« ……Ah~, j'me sens un peu mieux après avoir pleuré. »
Zos Saira retrouva son calme après s'être épanchée un bon coup.
'C'est important de laisser sortir ses émotions avec modération, après tout.'
« Pour l'instant, les fiançailles de Junior sont suspendues, tant que je n'aurai pas tout expliqué à Platy au minimum. Et vous, les suivantes, dégagez…… Dégagez ! »
« Eh~, Zos Saira-sama, vous n'êtes pas de notre côté~ ? » « Si l'une de nous épouse le prince, ça profitera au pays, non~ ? »
Les demoiselles de compagnie de la personne concernée, qu'on avait convoquées, prirent la parole tour à tour.
« Dans ce cas, c'est encore plus avantageux que la vraie princesse Guppy se marie, les liens n'en seront que plus solides, idiotes. Au lieu de débiter des sottises, faites votre travail de suivante. Préparez donc le thé de l'après-midi pour la reine. »
Un argument implacable de la part de la Chancelière, sans la moindre faille.
Grâce à cela, les suivantes, incapables de répliquer, se retirèrent à contrecœur.
'C'est vraiment impressionnant, tout de même.'
Elle a apaisé ce chaos en deux-trois phrases. Voilà le talent de la Chancelière des Sirènes.
Elle en a vu d'autres.
« Enfin, c'est pas comme si j'avais voulu marcher dessus, hein. J'ai plutôt l'impression d'avoir enchaîné les mines. »
Un rire sifflant, « fuhihihihi », qui laissait deviner sa détermination.
« Ma vie, c'est comme si j'n'avais fait que sauter sur des mines, en somme. J'tombe sur une grande sœur dingue, j'tombe sur un disciple dingue. Les sirènes ont bien une queue, mais pas de pieds pour marcher sur des mines, alors pourquoi elles tombent si pile-poil dessus… »
« Ara, tu viens de me traiter de mine, là ? »
Mamie Sheila lança une remarque, qu'elle ignora avec élégance.
« Ma mie, t'as vraiment devenu forte, Zos-chan. »
« T'as traité moi aussi de mine, non ? »
Rien que d'être coincée entre cette belle-famille de choc, elle mérite la pitié.
« À la base, j'ai accepté le poste de Chancelière pour assister les deux nouveaux souverains pas encore habitués aux affaires, pour une durée limitée, non ? Combien d'années tu crois qu'il s'est écoulé depuis ? Ils devraient être rodés, maintenant ? Ils peuvent s'en sortir sans mon aide, non ? »
« Iyā~, mais on est encore pas trop habitués, nous!? »
« Mensonges ! Y'a pas longtemps vous avez fait une cérémonie pour vos dix ans et des poussières de règne ! Après tout ce temps, si t'es pas habitué, c'est que t'as pas de talent ! Mais vous gérez bien, quand même ! Malgré tout, vous assurez, non!! »
La Chancelière, une déferlante de tacles.
« Dernièrement, je parie même avec Theseus-bou du Royaume des Hommes sur "qui démissionnera le premier". Celui qui part en premier se fait offrir un festin au meilleur resto de l'autre pays, bien sûr avec nos épouses respectives. »
Une sympathie naît entre un président qui veut absolument partir et un chancelier qui veut absolument partir.
De son côté, le chancelier du Royaume des Démons, lui, s'accroche à son poste même à l'âge de la retraite.
Tous les pays ont leur problème de « le chancelier part ou pas ».
« Mais t'as aussi ta part de responsabilité, Zos-chan. T'es trop compétente, voyons. Une ressource aussi utile que toi, c'est normal que la famille royale veuille pas la lâcher. »
« La famille royale ! C'est pour ça que la famille royale ! Plus possible!! »
« Mais ta grande sœur et ton disciple, c'est la famille royale aussi, non ? »
Dans son cas, après les liens du sang, les deux connexions les plus épaisses ont toutes deux épousé la famille royale, c'est quasi le jeu bloqué.
Tu crois être libre parce qu'un côté a pris sa retraite, que l'autre débarque en première ligne et te réclame encore.
Et le coup double qui tombe, situation intenable.
« Mais Zos-chan, t'as un travail qui vaut le coup, quand même ? Les résultats sont gros, et t'atterris sûre dans les livres d'histoire, non ? »
« Iyā iyā ! Moi, j'aurais voulu laisser une mauvaise réputation dans l'histoire ! À ce rythme, je vais finir dans la "Liste des bons ministres" ! J'veux paaas!! »
« Quel enfant capricieuse. »
'On dirait bien qu'une statue de bronze va finir par s'élever quelque part dans le pays.'
« Mais n'oublie pas qu'on a fait des concessions, nous aussi. Là, je te laisse même faire le trajet depuis chez toi, non ? »
« Si c'était plus permis, ce serait la fin ! C'est vrai que depuis que les Sirènes peuvent utiliser la téléportation, pouvoir rentrer facile depuis la maison, ça aide, mais…… »
Voilà, Zos Saira est indispensable en tant que Chancelière du Royaume des Sirènes, mais en réalité, son domicile actuel, c'est la Ferme.
L'étranger, ni plus ni moins.
Pourquoi ? Parce que son mari, Oakbo, est lui aussi une figure clé indispensable de la Ferme.
Quand deux poids lourds de pays différents, Oakbo et Zos Saira, se marient, chez qui le couple doit-il vivre ?
Dans ce cas, c'est la femme qui a fait un pas vers l'autre pour vivre à la Ferme.
Cela dit, Zos Saira n'avait pas spécialement envie de finir ses jours au Royaume des Sirènes, donc dire qu'elle a cédé serait faux.
