Puis, après une petite heure… ou plutôt deux petites heures, je revins sur le trône.
« Je suis de retour… »
« Oh, tu as l'air bien fatigué. Tu as enfin compris l'énergie qu'il faut pour suivre des gamins ? »
Depuis le trône, tante Pfaffa sourit avec éclat.
C'est toi qui les as mis au monde, tout de même.
Cache-cache, chat perché, élastique… j'ai dû tout subir.
Et c'est quoi, ce "jeu du Pourfendeur de démons" ?
Les gamins d'aujourd'hui, c'est ça qui est à la mode ?
« Moi non plus, je ne suis pas au courant des modes des gosses. Mais grâce à ça, tu as dû ressentir dans ta chair comme c'est dur d'être avec des enfants ? Toi qui deviendras parent un jour, c'est une bonne expérience. »
Ouch… elle avait prévu ça jusqu'au bout ?
« Tu es venu ici pour t'entraîner, non ? Alors je me disais que je pouvais t'offrir autant d'expériences inestimables que tu veux. Compte ça comme l'une d'elles. …Au fait, Moby n'est pas avec toi ? Je pensais qu'il viendrait forcément. »
Ah, Moby-kun…
Il est allé direct au terrain d'entraînement. Il a l'air de vouloir absolument éviter de croiser oncle Arowana.
…D'ailleurs, oncle Arowana non plus, je ne le vois pas.
« Mon homme est sorti bouger son corps pour noyer son chagrin d'avoir été mis à distance par les enfants. Mon beau-père a dit qu'il l'accompagnait, et ma belle-mère aussi, pour le seconder. »
Ils sont partis en troupeau comme ça, tous ensemble ?
…Hé ? Attends un peu ?
Bouger son corps, dans le château, ça veut dire le terrain d'entraînement où on fait de l'escrime ?
Moby-kun y est allé aussi…
……
Fais avec, Moby-kun. C'est ton destin.
« Bref, le royaume des sirènes te souhaite la bienvenue. Autant comme hôte de marque que comme parent. »
Tante Pfaffa le redit posément.
Chez les sirènes, où l'amour du clan dépasse l'entendement, son calme en toute circonstance est une bénédiction.
Pas pour rien qu'on l'appelle la « Sorcière des glaces ».
Ça n'a rien à voir ?
« Je ne laisserai pas ton séjour au royaume des sirènes être vain. Je te garantis que quand tu repartiras, tu auras grandi dix fois plus qu'aujourd'hui. Pour ça, j'ai déjà préparé un programme. »
C'est généreux !
…Mais, comment dire, un peu de mansuétude…
« Qu'est-ce que tu racontes, quand il faut serrer les dents ! Pas de raccourci pour grandir ! Alors, première chose à faire… !! »
Qu'est-ce qu'elle me mijote, tante Pfaffa ?
Cette femme a l'air de ne pas connaître la modération, c'est flippant, mais c'est aussi un fait que je suis venu ici chercher à grandir.
La souffrance, c'est ce que je veux ?
« Tu vas te trouver une femme. »
Hein ?
« Pourquoi tu fais cet air bête ? Un homme, c'est en fondant un foyer qu'il devient un homme accompli aux yeux du monde. C'est exactement faire monter d'un cran son rang. »
La proposition de tante Pfaffa, c'est un level-up forcé.
Certes… je comprends ce que vous dites, mais… !
Le mariage, c'est quelque chose qu'on décide après avoir soigneusement évalué l'autre, multiplié les rendez-vous et les repas, testé la compatibilité, non ? C'est du moins mon humble avis !
« C'est pour ça que je te dis qu'on va te trouver le mariage parfait, côté cour ! Pour ce genre de truc, les gens autour voient mieux que le principal intéressé. Et s'ils ont plus d'expérience de la vie, c'est encore plus vrai ! »
C'est vous qui vous en chargez ?
« Et en plus, dans ce palais des sirènes, il y a un nombre incalculable de femmes venues de tout le royaume, toutes sûres de leur beauté et de leur charme ! Avec ça, il y en a bien une qui allie beauté parfaite et compatibilité ! »
Tante Pfaffa s'emballe.
Pour l'amour du clan, elle reste froide, mais pour son envie de marier les jeunes, elle déploie toute la passion des sirènes.
« Allez, sortez ! Les femmes-sirènes robustes qui ont déjà passé la sélection !! »
« « « « Oui !! » » » »
À l'ordre de tante Pfaffa, elles déferlent en avalanche.
Toutes éblouissantes de beauté !?
« Je suis la chef des jeunes servantes, surnommée Acamébaru ! Spécialiste des attaques surprises et du maquillage. Sans une femme de tête géniale comme moi, je ne pourrais pas servir la reine Pfaffa, vétérane de cent batailles ! »
« Moi, c'est Scotsman ! Mon sex-appeal, tous les hommes en tombent raides. Je bluffe et je te débusque n'importe qui, d'Assy-kun à Mitsugu-kun ! »
« Yo, t'as attendu ! Moi, c'est Sea Monkey. Mon art des bulles de savon est le meilleur du monde ! Sirène bizarre ? Sirène étrange ? Et alors ? »
« Moi, c'est Congrio ! Je suis une génie de la pâtisserie. Je pourrais même tabasser le roi des sirènes. Mais grâce à la drogue d'humanisation, passe ton chemin ! »
Encore des personnalités bien trempées !?
