand frère Alexander s'est brouillé avec notre père…… »
« Notre père vieillissant n'a plus la force de s'opposer au jeune et fougueux grand frère Alexander. Alors il ne nous utiliserait pas, nous ? »
« Nous utiliser ? »
« En gros, sous prétexte de choisir le successeur, il nous fait passer des épreuves, et comme sanction pour ceux qui échouent, il nous transforme en dragons inférieurs pour nous voler notre puissance. Il la stocke pour avoir de quoi contrer grand frère Alexander ! »
« Pas possible, alors l'épreuve et le choix du successeur, c'est une farce !? »
Face à cette conversation sérieuse où je n'ai pas ma place, je m'assois et je bois mon thé.
« Mais mais…… !! Alors pourquoi nous imposer des épreuves !? S'il veut la force, qu'il la prenne de force !? »
« Même un Gaizar Dragon ne peut pas arracher de force la puissance d'un autre dragon. C'est pour ça qu'il a utilisé la magie de serment. »
« Serment !? »
« On échange une promesse, et celui qui la brise subit une malédiction qui s'exécute de force. Comme ça, sous prétexte de sanction, on peut nous pomper notre force. Sans se fatiguer. »
« Un leurre d'épreuve, on nous fait conclure un serment sans qu'on s'en rende compte, et avec le prétexte qu'on l'a rompu, on nous vole notre force. C'est ça le vrai but de notre père !? »
« Oui.…… Enfin, c'est ce que…… »
Véar dit :
« …… Le mort-vivant d'à côté a déduit ça. »
« Tout ça c'était du recyclage !? »
Heureusement.
J'ai enfin mon rôle de tsukkomi à fond.
Je me disais que Véar faisait un raisonnement trop sérieux pour elle, c'était la déduction du prof !? Du No Life King Prof !?
Comme attendu du prof, il réfléchit bien !!
« Grâce à mon maître, je suis devenu ami avec ce mort-vivant, donc j'ai pu entendre plein de trucs. Et quand il l'a dit, y a des trucs qui collent vachement. »
« Effectivement, avec ce raisonnement, tout s'emboîte…… Si c'est la vérité, même en réussissant l'épreuve, y a un risque énorme qu'on nous trouve des défauts pour nous faire échouer !? »
« Surtout ton épreuve, à toi. Même avec ce fruit, y a des points à redire partout. T'as quasi zéro chance d'échapper au dragon inférieur. »
« U !? »
« Là, le mieux, c'est de botter en touche et d'attendre que grand frère Alexander bouge — »
Dit Véar en se relâchant.
Je pige pas trop, ou plutôt je veux pas savoir, mais le monde des dragons est compliqué, hein.
Et Seidour, qui a reçu une vérité qu'elle ne peut pas encaisser, a le tournis et rumine.
« Do, don c si je rentre chez mon père, je suis recalée quoi qu'il arrive !? Mais si je rentre pas, où je vais !? »
Après maints allers-retours de réflexion.
« Wa, moi je reste encore un peu dans l'alcool — !! »
Et elle s'enfuit en courant.
L'idée, c'est de reporter la conclusion en s'enfermant dans la bouteille.
« Avant ça, vous voulez pas manger de la tarte aux pommes ? »
« Wa‑i, j'en mange — »
Ainsi, un dragon de plus vient s'installer dans la cave de ma ferme.
Ou plutôt, s'y enfermer.
Non mais, même si on finit l'alcool de dragon en y mettant toute l'essence, on en aura trop pour nous tout seuls ?