« Au contraire, s'il n'y avait pas la téléportation, j'aurais pu refuser net en invoquant "je veux vivre avec mon mari" ? À y penser, le progrès technique, c'est haïssable…… »
« La vie change chaque jour, ma chère. »
Quelle que soit sa charge de travail, Zos Saira rentrait chaque jour par téléportation, si bien que l'entente conjugale était au beau fixe.
Elle avait eu trois enfants avec son mari Oakbo, et tout roule.
Mais l'intéressée, elle……
« Chikushō, si le boulot était pas si prenant, j'en aurais fait dix, moi, des gosses…… »
« Non, Zos-chan. Un bébé, c'est un don du ciel. Peu importe le nombre, l'essentiel, c'est d'aimer à fond celui qui est né. »
« C'est ça, Maître. Heureusement, tous grandissent en bonne santé, c'est ça le plus important, non ? »
La Chancelière se fait sermonner en duo par sa grande sœur et son disciple.
« Vous deux, arrêtez de me balancer vos arguments imparables, ça m'énerve ! »
'C'est vrai que j'pense pareil.'
« Je cause des soucis à Maître, mais quand même, j'pense qu'c'est bien qu'elle s'soit mariée. Faut dire, le mec, c'est Oakbo, quand même. »
Qu'il le dise avec cette gravité, c'est pas pour rien.
Oakbo fait partie des cadres supérieurs indispensables à la gestion de la Ferme.
C'est l'égal de Bogokichi, les deux piliers.
Sa force est sans égale, il mettrait à terre un dragon ou un No-Life King de seconde zone les doigts dans le nez.
Évidemment, contre les Transcendants de premier rang comme Sensei ou Veil, c'est une autre histoire.
Mais c'est grâce à un Oakbo pareil que la Ferme est toujours en sécurité.
« Oakbo, il a déjà assuré la défense du Royaume des Sirènes, non ? »
« Ah~, "l'Incident des Ténèbres de Sentelport", c'est ça ? »
'Un truc qui sonne comme du jargon spécialisé vient de sortir.'
« L'an dernier ou celui d'avant, le Royaume des Sirènes s'est fait attaquer par une armée de monstres…… »
« L'armée principale était partie en expédition de chasse aux monstres, et c'est pile à ce moment-là qu'ils sont arrivés, c'avait des airs de coup monté, ma chère. »
Une crise survenant alors que la force de défense était au plus bas, l'armée principale absente.
Les ministres et fonctionnaires restés au pays, sans parler des citoyens, furent saisis de terreur, naturellement.
« Quoi, la capitale touchée par les flammes de la guerre, ça n'était jamais arrivé depuis la fondation. Jigol est faible face aux raids. »
« Une fois que c'est un champ de bataille, c'est la fin actée. Donc fallait à tout prix les écraser dehors, mais…… »
Les forces pour ça, le Roi Sirène Arowana en tête, étaient toutes parties en expédition.
Pour une raison inconnue, même le fidèle Hendler, le Général Shark et l'ex-roi Nagas y participaient, du coup la capitale était vraiment à poil.
On ne peut parler que de la faille née d'une trop longue paix.
« Mais en vrai, la vraie cause de l'insouciance, c'est que moi, Pafka-chan et Zos-chan, on faisait le gardiennage…… »
Mamie Sheila le dit en souriant.
C'était le sourire confiant et serein que n'ont que les forts.
« Mais ma force, je la gardais en dernier recours. Et c'est là qu'est arrivé, tout fringant, le mari de Zos-chan. »
« ―― "Je ne pardonnerai pas à quiconque menace ma dulcinée." »
Après cette déclaration, il partit en campagne sous les mers.
Sans aucune aptitude au milieu aquatique, en apnée, il fit un carnage et fauchait à lui seul quarante mille monstres marins.
Pas une victime, pas une maison endommagée au Royaume des Sirènes. Le dieu protecteur qui a tout gardé.
Ce jour-là, tout le peuple sirène reconnut que le mari de la grande Chancelière était un grand magicien maléfique.
« Ah~, vraiment sauvée. Juste parce que sa femme est Chancelière, il pulvérise la crise nationale, le mari de Zos-chan, c'est vraiment un Supadari. »
« ……Depuis, le magicien maléfique terrestre qui a sauvé le Royaume des Sirènes a vu sa popularité grimper en flèche, et celle de Maître, sa femme, en prime. Résultat, Maître a raté une fois de plus le moment de prendre sa retraite. »
'J'aurais jamais cru que ça s'passait au fond de la mer……'
'Maintenant que j'y pense, l'autre jour, Oakbo a disparu un moment, et il est revenu trempé en disant "L'oxygène, c'est bon" avec émotion, c'était pour ça !?'
« Avant ça, y'avait des gens qui critiquaient à côté de la plaque : "Une Chancelière sirène qui prend un terrien pour mari, c'est disgracieux". Ils se sont tous tus. De toute façon, avec cet argument, Platy-chan qui s'est mariée en surface, c'est une traîtresse à la patrie. »
« Vrai, faut réfléchir avant d'parler, bon sang. »
Les deux reines sirènes, l'ancienne et la nouvelle, riaient « hahahaha » ensemble.
'Elle rit encore tout tranquille, j'me demande si ça chatouille pas les nerfs de la Chancelière, je l'observe en catimini.'
« Mō~, laisse tomber. Que mon mari soit un Super-Critical-Invincible-Darling (en abrégé Supadari), c'est une évidence, non ? »
Elle rougissait comme une gamine.
'Après plus de dix ans de mariage, comment fait-on pour rester aussi amoureux ?'
'En pensant à si je pourrai avoir un mariage comme ça plus tard, j'suis inquiet, honteux mais inquiet.'
'Et quand je sens le regard brûlant des suivantes qui sont encore là derrière moi, c'est encore pire.'