Ces jolies filles toutes excitées, c'est quoi ?
« Ce sont mes servantes, celles que j'ai triées sur le volet pour aller avec toi. Comment ça, il y en a une ou deux qui te tentent ? »
Tenter, dis-tu… !?
Y en a une qui a l'air clairement dangereuse, que ce soit comme servante de la reine ou comme épouse d'un terrien !?
« C'est moi qui le dis, mais avoir servi de servante à la reine des sirènes, moi, c'est le meilleur pedigree chez les femmes-sirènes. Rien qu'avec ça, les demandes en mariage pleuvent. »
J'en ai déjà entendu parler…
Autrefois, la reine sirène Pfaffa a été regardée de travers comme une sorcière, mais en réalité, elle est belle, vertueuse, une épouse et une mère modèles, devenue indispensable au règne d'Arowana.
Ce qui la dépasse tout, c'est son talent pour former les gens : en tant que reine, elle a plusieurs servantes, issues de grandes familles.
Elle leur enseigne l'étiquette et l'état d'esprit qui va au-delà, pour en faire de futures dames nobles. C'est là sa plus grande valeur.
Beaucoup de femmes, après avoir servi sous Pfaffa, se sont mariées dans de grandes familles.
Grâce à elles, Pfaffa a bâti un réseau inébranlable.
— « Pourtant, elle s'en donne à cœur joie, celle-là. Un jour, je lui ferai mordre la poussière. »
C'est ma mère qui le disait.
Source d'info : ma mère.
Moi aussi, futur deuxième roi de la Ferme.
Devenir parent par alliance avec ce roi, pour la famille de la mariée, ce ne peut être que du bonus.
Placer sa propre servante dans cette position.
Comme attendu de tante Pfaffa… elle profite de l'occasion pour resserrer les liens avec la Ferme. Une reine à la pensée lucide, qu'on ne peut pas sous-estimer.
« Allez, les filles, vous voulez choper un bon mari ! Vous voulez fonder un foyer comblé, avec un mari parfait et plein d'enfants, comme moi ! »
« « « « Oui, Votre Majesté !! » » » »
« Alors foncez, tendez la main ! Si vous restez plantées à attendre, le prince ne viendra pas ! Vous n'êtes pas des princesses de conte de fées ! Un homme compétent et dévoué que tout le monde vise, on ne l'obtient qu'en le gagnant de ses propres mains !! »
« « « « Oui, Votre Majesté !! » » » »
…Je croyais que non, en fait.
C'est juste une tante qui veut marier les jeunes, comme y en a une dans chaque village.
« Hé ? Qui a dit "tante" ? »
« Hiii !? »
Elle ignore « tante » d'usage courant, mais hyper réactive à tout le reste !?
Oublie le calcul d'intérêt, elle kiffe juste marier les jeunes.
Mais c'est grâce à des gens comme elle qui courent après les mariages que la société tourne.
« Allez, quoi, Junior ? Je pense qu'elles passent toutes la note de passage rien qu'au visage. Pour la naissance, y a rien à redire. Après, c'est juste une question de goût. J'ai prévu le coup : petit, moyen, grand, extra-large, y en a pour tous les besoins ? »
De quelle partie vous parlez !?
Non, moi, je crois à la rencontre fatidique, à ce qu'on appelle le… roman d'horreur… non, le roman d'amour… Et j'aimerais encore profiter un peu de ma liberté de célibataire !!
« Attendez un peuuuuuu !! »
Wah, quoi !?
Ce sentiment de déjà-vu pour cette irruption !?
« Il ne faut pas prendre Junior-niisama ! Niisama se mariera avec moi !! »
Celle qui apparaît en hurlant…
C'est Guppy-chan !?
Deuxième enfant de la famille royale sirène, première princesse, Guppy-chan !
On vient de se voir tout à l'heure !
« Maman, c'est horrible ! Vous connaissez ma passion amoureuse, et vous essayez de caser d'autres femmes avec l'élu de mon cœur !? »
« Eeeeh !? C'est vrai !? Maman ne savait pas !? »
Tante Pfaffa tremble de stupeur.
« C'est vrai, Guppy, toi aussi tu es une femme-sirène… non, ma fille. Tu as grandi en apprenant l'amour sans que je m'en rende compte… »
Elle sourit, mêlant joie et tristesse de voir son enfant grandir.
Qu'est-ce qu'on me fait voir ?
« Et tu as bien fait de le dire. Oui, mettre des mots sur un amour secret, pour une jeune fille, ça demande un courage immense. L'amour, on le saisit de sa main, le prince ne vient pas te chercher en attendant. Tu as compris l'essence à ton âge. »
« Évidemment ! Je suis la fille de Maman ! »
« Je m'incline… Très bien, en tant que reine des sirènes, j'approuve votre mariage ! »
Et mon avis ?
« Hé hé, Votre Majesté !? »
« Et nous, on devient quoi ? »
Les servantes rassemblées à l'avance demandent timidement.
« Vous… bah, merci pour tout. »
« C'est tout !? » « C'est trop cruel ! » « On fait une rébellion ! » « Je tabasserai même le roi des sirènes ! »
J'ai vu la trahison impitoyable de la reine sirène.
Comme ça, les puissants sacrifient les petits sous couvert de grande cause.
Tante Pfaffa, elle aussi, c'est une sirène. L'amour du clan dépasse tout.